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Les premiers seize pour cent - EP 008

Les premiers seize pour cent est la nouvelle série de balados d’Agriculture et Agroalimentaire Canada qui explore les idées les plus fraîches en alimentation et en agriculture. À chaque épisode, découvrez en profondeur un nouveau sujet : les nouvelles pratiques, les idées innovantes et leurs impacts sur l'industrie. Apprenez-en davantage sur le secteur agricole canadien auprès des gens qui font les percées et abattent les barrières! Producteurs et gourmets, scientifiques et hauts dirigeants, toute personne ayant un œil sur l'avenir du secteur, ce balados est pour vous! Nouveaux épisodes toutes les deux semaines.

Épisode 008 - Femmes en tête

Dans cet épisode, vous entendrez une discussion très franche avec trois femmes leaders dans le secteur agricole. Nous parlons avec la ministre Marie-Claude Bibeau, Mary Robinson, présidente de la Fédération canadienne de l’agriculture et Kathleen Sullivan, PDG de Aliments et boissons Canada. Toutes trois sont les premières femmes à occuper leur poste. Toutes trois militent pour que notre secteur soit accueillant et inclusif pour tous.

Transcript

Kathleen : J'espère que quand les gens entendent parler de moi, ce qui les impressionne n'est pas que je sois une femme, mais mon expérience, mes qualifications et mon CV. J'ai passé vingt-cinq ans dans un environnement où le fait d'être une femme était un problème. Et j'aimerais être dans un monde où ce n'est pas quelque chose qui est considéré comme important ou pertinent.

Kirk : Bienvenue aux Premiers 16 %, je suis votre co-animateur Kirk Finken.

Sara : Et je suis votre autre co-animatrice, Sara Boivin-Chabot.

Kirk : La voix que vous avez entendue lors de l'ouverture était celle de Kathleen Sullivan, la directrice Générale d’Aliments et boissons Canada. Et dans cet épisode, nous parlons avec des femmes qui occupent des postes de leadership dans notre secteur.

Sara : En plus de Kathleen, nous avons deux autres invitées : Mary Robinson, présidente de la Fédération canadienne de l'agriculture, et l'honorable Marie-Claude Bibeau, ministre de l'agriculture. Ces trois femmes représentent un changement majeur dans le secteur agricole et alimentaire parce qu’elles sont les premières femmes à diriger leurs organisations respectives.

Kirk : Toutes trois sont des leaders compétentes et fortes. Elles défendent aussi l’inclusion dans notre secteur - pour les femmes, les jeunes et les minorités.

Sara : Et à tous les niveaux – dans le champ, dans l'usine, dans les salles de conseil et dans les couloirs du pouvoir.

Kirk : Avant les interviews, nous avons ce petit message d'intérêt public. Nous avons tous intérêt à faire de ce secteur un secteur inclusif et diversifié. C'est une conversation que nous devons tous entendre. De la moissonneuse-batteuse à la salle du conseil, il s'agit de nous maintenir à la fine pointe de la compétitivité - sur le marché mondial et sur le marché du travail.

Sara : Je suis contente que t’aies mentionné le marché du travail...Bien sûr, on sait que les femmes représentent 50 % de la population. Mais selon le Conseil canadien des ressources humaines en agriculture, les femmes ne représentent que 30 % de la main-d'œuvre agricole totale. Et quand on regarde la proportion de femmes qui assument des rôles de direction, elle est encore plus mince.

Kirk : Et on sait ceci... Plus de femmes que d'hommes obtiennent des diplômes d'études supérieures en agriculture et en commerce.

Sara : Il y a un plus grand nombre de femmes qualifiées que d'hommes quand elles terminent leurs études universitaires. Mais où est-ce qu’elles vont? Qu’est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui empêche les femmes d'entrer dans notre industrie et, surtout, dans les rangs supérieurs de l'industrie? Et en tant que secteur, comment on peut empêcher cette fuite des cerveaux?  

Kirk : Il ne s'agit pas de changer les femmes - elles sont déjà qualifiées - mais de changer le système ensemble, hommes et femmes. Je tiens vraiment à souligner ce point.  

Sara : Je veux commencer par la présentation passionnée de Mary Robinson.

Kirk : Une présentation passionnées? On n’est pas dans l’Œil du dragon…

Sara : Oui, sa présentation du secteur. Parce que oublie pas, elle est présidente de la Fédération canadienne de l'agriculture, mais c’est parce qu’elle est aussi productrice agricole. Elle gère l’exploitation agricole familiale à l'Île-du-Prince-Édouard et elle est la sixième génération Elle s'intéresse aux possibilités et au potentiel de ce secteur.

Mary : C'est peut-être l'un des secrets les mieux gardés, Sara, mais l'agriculture offre en fait la plus incroyable diversité de travail qui soit. Donnez-nous un emploi, n’importe quel emploi auquel vous pensez. Et je vous parie qu'il existe un équivalent dans l'agriculture qui offre une plus grande diversité, un meilleur travail, un meilleur équilibre de vie et un meilleur endroit pour grandir ou pour élever ses enfants. C'est imbattable! Ma journée de travail est inondée de variété, tout comme mon année, car les saisons exigent évidemment un travail différent. J'ai la science, j'ai la technologie, j'ai l'équipement lourd. J'ai le grand air, j'ai l'occasion de voir certains des plus beaux endroits. Il y a bien plus que de la terre sous les ongles et un mal de dos. Oh, il y a tellement de possibilités! Et puis on a aussi des possibilités en sélection végétale. On a la médecine vétérinaire, qui est si intéressante. J'ai rencontré le Conseil des doyens cette semaine, vous devriez les entendre parler du travail et des opportunités en science du sol, en biologie. Vous pensez à la nourriture, vous pensez au voyage que la nourriture a fait à partir du moment où elle est une semence, jusqu'à ce qu'elle soit sur votre fourchette. C'est un voyage très complexe, très long, parfois rapide mais long, complexe, qui exige beaucoup de science, beaucoup d’entreprises. Et une des parties les plus importantes du travail dans l'agriculture, c’est probablement les gens. Vous ne rencontrerez pas de meilleures personnes, des personnes qui aiment collaborer et se réunir pour résoudre les problèmes. C'est la meilleure partie.

Kirk : C’est imbattable. Je m’inscris!

Sara : T’es déjà inscrit....

Kirk : Je sais. Mais, je me réinscris. Ok, j’ai bien entendu. Comment faire pour que davantage de femmes travaillent dans ce secteur? Comment peut-on le rendre plus inclusif? Et oui, pour cet épisode, on se concentre sur la diversité des genres, mais une grande partie de ce dont ces trois personnes ont parlé s'applique à la diversité au sens le plus large.

Sara : Kathleen Sullivan pense que nous devons examiner le système dans son ensemble et nous a rappelé qui doit faire une partie du travail.

Kathleen : Je ne pense pas qu'il incombe aux femmes ou aux personnes sous représentées de résoudre seules ce problème. C'est vraiment un problème systémique. Et c'est ici que nous parlons de discrimination systémique, qui n'est pas due à une personne qui est mauvaise ou qui cherche à discriminer. Il y a quelque chose dans tout le système qui n'a pas fonctionné. Si, en fin de compte, nos postes de direction, au fur et à mesure que l'on réduit le nombre de candidats, commencent à présenter une caractéristique particulière, quelle qu'elle soit - je ne voudrais pas non plus d'un conseil d'administration composé uniquement de femmes. Je veux dire par là que je crois fermement que nos organes de direction doivent refléter ce que nous sommes maintenant et ce que nous aspirons vraiment à être. Et je pense qu'en grande partie, bien qu'ils soient remplis de personnes merveilleuses, ils n'ont pas la composition dont a besoin.

Vous savez, je regarde mon conseil d'administration maintenant, par exemple, et c'est un conseil phénoménal, le meilleur conseil que j'ai jamais eu, le meilleur conseil avec lequel j'ai jamais travaillé, et je pense toujours que nous sommes environ vingt-cinq pour cent, peut-être trente pour cent de femmes, mais plus près de vingt-cinq pour cent. Donc je pense que si vous regardez l'emploi dans le secteur de la fabrication alimentaire où je travaille, il est très diversifié, en particulier des femmes, des nouveaux Canadiens. Si vous pensez aux ouvriers dans chaîne, aux personnes qui travaillent réellement dans les usines qui fabriquent les aliments.

À mesure que l'on monte en grade dans les postes de direction, les hommes deviennent de plus en plus nombreux. Mais encore une fois, un progrès a été réalisé. Mais était-ce l'année passée ou l'année d’avant? J’oublie qui a réalisé une étude qui disait que pour arriver à une égalité complète entre les sexes au niveau mondial, il faudra deux cents ans.

Sara : Euh… 200 ans, non. L’étude à laquelle elle fait référence a été réalisée par le Forum économique mondial. Et c'était 200 ans à l’échelle mondial. Ici, en Amérique du Nord, c’est un peu moins, mais c’est encore beaucoup trop éloignées. Qu'en pensez-vous, Mme Bibeau?

Ministre : Oui, on remarque de plus en plus de femmes dans les différents secteurs qui touchent au monde agricole parce que oui, il y a ces femmes entrepreneures. Il y a aussi les scientifiques. On en compte 144 au sein du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire au Canada. Il y a aussi ces femmes qui participent aux conseils d'administration, qui président les conseils d'administration. Je pense entre autres à Mary Robinson pour la Fédération canadienne de l'agriculture ou Jane Halford, pour Financement agricole Canada. Alors les choses changent, mais quand même, il faut continuer à ouvrir la route, à encourager ces femmes à se présenter parce qu'elles ont beaucoup à offrir.

Sara : Kathleen Sullivan aussi voit un travail intéressant en cours.

Kathleen : Beaucoup de travail est fait dans les entreprises individuelles pour nous assurer qu’on permet à tous nos employés, quels que soient leurs antécédents, quelle que soit leur apparence, d'avoir les mêmes chances de réussir. Et puis aussi dans les emplois qui ne sont pas des emplois de cadres, comme si vous pensez aux métiers spécialisés, par exemple, c'est-à-dire les électriciens, les mécaniciens de chantier, à prédominance masculine, on n’a pas, même si on le voulait, ce luxe, dans nos lieux de travail. Notre main-d'œuvre est tellement réduite en ce moment. Il faut être plus inclusifs dans les personnes qu’on embauche, simplement parce qu’on a besoin de bons employés. Et c’est certain qu’avant la covid-19, il y avait un chômage historiquement bas dans ce pays. On ne trouve pas assez de personnes pour remplir les postes dont on a besoin. Mais si vous dites qu’on va délibérément embaucher des femmes dans les métiers spécialisés et que vous introduisez des femmes dans un domaine à prédominance masculine et doté d'une certaine culture, vous devez vous assurer que vous disposez des soutiens adéquats pour tous vos travailleurs afin de garantir que la culture s'adapte, qu'elle est accueillante pour des personnes qui peuvent, elles aussi, être diverses. Il y a donc du travail à faire. Et cent pour cent des entreprises alimentaires du Canada font ce genre de travail en partie parce que c'est la bonne chose à faire. Mais aussi parce qu’on a besoin de travailleurs. Chaque jour, il nous manque 10 % de nos effectifs. Nous devons embaucher les personnes les plus aptes à faire ce travail et nous assurer que notre main-d'œuvre est organisée de manière à ce que chacun se sente le bienvenu et souhaite rester.

Kirk : L’argument de culture que Kathleen a évoquée est une partie importante de ce changement systémique. Il faut créer des environnements où chacun peut se voir reflété dans la gestion pour savoir qu’il est possible de gravir les échelons. La ministre Bibeau a également parlé de son expérience de saut dans une nouvelle culture.

Sara : Oui, elle est la première femme à avoir été nommée ministre fédérale de l'agriculture. C'est la première fois en 152 ans. Quand on parle de changer la recette! J’étais curieuse de savoir comment ça c’était passé pour la ministre Bibeau. Quand vous avez été nommée au poste de ministre de l'agriculture et de l'agroalimentaire, quelle a été la réaction quand vous avez participé à ces premières réunions?

Ministre : Étant la première femme ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire au Canada, c'est certain que la discussion a un peu changé avec les différents intervenants qui sont en majorité des hommes, mais de façon générale, ça s'est très bien passé. Je crois qu'il avait à cœur de me transférer leurs connaissances, de m'informer sur leur industrie pour me donner tous les outils pour que je puisse les aider à faire progresser ce qui leur tient le plus à cœur. Et puis, tous ces hommes-là sont habitués de traiter avec des femmes de caractère. Ils en ont pour la plupart une à la maison.

Sara : Alors, en quoi est-ce parce que vous êtes une femme ou parce que vous venez de l'extérieur du secteur?

Ministre : J'étais une femme, je ne venais pas du secteur de l'agriculture, j'étais une francophone. Je dirais que ça aussi, c'était un élément distinctif pour la majorité de nos partenaires. Alors il y avait cette démonstration à faire que j'étais capable d'apprendre vite, mais que j'allais aussi avoir cette sensibilité autant pour le type de ferme familiale qui est tellement chère au Québec, et aussi comprendre la réalité des grandes fermes, des grandes exploitations, de l'exportation qui est plus typique je dirais aux producteurs de l'Ouest.

Kirk : J’imagine que les premiers mois ont dû être difficiles.

Sara : Au début de sa carrière, Kathleen a vécu des expériences spécifiques à son genre aussi, où elle a dû trouver sa propre voie, ses propres solutions.

Kathleen : Il n'y avait pas de femmes que je pouvais prendre comme modèle. Dans mon travail, tout le monde littéralement, qui était plus âgé que moi, plus expérimenté que moi, était un homme. Maintenant, parce que, peut-être dans ma génération, c'est en quelque sorte la première vague de femmes qui accèdent à des postes de direction, les femmes vers lesquelles je me tourne sont vraiment mes pairs. Pourtant, j'ai cinquante-cinq ans. Il est très rare, certainement dans l'agroalimentaire, de trouver une femme plus âgée que moi dans un poste de direction. Les femmes à qui vous parlez ont probablement mon âge, n'est-ce pas? Nous sommes en quelque sorte la première vague. Et ce que j'ai dû faire très tôt, c'était une leçon difficile à apprendre parce que j'avais constamment des dirigeants très talentueux et très performants avec lesquels j'ai travaillé et qui voulaient m'encadrer ou me donner des conseils et qui étaient très bien intentionnés. Mais leurs conseils, vraiment, j'ai appris, ne s'appliquaient pas toujours à moi. Je me souviens d'un cadre supérieur, très performant, qui me donnait des conseils sur ma carrière. À la fin, il s'est arrêté et m'a dit « Mais bien sûr, je n'ai pas beaucoup vu mes enfants quand ils grandissaient ». J'ai ri un peu et je me suis demandé en quoi cela m'aidait. Parce que j'ai l'intention de voir mes enfants grandir. C'était donc très intéressant. C'était vraiment bien intentionné. Mais j'ai vraiment dû apprendre que bien souvent, lorsque les gens me donnaient des conseils bien intentionnés, je devais, dans ma tête, trier ce qui était vraiment applicable et utile pour moi et dont je pouvais m'inspirer, parce que l'expérience, mon environnement, mon contexte étaient si différents de ceux de beaucoup de ces hommes plus âgés, très expérimentés, qui ont réussi, avec lesquels je travaillais et qui étaient vraiment des mentors, si vous voulez.

Sara : La ministre Bibeau et Kathleen Sullivan ne disent pas qu'il y avait un panneau accroché sur la porte de la salle de conférence qui disait : « Les femmes ne sont pas autorisées ». Elles étaient les bienvenues, elles sont entrées…

Kirk : Et chacun découvrait qu'il devait se recalibrer et s'adapter.

Sara : Tsé, je pense que c’est Mary qui l'a mieux exprimé.

Mary : Je pense que c'est Marian Wright Edelman qui a dit qu'on ne peut pas être ce qu'on ne voit pas. J’y crois certainement. Et je pense que c'est vraiment important quand on parle des femmes dans l'agriculture. Je pense qu'il est important pour moi de souligner qu'ici à l’Ile du Prince-Edward, d’où je viens, j'ai vu des femmes dans ces rôles en grandissant. Et je sais que ce n'est pas comme ça dans tout le pays ou au-delà du Canada, mais j'ai vu en particulier Bertha Campbell, qui fait maintenant partie du conseil d'administration, je pense qu'elle est présidente par intérim du conseil. Bertha vit à deux pas de chez nous. Et son mari et mon père étaient ensemble au Conseil canadien de l’horticulture. Et Bertha a été pour moi un très bon mentor qui m'a amené avec elle. Elle a été présidente de la fédération de l'Î.-P.-É. avant moi et avant Bertha, nous avions une autre femme. Je ne pensais donc pas du tout que c'était hors du possible. J'espère que d’être là où je suis, ça fait de même pour les autres femmes.

Sara : Kathleen a repris le sujet, mais elle est allée un peu plus loin dans ses réflexions sur les modèles et le mentorat.

Kathleen : Je pense qu'en ayant des femmes à des postes de haut niveau, cela permet aux jeunes femmes qui arrivent de voir qu'elles aussi peuvent occuper un poste de haut niveau, cela ne veut pas dire qu'elles doivent agir comme moi, par exemple. Vous savez, je pense que ce qui arrive parfois, c’est cette idée que toutes les femmes sont les mêmes. On est complètement différentes. Et, vous savez, en fin de compte, on a toutes des forces et des faiblesses différentes. Et je pense que ce qui vous aide à réussir, c'est vraiment de comprendre ces forces et de travailler vraiment sur vos points forts. Je pense donc qu'il est toujours très difficile pour moi de donner des conseils à une jeune femme sur la façon dont elle devrait être ou agir, parce qu'elle n'est pas moi et qu'elle doit être fidèle à ce qu'elle est. Je pense qu'en occupant un poste de PDG, ce qui n'est pas encore très courant dans ce secteur, j'espère que cela signale à quiconque qu'il pourrait lui aussi occuper ce poste.

Sara : Vous écoutez les interviews que nous avons réalisées avec Mary Robinson, présidente de la Fédération canadienne de l'agriculture, Kathleen Sullivan, PDG d’Aliments et Boissons Canada, et Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Nous parlons des femmes qui occupent des postes de direction dans le secteur agricole et agroalimentaire.

Kirk : Tu sais, Sara, en écoutant nos trois invitées, une chose est évidente : les personnes en position de leadership, femmes et hommes, ont toutes besoin de penser au temps.

Sara : Dans quel sens?

Kirk : Elles ont toutes parlé du temps disponible : équilibre travail-famille, temps à consacrer à ces activités supplémentaires qui font avancer leurs carrières, comme les conseils d'administration et les associations. Ce sont des choses qui prennent du temps en plus de la journée de travail.

Sara : La ministre Bibeau a aussi souligné que c’est un obstacle, mais en précisant que les femmes occupent souvent un rôle plus ou moins officiel de directrice financière ou de directrice d'exploitation dans les fermes.

Ministre : J'ai souvent l'occasion d'avoir des discussions avec des femmes sous forme de tables rondes, par exemple, et elles vont me parler de la difficulté de concilier le travail et la famille. Elles prennent, elles sont très actives sur la ferme. Souvent, elles sont en charge des finances de la ferme et elles se sentent aussi la première responsable de la famille. Donc elles ne libèrent pas beaucoup de temps pour se bâtir un réseau, pour vraiment être à l'affut des dernières informations, pour participer au congrès et aux conférences. Alors souvent elles me disent qu'elles auraient besoin justement de plus d'appuis de mentors autour d'elles pour pouvoir les guider, les encourager.

Sara : Oui, l'équilibre travail-famille c’est comme le design universel : il rend le travail meilleur pour tout le monde et ça pourrait contribuer à résoudre nos problèmes de rétention. Mais si le secteur doit bénéficier de toutes ces femmes talentueuses, nous devons aller au-delà des rôles informels de directrices financières pour l’entreprise familiale. Faire partie des associations et des conseils d'administration, c’est des pièces majeures quand on veut grimper dans l’échelle.... et c’est vrai, ça représente un gros engagement en termes de temps. J'ai demandé à Mary comment elle s'est retrouvée à la FCA. Comment avez-vous décidé de vous y impliquer? Quelle était votre motivation?

Mary : Donc en 2008, j’avais mon mari et mes deux enfants avaient alors quatre et deux ans, et j'ai dit que je voulais faire quelque chose de plus. En fait, j'ai pris contact avec la Fédération de l'agriculture et je leur ai demandé s'ils avaient besoin de quelqu'un comme moi, s'il y avait un endroit où je pourrais être impliqué. Et je pense que le type a laissé tomber le téléphone parce qu'il n'avait jamais reçu d'appel de quelqu'un qui lui disait : j'aimerais participer. Il était assez surpris. Et tout d'un coup, j'étais au conseil d'administration, puis comme représentante du comté. Et puis de là, j'ai été promue sur le conseil exécutif. Et puis de là, j'ai gravi les échelons pour devenir présidente, ancienne présidente. Et là, j'ai eu l'occasion de rejoindre le Conseil canadien des ressources humaines en agriculture.

Il est incroyablement difficile pour une personne de 30, 40 ou 20 ans de mettre son emploi à plein temps de côté, qui est incroyablement exigeant, et de donner à une organisation comme la Fédération de l'agriculture. C'est juste une question de timing. On regarde tous nos vies et on se demande, alors, quand est-ce qu’on va avoir le moins de temps? C'est au moment où on démarre notre entreprise. C'est quand on élève notre famille. C'est quand on trouve notre conjoint ou quoi que ce soit d'autre. C'est le moment où on n'a pas beaucoup à donner au-delà de sa propre vie. Je pense donc qu'il faut être réaliste. Et ce qu’on demande aux gens d'assumer en dehors de leur propre existence, de ce qui met de l'essence dans leur camionnette. Donc je pense que nous devons être réalistes dans ce que nous demandons à tout le monde.

Sara : Le ministre Bibeau a fait une observation intéressante...

Ministre : J'ai remarqué récemment plus de femmes dans les postes de direction des associations de producteurs, mais pas tellement plus au sein des conseils d’administration. Alors je pense qu'il faut célébrer qu'elles soient plus nombreuses au sein des organisations, mais en même temps, il faut qu'elles soient là où là où les décisions se prennent aussi.

Sara : Mary, qu’est-ce que vous en pensez?

Mary : Je suis d'accord à 100 %, et quand je regarde les différentes organisations dans lesquelles j'ai été impliquée et continue de l'être, je pense à certaines des femmes extraordinaires qui s'assurent que ces organisations fonctionnent comme sur des roulettes. Je pense à Portia McDonald, au Conseil canadien des ressources humaines en tant que directrice exécutive. À l'Organisation mondiale de l'agriculture, c’est une femme aussi leur directrice exécutive, une femme. En voyageant au Danemark, on a rencontré beaucoup de femmes qui faisaient partie du conseil d'administration de la Fédération danoise. Et je pense que ce qui doit se passer au Canada pour avoir plus de femmes gravir les échelons jusqu'au rôle que je joue, c'est ce que nous devons voir… Si on regarde le chemin que j'ai parcouru pour arriver ici, on doit voir plus d'organisations provinciales et d'organisations spécialisées qui cultivent les opportunités pour les femmes et qui s'assurent que ces femmes réalisent que nous ne cherchons pas seulement à cocher une case pour dire que nous avons une femme à la table. Mais au lieu de cela, il y aura toujours des personnes, quel que soit leur genre, que nous devons reconnaitre, qui apportent d'excellentes compétences. Et je sais qu'à l'Île-du-Prince-Édouard, lorsqu’on cherche des nouveaux membres pour notre conseil d'administration, on essaye toujours d'identifier des personnes fortes qui représenteront aussi une partie de la diversité qui nous manque autour de la table. Et ça demande beaucoup de travail.

Sara : On dirait qu’on pense que parce que on a un problème systémique, il doit être réglé par le système. C’est vrai, mais ça peut être décourageant, c’est très long et ça a l’air complètement inamovible. On peut aussi commencer par changer de petite chose, comme la façon dont on aborde le mentorat, par exemple. On revient à ce qu’on disait tantôt.

Mary : Je trouve que les gens assis autour de la table ne se rendent pas compte qu'ils sont considérés comme ayant de l'ancienneté. Et pour les personnes ayant de l'ancienneté, d’ouvrir la porte et de demander, par exemple à Paul Glenn qui siège à notre conseil d'administration comme représentant des jeunes agriculteurs canadiens, et de dire à Paul : « Tu t'en sors très bien, Paul. Il faut parler plus souvent. Tu as beaucoup à apporter à la table. Et les gens veulent l'entendre. » Et il faut le faire, il faut le faire. J'ai particulièrement poussé Paul à avoir cette confiance pour aller de l'avant, parce que non seulement on a besoin de plus de femmes autour de nos tables de conseil d'administration, mais on a besoin de plus de jeunes. Alors, en ce qui concerne le mentorat? J'ai vraiment eu beaucoup de chance et je dois dire que les personnes qui m'ont encadrées pas de façon officielle, mais officieusement, beaucoup d'entre eux étaient des hommes. Et j'ai lu récemment un article dans lequel quelqu'un disait, vous savez, je veux vraiment examiner la structure de cette entreprise. J'ai vraiment envie de détester tous ces blancs qui sont dans la haute direction. Je veux qu'ils soient des imbéciles absolus. Mais ils ne le sont pas. Ce sont des gens bien. Ils ont des filles. Ils se vantent de leurs filles. Ce sont ces gars qui ne font que suivre le chemin qui a été tracé devant eux. Je pense donc que le défi du mentorat pour moi est de savoir quand une personne réalise qu'elle est à ce stade de sa vie où elle peut servir de mentor à quelqu'un d'autre. C'est reconnaître que les personnes qui ont fait le voyage et qui sont passées par là peuvent vraiment vous donner des conseils. Il faut être ouvert à cela. Je pense donc que c'est une voie à double sens, toute cette histoire de mentorat.

Sara : Et qu'ils bénéficient ou non d'un mentorat, Kathleen avait un excellent conseils à donner aux nouveaux venus dans l'industrie.

Kathleen : Je pense qu'en fin de compte, vous êtes engagé par votre organisation pour dire la vérité. Ça doit être dit. Et ne laissez jamais personne vous faire sentir qu'en raison de votre genre, de votre race, de votre religion, ou de quoi que ce soit d'autre, vous n'avez pas autant le droit de le dire que les autres. Et parfois, ça peut être difficile, ne serait-ce que parce que vous êtes jeune. Parfois, vous entrez dans une pièce et vous voyez des gens qui ont tous la cinquantaine ou plus et qui ont vingt-cinq ans à leur actif. Et vous êtes parfois intimidé de dire ce que vous devez dire, ne le soyez pas! Assurez-vous que cela vient d'un bon sentiment, que c'est substantiel et que cela a été réfléchi. Dites ce qui doit être dit. Je pense que la diversité inclut aussi les voix de personnes plus jeunes et qui viennent avec un regard neuf. Vous savez, j'aime toujours dire, à ceux d'entre nous qui sont là depuis longtemps, que nous n'avons pas encore résolu ces problèmes. Je pense donc qu’on doit parfois ouvrir nos oreilles et écouter ce que les autres ont à dire ou comment ils pensent que cela devrait être fait, parce que parfois c'est la façon dont on le fait qui est tout aussi importante.

Kirk : Je vais juste répéter ces deux derniers mots... Aussi. Importante.

Sara : Donc, le mentorat et la représentation sont essentiels et nous devons exploiter ces deux stratégies pour améliorer la diversité dans notre secteur.

Kirk : C'est à nous tous, en effet, mais les dirigeants doivent prendre l'initiative dans ce domaine. Votre conseil d'administration représente-t-il le futur dont Kathleen a parlé? De qui êtes-vous le mentor? Comment instaurez-vous une culture dans votre organisation pour que les groupes sous-représentés aient le sentiment de pouvoir participer pleinement au secteur et d'accéder à des postes de direction?

Sara : J'ajouterais, en plus du mentorat, de prendre en considération certains éléments de base autour du temps et des disponibilités - par exemple, si vous avez organisé une série d'événements de réseautage, est-ce que votre horaire exclus des gens? Il faut rencontrer des gens pour rencontrer des mentors, ils ne tombent pas du ciel!

Kirk : Et nous pouvons tous être des mentors et des leaders pour nous assurer qu’il y a de réels changements dont notre industrie peut tirer profit.

Sara : Donc on a tout réglé? (sarcastique)

Kirk : En partie. On en a parlé. Maintenant, il faut agir.

Sara : Avant de partir, on tient à remercier ces trois leaders d'être venues à l'émission. On espère les retrouver dans de prochains épisodes pour parler de sujets comme la main-d’œuvre et l'innovation.

Kirk : Faites-nous savoir comment vous améliorez notre secteur.

Sara : Faites-nous savoir si vous souhaitez qu’on aborde des sujets particuliers.

Kirk : On aime avoir de vos nouvelles.

Sara : Et d’ici le prochain épisode.

Kirk : Vous savez quoi faire.

Sara : Explorer.

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Épisode 008 - Femmes en tête

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