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Le chercheur et la canneberge : un récit des fêtes

Cette histoire commence comme bon nombre d’histoires d’agriculture canadienne, par une famille qui adorait son mode de vie et vivait de la terre. Elle se termine par une découverte importante concernant une icône de l’alimentation canadienne — la canneberge — et par une recherche qui pourrait aider tous les Canadiens. Mais cette histoire est unique et elle commence loin, très loin d’ici…

L’agriculture au Mali

Récolte de canneberges en Colombie-Britannique

Au Mali, un pays d’Afrique de l’Ouest, Moussa Diarra adorait sa vie sur la ferme familiale. Son père travaillait fort afin de prendre soin du bétail et de faire pousser des cultures comme des céréales et des légumes; sa mère l’aidait et effectuait les tâches ménagères en plus de s’occuper des enfants.

Ils formaient une grande famille élargie aimante composée de tantes, d’oncles et de cousins, qui tous vivaient ensemble. À 7 ans, Moussa se levait de bonne heure pour sortir les chèvres et les moutons dans le pâturage. En vieillissant, il a aidé pendant la traite des vaches en prenant soin des veaux. « Je me suis toujours considéré comme un agriculteur », affirme Moussa en repensant à ce moment heureux.

Le père de Moussa (en avant : le défunt Sory Diarra), avec ses travailleurs agricoles, fier de sa récolte de sorgho.

Pendant qu’il acquérait de nouvelles compétences en agriculture de ses parents, il vivait avec un autre mentor important. « Les personnes malades avaient l’habitude de venir demander conseil à ma grand-mère. Elle les guérissait en utilisant des plantes traditionnelles et des remèdes à base d’herbes. C’est la première fois que j’ai réalisé que les plantes possédaient un pouvoir— elles peuvent guérir! Cette prise de conscience a eu une grande influence sur moi. » À tel point, que Moussa a décidé que ce qu’il voulait faire était de travailler dans le secteur de la santé et de l’alimentation. « Ça a toujours été mon rêve. »

Un éveil scientifique

Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens

Pendant des décennies, les agriculteurs ont donné de faibles doses d’antibiotiques au bétail et à la volaille pour les maintenir en santé, favoriser leur croissance et les protéger contre des bactéries dangereuses. Des études ont maintenant démontré que cette pratique peut entraîner une résistance aux antimicrobiens chez des bactéries pathogènes comme E. coli et Salmonella, créant des problèmes sur le plan de la salubrité des aliments et de la santé publique.

Moussa a suivi son rêve, obtenant un diplôme universitaire en biologie et une majeure en bactériologie au Mali. Lorsqu’il a appris que la majorité (entre 60 et 65 pour cent) des médicaments provenaient des plantes, il a voulu se spécialiser davantage. Il a donc déménagé au Canada pour terminer sa maîtrise et son doctorat à l’Université Laval, à Québec.

C’est à ce moment-là qu’il a commencé à étudier les antibiotiques, et qu’il a commencé à comprendre les problèmes que peut engendrer la résistance à ceux-ci, tant chez l’humain que chez l’animal.

Vivant maintenant au Canada et spécialiste dans son domaine, Moussa s’est joint à Agriculture et Agroalimentaire Canada et a commencé à travailler dans des centres de recherche à travers le pays, dont celui d'Agassiz, en Colombie-Britannique.

Son intérêt était d’aider à enrayer la résistance aux antibiotiques, cause de tant de préoccupations. Il a réussi et a obtenu son premier brevet pour avoir découvert la synergie qui existe entre une protéine du lait qui lie le fer et les antibiotiques contre une bactérie résistante. Tous les êtres vivants ont besoin de fer pour vivre, et la protéine qui lie le fer a procuré à l’antibiotique l’aide dont il avait besoin. Cela a été une grande découverte, mais ce n’était que le début.

Moussa, debout derrière son père qui lui rendait visite à Sherbrooke, au Québec.

Un lien avec Noël

En 2004, les étoiles se sont vraiment alignées pour Moussa quand un collègue à Agassiz l’a invité dans sa famille pour le dîner de Noël.

Assis à leur table de salle à manger, il a vu quelque chose qu’il n’avait encore jamais vu. « C’était si rouge! Quand j’ai demandé ce que c’était, mon collègue m’a dit d’y goûter. Oh, mon Dieu, c’était si sucré et ça avait un goût étrange! », se rappelle Moussa, plissant le visage en se souvenant du goût amer de la première sauce aux canneberges qu’il a goûtée.

La canneberge est un fruit provenant principalement de l’Amérique du Nord, d’abord utilisée par les Autochtones, et Moussa n’en avait jamais mangé au Mali.

Moussa a continué de penser à ce fruit étrange bien après les fêtes, se demandant si celui-ci était peut-être plus précieux qu’il n’y paraissait. Il a donc lu davantage sur les canneberges. « J’ai dit à ma femme : "Tu vois, personne ne tombe malade. Peut-être que c’est parce qu’ils mangent des canneberges." » En 2005, il a poussé plus avant ses recherches, espérant faire une découverte utile.

Suivre sa voie

Plus d’informations sur la recherche de Moussa Diarra

Plus de 15 ans plus tard, les recherches de Moussa ont démontré que le marc de canneberge (la pulpe qui est habituellement jetée une fois le jus extrait du fruit) a, en fait, beaucoup de valeur. Ajouté à l’alimentation des poulets que nous mangeons, le marc de canneberge renforce leur intestin en stimulant les bonnes bactéries et en le protégeant contre les mauvaises, dont Salmonella, Listeria et Staphylococcus aureus, des bactéries qui peuvent entraîner des maladies d’origine alimentaire.

Voici ce que Moussa a découvert : le marc de fruit a de puissantes propriétés anti-inflammatoires, qui renforcent le système immunitaire du poulet, et peuvent réduire la nécessité d’utiliser les antibiotiques.

Le marc de canneberge améliore la croissance et la qualité de la viande du poulet, tout en empêchant les oiseaux de mourir prématurément.

Le marc, qui était systématiquement jeté, peut maintenant être utilisé dans l’alimentation des animaux. Bénéfice additionnel : les producteurs de canneberges diminuent leurs pertes et font plus de profits.

Moussa Diarra dans le laboratoire d’AAC à Guelph

« Le pouvoir de ce fruit m’impressionnait vraiment, dit Moussa. Il possède plusieurs propriétés nutritives essentielles. Son effet sur la réaction immunitaire est incroyable. »

Cela a aussi impressionné le New York Academy of the Science of Nutrition et le Sackler Institute for Nutrition Science. En 2016, ils ont choisi la recherche de Moussa comme l’un des quatre domaines méritant plus d’attention et dans lesquels plus de travail devrait être effectué dans le but de créer des solutions de rechange aux antibiotiques.

Un enfant est né

Nassira Diarra, le jour de sa graduation d’école secondaire à Agassiz (C.-B.), avec son père M. Moussa Diarra.

Que serait une histoire de Noël sans une naissance?

« Un autre miracle s’est produit, dit Moussa, tout sourire. Ma fille est née le 24 décembre. Depuis, Noël n’est plus le même! Elle insiste pour avoir un cadeau de fête et un cadeau de Noël », raconte-t-il en riant.

Son nom? « Nassira, répond-il doucement. Je devais lui donner le nom de ma grand-mère. Elle m’a appris tellement de choses : c’était ma façon de l’honorer. » Et depuis la naissance de sa fille, la famille de Moussa s’assure qu’il y a toujours des canneberges sur la table à Noël.

Peu importe la façon dont vous célébrez le temps des fêtes cette année, quand vous passerez la sauce aux canneberges aux convives, pensez à ce jeune et brave garçon qui est venu tout droit du Mali en Afrique, à sa grand-mère qui lui a appris que les plantes avaient un pouvoir de guérison, et au repas des fêtes qui a inspiré la recherche ayant mené à cette découverte.

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