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Lutte contre les mauvaises herbes : pas besoin d’être cultivateur pour obtenir de l’aide

Renseignez-vous auprès d'un cultivateur canadien pour savoir ce que fait le Centre de la lutte antiparasitaire (CLA), et il vous répondra que nous protégeons les cultures agricoles.

Il vous dira que nous aidons les cultivateurs à obtenir les produits antiparasitaires les plus récents et les plus sûrs, en plus de leur communiquer les toutes dernières pratiques de lutte intégrées, afin d'éliminer les organismes nuisibles qui leur posent le plus de problèmes.

Mais, nous ne nous intéressons pas qu'aux cultures agricoles. Nous protégeons la santé des végétaux en général.

C'est pourquoi, lorsque des chercheurs d'Agriculture et Agroalimentaire Canada nous ont proposé d'utiliser une méthode biologique, à savoir un ennemi naturel — un insecte bénéfique —, contre une mauvaise herbe qui étouffait les pâturages et les parcours naturels de l'Alberta, nous avons sauté sur l'occasion.

En fait, bien avant que l'Organisation des Nations Unies (ONU) déclare l'année 2020 l'Année internationale de la santé des végétaux et qu'elle recommande l'utilisation de méthodes de lutte antiparasitaire écologiques, nous travaillions à réduire le risque des pesticides pour la santé humaine et l'environnement.

Rétablir l'équilibre naturel

C'était en 2003. Des scientifiques du Centre de recherche et de développement de Lethbridge en Alberta souhaitaient élargir un programme de lutte biologique créé deux ans plus tôt. L'agent de lutte? Un minuscule coléoptère noir connu sous le nom scientifique d'Aphthona lacertosa.

Ce coléoptère bénéfique a été relâché dans des sites situés dans sept comtés du sud de l'Alberta et la municipalité de Lethbridge pour lutter contre une mauvaise herbe envahissante, l'euphorbe ésule (connue sous le nom scientifique d'Euphorbia esula). Ces lâchers représentaient l'apogée de 30 ans de travaux visant à trouver le candidat idéal pour freiner la dissémination de cette euphorbe vivace, arrivée d'Eurasie en Amérique du Nord au 19e siècle.

Inoffensive là d'où elle vient, l'euphorbe ésule prospère ici parce qu'elle n'a aucun ennemi naturel. En 2001, elle s'était propagée dans tout le centre et le sud de l'Alberta, ainsi qu'à l'échelle des Prairies, où elle prenait la place des herbes de pâturage, réduisant ainsi la biodiversité.

Qui plus est, l'euphorbe ésule est toxique pour les bovins. Les pâturages qui en sont infestés ne peuvent pas servir au pacage.

Toutefois, la lutte contre cette mauvaise herbe n'allait pas être facile. En effet, puisqu'elle s'étend sur de vastes superficies et qu'elle prospère en terrain difficile d'accès, il serait trop coûteux d'utiliser des herbicides. En outre, on courait le risque que les produits chimiques ruissellent dans les cours d'eau près des surfaces traitées.

Les scientifiques cherchaient donc une méthode non chimique pour lutter contre cette plante nocive. C'est là que notre petit coléoptère noir fait son entrée : il ne se nourrit que de l'euphorbe ésule et ne présente aucun danger pour les plantes ou les cultures apparentées.

Cependant, il ne fallait pas penser qu'il suffisait de relâcher un insecte importé d'Europe et de se croiser les doigts.

Quelqu'un devait exercer un suivi et un contrôle sur les sites de lâcher pour s'assurer que les populations de coléoptères puissent survivre à nos hivers et croître.

Les chercheurs de Lethbridge ont donc voulu étudier les conditions de chaque site pendant l'hiver pour accroître les chances de réussite des lâchers futurs. Ils souhaitaient notamment étudier la couverture de neige, ainsi que la température de l'air, du sursol et du sol pour déterminer quelles conditions limitent la croissance des populations de coléoptères.

Ils voulaient élargir le programme de lutte biologique en relâchant des coléoptères à d'autres endroits infestés par l'euphorbe.

C'est alors que le CLA leur a offert son aide en créant le projet Gestion de l'euphorbe ésule à l'aide d'un insecte prédateur.

À l'attaque de l'euphorbe ésule

Le CLA a offert à Rob Bourchier (Ph.D.), un spécialiste de l'écologie des insectes et de la lutte biologique de Lethbridge, les fonds dont il avait besoin pour mener ses recherches.

Dans le cadre de ce projet, entre 2004 et 2007, M. Bourchier et son équipe de chercheurs ont relâché des coléoptères dans plus de 125 sites. L'année suivant les lâchers, ils revenaient évaluer la densité des populations de coléoptères et leur effet sur l'euphorbe ésule.

Parce que l'équipe espérait encourager les propriétaires fonciers, elle a intégré au projet de 10 à 15 sites de démonstration dans les villes et les secteurs ruraux. Grâce à la demande populaire, le programme de lutte biologique n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis.

Mieux encore, depuis 2016, l'Alberta Invasive Species Council (en anglais seulement), un organisme à but non lucratif, a pris l'initiative de coordonner le programme de lutte biologique, avec la collaboration de 39 autres organisations albertaines. Le programme est maintenant financé par les participants, y compris des propriétaires fonciers, et comprend désormais des agents de lutte contre la cynoglosse officinale, la linaire à feuilles larges, la centaurée maculée et la centaurée diffuse. Devant la menace croissante que posent les plantes envahissantes, l'Alberta Invasive Species Council continue d'investir dans la recherche pour aider à trouver de nouveaux agents de lutte biologique.

Pour le CLA, la véritable mesure du succès du projet, c'est le fait que d'autres ont repris le flambeau pour protéger les prairies naturelles de l'Alberta grâce à une solution autoperpetuée, peu coûteuse et respectueuse de l'environnement. Et c'est justement ce que souhaite voir l'ONU en cette année internationale de la santé des végétaux et dans l'avenir.

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