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Stratégie à risque réduit de lutte contre les mauvaises herbes dans la production de carotte en sol biologique et minéral

Code de projet : PRR06-700

Chef de projet

Diane-Lyse Benoit - Agriculture et Agroalimentaire Canada

Objectif

Rechercher des pratiques de culture de rechange pour lutter contre les mauvaises herbes dans la production des carottes

Sommaire des résultats

Le rendement et la qualité des cultures de carottes diminuent en présence de fortes densités de mauvaises herbes. Parmi le large éventail d'espèces de mauvaises herbes ayant des répercussions sur la production de carottes, l'herbe à poux et l'amarante à racine rouge constituent les principaux problèmes en sol minéral et organique. La lutte contre l'herbe à poux en sol organique, où l'on cultive la majorité des carottes, s'est avérée particulièrement difficile. L'herbe à poux a développé une résistance au linuron, le seul herbicide disponible pour la lutte contre les dicotylédones en sol organique. Il fallait mettre au point de nouvelles solutions et approches intégrées présentant moins de risques afin d'atténuer les problèmes liés à la résistance des mauvaises herbes et de lutter efficacement contre les espèces de dicotylédones dans la production de carottes.

Dans le cadre de ce projet, on a évalué, de façon individuelle ou combinée, un certain nombre de techniques de lutte physique contre les mauvaises herbes en tant que solutions de rechange aux pratiques commerciales courantes, notamment le pyrodésherbage, le travail superficiel du sol, le sarclage mécanique, la technique du faux semis et les coupes de précision, ainsi que des produits de lutte et des méthodes d'application à moindre risque. De 2006 à 2008, on a procédé à des essais d'efficacité à l'Île du Prince Édouard (Î. P. É.), en Nouvelle Écosse (N. É.) et au Québec en sol organique et minéral .

Les essais effectués à l'Î. P. É. et en N. É. consistaient à comparer l'efficacité des mesures de lutte et le rendement des carottes cultivées sur buttes selon différents systèmes de lutte contre les mauvaises herbes en sol minéral. Les traitements mis à l'essai sont aucun moyen de lutte contre les mauvaises herbes; application pleine surface du linuron en prélevée et en postlevée (pratique courante); sarclage sur le côté des buttes (p. ex. au moyen de couteaux latéraux) au besoin, suite à l'application en bande de linuron sur le dessus de ces buttes; utilisation du pyrodésherbage (en prélevée ou en présemis ou les deux); pyrodésherbage en prélevée combiné à un sarclage sur le dessus et sur le côté des buttes; application en bandes d'Eco Clear (acide acétique) après les faux semis ou sur des buttes façonnées juste avant le semis. Pour chaque traitement, on a mesuré la biomasse des mauvaises herbes ainsi que la densité, le rendement et la qualité des carottes au moment de la récolte.

Comparativement aux résultats obtenus lorsqu'aucune mesure de lutte contre les mauvaises herbes n'était appliquée, ceux de l'ensemble des traitements ont généralement démontré que la biomasse des mauvaises herbes était moins élevée et que le rendement des carottes était plus élevé. L'application pleine surface du linuron a cependant donné des résultats plus probants que tous les autres traitements, puisqu'elle permettait la lutte la plus efficace contre les mauvaises herbes et donnait le meilleur rendement des cultures de carottes, et ce, à moindre coût. Alternativement, le programme de lutte intégrée contre les mauvaises herbes le plus économique et le plus efficace consistait à combiner la formation de buttes, l'application en bande du linuron sur le dessus des buttes et le recours au sarclage mécanique au moyen de couteaux latéraux entre les buttes. Les traitements comprenant l'application en bandes de linuron sur le dessus des buttes ont permis de réduire de 66 p. 100 l'utilisation d'herbicides sans entraîner de baisse importante du rendement des cultures de carottes. Cependant, il faudrait fréquemment recourir à des sarcleurs pour lutter contre les mauvaises herbes entre les rangs.

L'utilisation du brûleur au propane s'est avéré moins efficace à réduire la biomasse des mauvaises herbes sur le dessus des buttes que l'application en bandes du linuron parce que le pyrodésherbage n'avait aucune activité résiduelle. Le pyrodésherbage en prélevée suivi d'un sarclage avec des couteaux latéraux a également permis de lutter contre les mauvaises herbes de façon économique, mais a provoqué une baisse du rendement des carottes. Avant de recommander aux producteurs cette technologie, il faudra la peaufiner en vue d'en améliorer la précision lors de l'application, tout en mettant en place des mesures améliorées de protection des cultures et en assurant une couverture plus uniforme. En raison d'une efficacité réduite et de coûts élevés, l'application d'Eco clear ne semble pas être une option valide. Le fait de combiner la technique du faux semis avec la formation de buttes ne bonifie pas la lutte contre les mauvaises herbes.

Les essais au Québec portaient sur la conception d'un outil de coupe précis mettant à profit les différences morphologiques entre les carottes et les mauvaises herbes. Les essais effectués sous conditions contrôlées et sur le terrain ont permis de déterminer le potentiel de repousse des carottes, de la petite herbe à poux et de l'amarante à racine rouge ainsi que les hauteurs de coupe à privilégier pour éliminer les mauvaises herbes tout en abîmant le moins possible les carottes. En effectuant un suivi de la levée des mauvaises herbes, on a pu confirmer que la levée de l'herbe à poux atteint son pic durant une courte période au printemps. Par conséquent, la coupe permettrait une lutte efficace, étant donné qu'elle peut être synchronisée au moment où la majorité d'herbe à poux est présente. D'autre part, la levée de l'amarante à racine rouge a lieu tout au long de la saison et par conséquent une seule partie des populations d'amarante pourrait être détruite par une coupe.

L'outil de coupe permet de couper avec précision les végétaux à environ six centimètres de la surface du sol. Il faut que la planche soit nivelée et que la surface soit ferme afin que cet outil fonctionne correctement. Bien qu'il s'agisse d'une solution rentable, l'outil servant à couper les mauvaises herbes ne permet qu'une lutte partielle contre l'herbe à poux en raison de la repousse et de la ramification de branches secondaires à la suite de la coupe. Cet outil semble un peu plus efficace en ce qui concerne l'amarante à racine rouge, mais cette mauvaise herbe peut quand même repoussée. En outre, de nouvelles levées d'amarante à racine rouge peuvent survenir pendant toute la saison. Il faut donc combiner la coupe de précision à une autre méthode de lutte, en particulier entre les rangs de carottes. On doit donc réaliser des recherches plus poussées afin de mettre au point une technique complémentaire qui améliorera la lutte contre les mauvaises herbes ainsi que le rendement des cultures de carottes.

En conclusion, le jumelage des traitements chimiques et des techniques de lutte physique s'avère être l'approche la plus prometteuse en matière de lutte intégrée selon les résultats de cette recherche et constitue une solution de rechange à l'utilisation exclusive des herbicides. Quant à la production de carottes sur buttes en sol minéral, le moyen de lutte contre les mauvaises herbes le plus économique, le plus efficace et le plus respectueux de l'environnement consiste à combiner l'application en bande du linuron et le recours au sarclage mécanique au moyen de couteaux latéraux entre les buttes. On peut non seulement recommander aux producteurs d'adopter cette approche sur le plan commercial, mais aussi l'appliquer dans d'autres régions utilisant des systèmes de production végétale semblables ou à d'autres cultures légumières produites au moyen de tels systèmes (p. ex. les panais et les pommes de terre).

Quant à la production de carottes en sol organique où l'herbe à poux constitue la mauvaise herbe dominante et dans certains cas où elle est résistante au linuron, le programme de lutte le plus prometteur pourrait consister en l'application pleine surface du linuron en prélevée suivie d'une coupe de précision lorsque les carottes atteignent le stade de trois feuilles. Cependant, cette approche, qui permettrait de diminuer de 50 p. 100 l'utilisation de pesticides, fait encore l'objet de recherches. Les producteurs ne peuvent donc y avoir recours pour l'instant.

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec Mme Diane-Lyse Benoit Ph. D. (DianeLyse.Benoit@agr.gc.ca) d'Agriculture et Agroalimentaire Canada.

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