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Lutte biologique contre la tétranyque à deux points et la tarsonème des fraisiers

Code de projet : PRR06-160

Chef de projet

Bernt Solymár - Earth Tramper Consulting Incorporated

Objectif

Évaluer l'efficacité (i) d'un acarien prédateur pour lutter contre le tarsonème du fraisier et le tétranyque à deux points et (ii) d'un acarien prédateur pour lutter contre le tarsonème du fraisier dans les champs de fraises

Sommaire de résultats

Contexte

Au Canada, la fraisiculture rapporte quelque 71 millions de dollars (Statistique Canada, 2011) grâce aux 19 888 tonnes métriques de fraises récoltées sur les 3 100 hectares cultivés au pays (Statistique Canada, CANSIM 2012). Le tétranyque à deux points (TDP), Tetranychus urticae, est considéré comme l’un des principaux acariens ravageurs dans les champs de fraises canadiens. Une infestation peut réduire la photosynthèse et ainsi provoquer le déclin de la santé globale des fraisiers, ce qui réduit leur rendement et la qualité des fruits. Une population élevée de ce type d’acarien peut, par son activité trophique et les toiles qu’elle tisse, entraîner une baisse de rendement des fraisiers, surtout en temps chaud et sec. Après régénération (processus qui consiste à rajeunir les fraisiers qui donnent des fruits de juin après la récolte), la présence d’une population élevée d’acariens ravageurs peut stresser les plants et nuire à leur capacité de survivre à l’hiver. De son côté, le tarsonème des fraisiers, Phytonemus pallidus, est un ravageur plus sporadique. Les nymphes et les adultes, de très petite taille, se nourrissent le long de la nervure médiane des jeunes feuilles de fraisiers qui ne sont pas encore ouvertes (la couronne), lesquelles peuvent se crisper, devenir toutes rabougries et nuire au rendement du fraisier. L’emploi d’acaricides est la solution actuellement adoptée pour lutter contre ces deux types d’espèces phytophages (qui se nourrissent de substances végétales), mais le risque que les populations de ravageurs développent une résistance, ainsi que les préoccupations environnementales et les perceptions du public que suscite l’utilisation de pesticides font en sorte qu’il est maintenant nécessaire d’adopter de nouvelles approches comportant moins de risques pour lutter contre les problèmes de parasites dans les champs de fraises. Ce projet est mené dans le but d’évaluer l’efficacité et le potentiel de réduction des risques de l’utilisation de Neoseiulus (Amblyseius) fallacis et de Feltiella acarisuga, deux prédateurs du tétranyque à deux points et du tarsonème des fraisiers, ainsi que de démontrer aux fraisiculteurs le bien fondé de cette approche.

Approche

En 2006 et 2007, les deux agents de lutte biologique que sont N. fallacis et F. acarisuga ont été libérés dans 15 champs de fraises commerciaux de quatre provinces. Les populations de TDP et de tarsonèmes des fraisiers ont été mesurées toutes les deux semaines par des experts conseils en productions végétales, tout comme celles des deux espèces prédatrices, après leur libération dans les parcelles expérimentales.

En 2008, en raison de problèmes d’approvisionnement en N. fallacis, un autre acarien prédateur, Phytoseilus persimilus, a été utilisé dans le cadre des essais au champ.

Des essais menés à la ferme pour évaluer l’utilité des acariens prédateurs ont ainsi été entrepris dans cinq régions géographiques du Canada, soit la vallée du Fraser en Colombie Britannique, le comté de Norfolk et la vallée de l’Outaouais en Ontario, la région de la Montérégie (au sud de Montréal) au Québec et la vallée de l’Annapolis en Nouvelle Écosse, pour les fraisiers donnant surtout des fruits de juin. Dans chaque région, les experts-conseils en lutte antiparasitaire ont travaillé avec les fraisiculteurs locaux pour surveiller les acariens ravageurs, libérer les agents de lutte biologique et recueillir des données sur le nombre d’acariens phytophages et de prédateurs.

Ces essais se sont déroulés dans les plantations d’au moins deux ans qui occupent une superficie minimale de 5 acres, qui sont en santé et qui sont aux prises avec des acariens ravageurs. Pour chaque plantation, on a libéré en bloc (inoculation) le prédateur N. fallacis dans un lot d’environ 2 acres et le prédateur F. acarisuga, dans un lot de 0,25 acre. Un lot de 2 acres ou plus n’ayant pas reçu de prédateurs (non traité) a servi de « témoin » dans chaque plantation. La plupart des essais ont été effectués sur des fraisiers fructifiant en juin, mais des prédateurs ont également été libérés dans quelques lots de variétés remontantes. Les fraisiculteurs participant au projet ont reçu la consigne d’employer des pesticides seulement lorsque la population de ravageurs aurait atteint le seuil de nuisibilité économique établi par la province, selon les rapports de surveillance des populations de ravageurs.

Le Quotient d’impact environnemental (QIE) (anglais seulement) de l’Université Cornell a permis d’évaluer le potentiel de réduction des risques liés aux pesticides qu’offre l’utilisation d’agents de lutte biologique par rapport aux acaricides traditionnels.

Résultats

Bien que les données recueillies soient insuffisantes pour en faire une analyse statistique, les observations laissent croire que le prédateur N. fallacis a la capacité de maintenir la population de TDP en deçà du seuil de nuisibilité économique. S’il est libéré lorsque la population de tarsonèmes des fraisiers est faible, il peut également être d’une efficacité modérée pour lutter contre ce ravageur. Le prédateur a été en mesure de s’établir dans les champs de fraises après une libération au printemps, à l’été et à l’automne. À de nombreux endroits à l’échelle du pays, des acariens prédateurs ont été détectés dans les lots traités et non traités (témoin), ce qui laisse croire que des populations naturalisées y sont présentes en petit nombre.

Bien que le prédateur P. persimilis ne puisse survivre aux hivers canadiens, il s’est avéré efficace contre des concentrations élevées de TDP, ce qui signifie qu’il peut servir de solution de rechange à court terme aux acaricides, lorsque la population de ravageurs atteint le seuil de nuisibilité économique.

L’acarien F. acarisuga ne semble pas être un prédateur efficace du tarsonème des fraisiers dans le cadre de cette étude, probablement parce les périodes prolongées de faible humidité relative que nous avons connues ont nui à son développement.

Selon les calculs faits à partir du QIE pour évaluer l’utilisation dans les champs d’un seul traitement de certains acaricides par rapport à l’utilisation du prédateur N.fallacis, l’approche biologique de la lutte antiparasitaire a un impact beaucoup plus faible sur l’environnement.

Ces essais ont été très utiles pour démontrer aux experts régionaux et aux fraisiculteurs collaborateurs que les prédateurs N. fallacis et P. persimilis peuvent être employés avec succès dans les champs de fraises canadiens comme solution de rechange efficace aux acaricides et, surtout, réduire les risques liés aux pesticides et l’impact environnemental des acaricides utilisés en fraisiculture.

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