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Étudier les facteurs déterminants de la fréquence et de l’importance des dommages causés par les espèces de mouches Delia dans les principales régions productrices d’oignons de l’Ontario, du Québec et des Maritimes

Code de projet : PRR14-040

Chef de projet

Suzanne Blatt - Agriculture et Agroalimentaire Canada

Objectif

Surveiller les populations du complexe d’espèces de mouches appartenant au genre Delia dans les cultures d’oignons et comparer leurs dates d’émergence. Étudier les facteurs qui influent sur l’importance des dommages causés par ces ravageurs, y compris les champignons entomopathogènes.

Sommaire des résultats

Contexte

Un complexe de mouches des racines (Delia spp. (espèces)) peut causer des dommages considérables aux cultures d’oignons dans l’ensemble du Canada. Bien que la mouche de l’oignon (Delia antiqua) soit souvent considérée comme le principal ravageur de cette culture, de récentes études ont démontré que la mouche des semis (Delia platura) et la mouche granivore du haricot (Delia florilega) peuvent causer une plus forte proportion des dommages attribuables aux mouches des racines que ce que l’on croyait auparavant. Dans le cadre de ce projet, des études sur le terrain et en laboratoire ont été menées en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse afin de mieux comprendre la dynamique des populations de mouches Delia spp. dans les champs, ainsi que leur répartition spatiale et temporelle. Les corrélations entre les dommages aux plantes et le nombre de captures dans les pièges ont été examinées, de même que les facteurs intrinsèques et extrinsèques influant sur les populations de mouches Delia spp. De plus, des sondages portant sur les connaissances en matière de mouches de semis et les pratiques antiparasitaires qu’utilisent les producteurs d’oignons ont été effectués auprès de ceux-ci. Les efforts dans ce domaine d’action sont jugés prioritaires dans la Stratégie de réduction des risques liés aux pesticides pour les insectes nuisibles aux carottes, aux panais et aux oignons d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

Approches

Un sondage écrit a été élaboré en vue d’établir l’état des connaissances des producteurs d’oignons de la Nouvelle-Écosse (N.-É.) et de l’Ontario (Ont.) en matière de mouches de semis. Le sondage a été effectué auprès de sept producteurs d’oignons de la N.-É. en 2014 et auprès de dix-neuf producteurs de l’Ont. en 2016.

Des études sur le terrain ont été menées dans des champs d’oignons en N.-É., en Ont. et au Québec (Qc) afin de déterminer la présence et l’abondance relative des mouches Delia spp. En Ont. et au Qc, des pièges collants bleus ont été placés près du bord des champs et, en N.-É., les pièges ont été placés près du bord ainsi qu’au centre des champs. Les pièges étaient relevés deux fois par semaine puis apportés au laboratoire pour que le dénombrement et l’identification des mouches capturées puisse se faire. Les niveaux de populations de mouches adultes étaient surveillés, et leur date d’émergence était comparée au nombre de degrés-jours (DJ) cumulés afin de déterminer les périodes d’activité de chaque espèce dans les champs. Des données météorologiques ont été recueillies près de chaque site.

La collecte des larves a été réalisée dans des champs d’oignons situés au Qc au cours de la période de végétation de l’année 2015, afin de déterminer la présence et l’abondance relative des larves de mouches Delia spp. dans les sols. L’existence de corrélations entre les larves collectées et le nombre de captures dans les pièges, de même qu’entre les dommages aux plantes causés par les larves et le nombre de DJ accumulés, a été vérifiée.

Le type de végétation se trouvant autour des champs a été relevé puis classé dans les catégories suivantes : arborescente, arbustive, cultivée et urbaine. Le pourcentage du périmètre des champs couvert par de la végétation appartenant à ces catégories a été déterminé en mesurant les périmètres à l’aide de Google Earth. D’autres paramètres (présence d’eau à proximité, culture précédente, variétés d’oignons, superficie totale du champ, longueur du périmètre et épandage de Lorsban) ont aussi été consignés pour chaque champ. Les corrélations entre le nombre de captures dans les pièges et toutes les variables, prises isolément ou en combinaison, ont été calculées.

La présence de mouches Delia spp. infectées par des champignons entomopathogènes a été vérifiée. En 2014 et 2015, des mouches adultes ont été capturées dans les champs à l’aide de filets fauchoirs, puis celles-ci ont été rapportées au laboratoire et mises en observation pour surveiller le développement de spores.

Résultats

Sondage effectué auprès des producteurs

Le sondage écrit effectué auprès des producteurs d’oignons de la N.-É. et de l’Ont. a révélé que l’étendue de la production d’oignons, les pratiques de lutte antiparasitaire et les connaissances relatives à la mouche des semis variaient considérablement entre ces deux provinces. La plupart des producteurs néo-écossais savaient que la mouche des semis pouvait être un ravageur potentiel. Par contre, la surveillance de celle-ci n’était effectuée dans aucune des provinces visées par l’étude. Plus de la moitié des cultivateurs ont affirmé utiliser des cultures de couverture, et un plus grand pourcentage de producteurs néo-écossais ont dit cultiver des oignons biologiques comparativement aux producteurs d’oignons ontariens ayant participé au sondage. Le cycle de rotation des cultures effectué en N.-É. était généralement plus long que celui pratiqué en Ont. (5 ans et 2 ans, respectivement), et les espèces cultivées en N.-É. étaient plus variées. Il se peut que le nombre d’années du cycle de rotation des cultures consacré à la production de plantes non hôtes ait un impact sur la pression exercée par les ravageurs Delia spp. Malgré tout, d’importantes populations de mouches ont été dénombrées dans les pièges de surveillance des champs de la N.-É.

Études sur le terrain portant sur les adultes

Les dates d’émergence ont été estimées en utilisant un modèle bioclimatique élaboré en 2006 à l’aide de données de l’Ouest canadien où la première et la deuxième génération de mouches D. platura émergeraient à 255 DJ et à 639 DJ respectivementNote de bas de page 1.

Malheureusement, l’étude sur le terrain effectuée en 2014 n’a pas fourni de données utiles, en partie parce que le projet a été lancé tardivement. En 2015, des pièges servant à surveiller les populations de mouches adultes ont été installés dans trois champs en Ont., dans quinze champs au Qc et dans six champs en N.-É. En Ont., les pièges ont été installés trop tard, ratant ainsi l’émergence de la première génération. En N.-É., presque aucune D. antiqua n’a été capturée dans les trois champs, probablement en raison de l’épandage imprévu de Lorsban autour de ceux-ci. Par conséquent, seules les espèces D. platura et D. florilega ont fait l’objet d’un suivi. Quand le nombre de captures des pièges a été comparé aux DJ (température de base : 3,9 °C), on a observé que la première génération en N.-É. a émergé plus hâtivement que ce qui avait été prévu par le modèle (autour de 230 DJ et avant 180 DJ, à deux sites), mais plus tardivement au Qc (à environ 320 DJ). En Ont., la deuxième génération a émergé à la date prévue en DJ et avant celle-ci (631 DJ et 591 DJ, à deux sites), tandis qu’elle a émergé après la date prévue en N.-É. (725 DJ et 764 DJ, à deux sites) ainsi qu’au Qc (841 DJ). En Ont. et au Qc, D. platura et D. florilega étaient de loin les espèces les plus abondantes, et presque aucune D. antiqua n’a été capturée pendant la saison de culture. Dans toutes les provinces visées par l’étude, les mâles de D. platura et D. florilega tendaient à être plus abondants que les femelles, et ceux-ci ont émergé plus hâtivement que les femelles au Qc. De plus, en Ont., il a semblé qu’une quatrième génération puisse possiblement apparaître vers la fin de la saison de culture puisque le nombre de captures d’espèces Delia s’est mis à augmenter après 1650 DJ.

Dans l’ensemble, ces données ont révélé de légères différences dans la phénologie des mouches Delia spp. dans les champs. Notamment, les dates d’émergence de la première et de la deuxième génération des mouches en N.-É., en Ont. et au Qc ne concordaient pas exactement avec celles du modèle prédictif. Comme on était incapable de distinguer les femelles de D. platura de celles de D. florilega, ces espèces ont été regroupées lors de l’étude, ce qui a affecté l’évaluation de la relation entre ces deux espèces, ainsi que de la relation entre les femelles et les mâles de chaque espèce. La capacité de distinguer les femelles de ces deux espèces permettrait de mieux comprendre la dynamique des populations de ces mouches, ce qui pourrait mener à la mise au point de meilleures solutions de lutte contre ces ravageurs dans les cultures d’oignons. Des clés morphologiques et le codage à barres de l’acide désoxyribonucléique (ADN) ont été élaborés récemment par Savage et coll. (2016)Note de bas de page 2. Ces outils permettront peut-être d’obtenir des résultats plus représentatifs lors de prochaines études.

Études sur le terrain portant sur les larves

La plupart des larves trouvées dans les champs du Québec appartenaient à l’espèce D. antiqua, et il n’y avait pas de corrélation importante entre le nombre de mouches adultes de D. antiqua capturées dans les pièges et le nombre de larves de cette espèce recueillies dans les champs. Lorsque le pourcentage des plantes endommagées a été calculé en fonction des DJ, les résultats ont révélé que la majorité des dommages sont survenus entre 400 DJ et 750 DJ, atteignant leur sommet à 550 DJ environ. Toutefois, les analyses préliminaires portant sur les femelles adultes Delia spp. n’ont pas indiqué de forte corrélation entre le nombre de captures et le pourcentage de plantes endommagées. La proportion des dommages aux cultures d’oignons attribuables aux espèces D. platura et D. florilega demeure mal connue. Afin de pouvoir identifier toutes les espèces de mouches Delia qui endommagent les cultures d’oignons, il faudra élaborer de meilleures méthodes d’échantillonnage des sols pour évaluer la présence des larves Delia.

L’influence des paramètres environnementaux et des caractéristiques des champs

Peu de corrélations significatives sont ressorties entre les caractéristiques des champs étudiés et la présence d’une espèce Delia dans ces champs. La capacité de ces mouches à voler sur de longues distances (parfois des kilomètres) pourrait avoir un effet sur les populations à une échelle supérieure à celle considérée dans la présente étude. Des données préliminaires semblent suggérer une connexion entre la superficie des champs et la population mâles D. florilega, ainsi que la culture de l’année précédente et la population mâles D. florilega. Cependant, de plus amples études seront nécessaires afin de confirmer de telles corrélations. Parmi les caractéristiques étudiées, la variété d’oignons cultivée corrélait le mieux avec les populations de mouches. Par exemple, les oignons blancs étaient associés à l’absence d’adulte D. antiqua, et les champs contenant diverses variétés d’oignons présentaient les plus importantes populations de mâles D. platura et D. florilega. Comme les variétés d’oignons cultivées tendent à différer entre les provinces, une étude plus approfondie portant sur les effets des cultivars serait nécessaire dans chacune des provinces pour valider ces corrélations et préciser les répercussions associées à ces espèces.

Champignons entomopathogènes

Le développement de spores n’a été observé chez aucune des mouches capturées dans les champs puis gardées en laboratoire, et ce, même après leur mort. Par conséquent, il est impossible de tirer des conclusions quant à l’incidence des champignons entomopathogènes sur les options de lutte antiparasitaire naturelle contre les espèces de Delia dans les champs d’oignons.

Conclusion

Les données contenues dans le présent document indiquent que des modèles bioclimatiques améliorés et adaptés à la N.-É., à l’Ont. et au Qc sont nécessaires pour déterminer précisément les dates d’émergence des mouches Delia spp. dans les cultures d’oignons. D’autres analyses sont requises pour évaluer la relation entre les dommages aux plantes causés par les mouches Delia spp. et le nombre de captures dans les pièges et/ou le nombre de larves présentes dans le sol. Il est nécessaire de mieux comprendre les dommages causés par D. florilega et D. platura pour être en mesure de formuler des recommandations en matière de gestion de ces espèces. Dans le cadre du nouveau projet PRR17-010 - Enquête sur les espèces de mouches des racines de type Delia qui s’attaquent aux cultures d’oignons au Québec, en Ontario et dans les provinces l’Est lancé au printemps 2017, le potentiel de D. florilega et D. platura d’infliger des dommages aux cultures d’oignons sera étudié en laboratoire, et l’on examinera les moments idéaux pour effectuer l’échantillonnage des sols afin d’évaluer la présence de larves Delia spp. dans les champs. L’étude de l’influence des cultivars d’oignons sur l’importance des dommages causés par les larves pourrait aussi mettre en lumière des variétés d’oignons résistantes ou sensibles à ces ravageurs. L’élaboration de méthodes de lutte culturale efficaces contre les mouches des racines qui s’attaquent aux oignons, peu importe l’espèce, permettrait de réduire les dommages subis par ces cultures et assurerait que la production d’oignons dans l’est du Canada soit gérée de façon durable et écologique, au moyen de méthodes de lutte antiparasitaire non chimiques.

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