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Effets secondaires possibles des fongicides sur les ennemis naturels et les pollinisateurs utilisés dans la production de légumes de serre

Code de projet : MUR06-080

Chef de projet

Les Shipp - Agriculture et Agroalimentaire Canada

Objectif

Déterminer la compatibilité des nouveaux fongicides à risque réduit Pristine, Switch et Milstop avec les agents de lutte biologique utilisés en serre pour combattre les insectes et favoriser la pollinisation

Sommaire de résultats

Contexte

Les producteurs de légumes de serre du Canada ont à faire face à une gamme de problèmes dus aux insectes et aux maladies. Pour lutter contre les ravageurs, les producteurs ont souvent recours à la lutte antiparasitaire intégrée (LAI), une démarche qui allie surveillance, mesures de lutte biologique et culturale et aussi, parfois, emploi de pesticides. La lutte biologique consiste à utiliser des ennemis naturels, par exemple, des acariens prédateurs et des guêpes parasites, pour réduire les populations d’organismes nuisibles. Les serriculteurs font un usage particulièrement élevé de cette technologie, plus de 90 % d’entre eux déclarant y avoir recours dans certaines cultures pour lutter contre certains ravageurs. Les producteurs de légumes de serre emploient également des insectes tels que le bourdon comme pollinisateurs dans leurs exploitations pour augmenter la valeur commerciale de leurs cultures. Or les pesticides - un élément souvent nécessaire de la LAI - peuvent avoir des effets négatifs sur ces insectes et acariens bénéfiques. L’identification des insecticides et des fongicides biocompatibles et à risque réduit est donc une priorité pour les producteurs canadiens.

Ce projet visait au départ à étudier les effets secondaires possibles de trois fongicides; sa portée a par la suite été élargie pour inclure des essais de biocompatibilité d’insecticides, grâce à des fonds supplémentaires obtenus du Conseil de l’adaptation agricole par le truchement d’une subvention consentie aux producteurs de l’association Ontario Greenhouse Vegetable Growers dans le cadre du Programme Canada-Ontario de recherche et de développement IV. Les principaux collaborateurs à ce projet incluent les centres de recherches de Harrow et de London d’AAC, l’Université de Guelph, le MAAARO (Harrow), Biobest Canada Ltd. et Koppert Canada Ltd.

Démarches

Ce projet a examiné les effets secondaires sur quatre arthropodes bénéfiques couramment utilisés, soit : Orius insidiosus (une punaise prédatrice souvent utilisée pour lutter contre le thrips des petits fruits); Eretmocerus eremicus (une guêpe parasite souvent utilisée pour lutter contre l’aleurode des serres); Amblyseius swirskii (un acarien prédateur souvent employé pour lutter contre l’aleurode des serres) et l’arthropode bénéfique Bombus impatiens, un bourdon pollinisateur. Une analyse de la documentation a été fait pour recenser les effets non ciblés des pesticides sur ces arthropodes utiles. Les pesticides sélectionnés, soit étaient déjà utilisés dans la production de légumes de serre au moment de l’étude, soit semblaient de bons candidats pour de tels usages. Les essais ont porté sur quatre différents insecticides (imidaclopride, abamectine, métaflumizone et chlorantraniliprole) et trois fongicides différents (myclobutanil, bicarbonate de potassium et cyprodinil + fludioxonil). Des essais biologiques ont été réalisés en laboratoire pour évaluer la toxicité par contact direct sur toutes les espèces bénéfiques, au moyen de la technique de pulvérisation foliaire.

Des essais de toxicité résiduelle en serre ont ensuite été menés pour simuler les conditions de production commerciale. Pour les essais sur les bourdons, les effets sublétaux des pesticides ont été évalués avec une nouvelle technique de micro-colonies consistant à nourrir les bourdons avec du pollen contaminé par les pesticides à l’étude.

Résultats

Les insecticides imidaclopride et abamectine se sont révélés de modérément nuisibles à nuisibles pour les bourdons après une exposition par contact direct (c'est-à-dire pulvérisation foliaire), dans les conditions d’essais. Les ouvrières exposées au pollen contaminé par l’imidaclopride ou contaminé par l’abamectine ont eu une durée de vie beaucoup plus courte et ont consommé moins de pollen. De plus, aucune oviposition n’a été observée chez les micro-colonies exposées au pollen contaminé à l’imidaclopride; ces colonies n’ont donc produit aucune larve. L’oviposition chez les ouvrières exposées au pollen contaminé par l’abamectine s’est produite beaucoup plus tard que chez celles ayant reçu le pollen non traité. Durant cette étude, le contact direct avec le métaflumizone pulvérisé en fortes concentrations s’est révélé modérément nuisible, mais cet insecticide n’a pas eu d’effets sublétaux sous forme de résidus dans le pollen. Enfin, le chlorantraniliprole n’a pas eu d’effet nuisible par contact direct ou par voie orale. De même, les fongicides myclobutanil, bicarbonate de potassium et cyprodinil + fludioxonil n’ont montré aucun effet nuisible sur les bourdons dans les conditions d’essais de cette étude.

Orius insidiosus et A. swirskii ont toléré tous les insecticides et fongicides durant les essais biologiques en laboratoire et ont également toléré l’abamectine, le métaflumizone, le myclobutanil et le bicarbonate de potassium durant les essais biologiques en serre. La plupart des insecticides et tous les fongicides évalués n’ont eu aucun effet nuisible sur E. eremicus dans les conditions d’essais. En revanche, le métaflumizone a causé de légers effets nuisibles durant les essais d’infusion foliaire et dans certaines conditions d’essais en serre.

Prochaines étapes

La technique des micro-colonies orphelines, mise au point pour cette étude, s’est révélée un bon protocole pour évaluer les effets sublétaux des pesticides sur les pollinisateurs et serait utile comme protocole normalisé; d’autres travaux devront toutefois être menés pour déterminer si cette technique peut également s’appliquer à d’autres espèces de bourdons.

Les résultats de cette étude sur la toxicité directe et indirecte des pesticides sur les organismes bénéfiques offrent des renseignements utiles pour aider les producteurs à prendre des décisions concernant l’application de pesticides. On possède cependant peu d’information sur les effets sublétaux (durée de vie,taux d’oviposition, taux de prédation/parasitisme, etc.) des pesticides sur les agents de lutte biologique. Il serait donc utile d’étendre cette étude pour déterminer si les effets sublétaux constituent un facteur important dans l’évaluation des effets des pesticides sur les agents de lutte biologique.

Les résultats de cette recherche ont été communiqués aux producteurs, à l’industrie de la serriculture, aux spécialistes en vulgarisation et aux chercheurs, par la présentation de deux documents scientifiques, deux articles sur le transfert de la technologie et trois affiches, ainsi qu’une présentation orale à l’occasion de réunions scientifiques, de cours sur la production de légumes de serre du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) et de journées portes ouvertes pour les producteurs. Les chercheurs continueront à communiquer les résultats de leurs travaux aux producteurs, afin de les aider à prendre des décisions éclairées, économiques et à risque réduit en matière de lutte antiparasitaire.

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