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Développer des outils de modélisation spatiale et de prédiction pour la gestion de la mouche de la carotte et le charançon de la carotte dans les régions productrices de l’est du Canada

Code de projet : PRR14-020

Chef de projet

Suzanne Blatt - Agriculture et Agroalimentaire Canada

Objectif

Valider les modèles de degrés-jours développés au Québec afin de pouvoir les utiliser en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, en Ontario et en Colombie-Britannique pour déterminer le profil spatial et les périodes de migration de la mouche de la carotte et du charançon de la carotte dans les cultures de carottes et évaluer les incidences de texture du sol, des champignons terricoles et du parasitisme sur les populations de ravageurs.

Sommaire des résultats

Contexte

La mouche de la carotte (MC) et le charançon de la carotte (CC) sont deux ravageurs majeurs qui causent d’importantes pertes économiques aux producteurs de carottes de l’Est du Canada. Les larves de ces deux ravageurs creusent des galeries dans les racines de carottes rendant celles-ci invendables. En outre, les carottes infestées sont sujettes aux infections secondaires par des bactéries et des champignons qui peuvent se produire dans ces galeries et provoquer des dégâts importants après la récolte, avant et pendant leur entreposage. Les insecticides sont la principale méthode de contrôle. Un calendrier approprié de pulvérisations d’insecticide en fonction des seuils de population permettrait aux producteurs d’utiliser des insecticides de manière judicieuse et efficace dans le cadre d’un programme de lutte antiparasitaire intégrée (LAI) ciblé. Un projet auparavant financé par la Réduction des risques liés aux pesticides PRR07-090 Développement de modèles bioclimatiques pour prédire la dynamique de deux insectes ravageurs : le charançon de la carotte et la mouche de la carotte a réalisé une mise à jour des modèles de degrés-jours (DJ) développés au Québec au milieu des années 1980 en utilisant de nouveaux ensembles de données plus exhaustifs. Ces modèles actualisés peuvent prédire efficacement l’émergence de la première génération des deux ravageurs au Québec, mais pas des générations subséquentes. Cependant, on ignorait s’ils pouvaient prédire avec précision la dynamique des populations de ces ravageurs dans d’autres provinces.Ce projet de trois ans portait sur le rendement des modèles bioclimatiques québécois pour la MC et le CC en Nouvelle-Écosse (N.-É.), à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É), en Ontario (ON) et en Colombie-Britannique (C.-B.) en déterminant la répartition spatiale des populations de ravageurs sur le terrain et en évaluant les corrélations entre les dommages sur les carottes et le nombre de spécimens adultes capturés à l’aide de pièges. Le projet visait également à étudier la présence de parasitoïdes naturels et de champignons entomopathogènes dans les populations de ravageurs ainsi que les dommages aux carottes causés par les taupins. Les efforts dans ce domaine d’action sont jugés prioritaires dans la Stratégie de réduction des risques liés aux pesticides pour les insectes nuisibles aux carottes, aux panais et aux oignons d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Méthodes

Modèles de degrés-jours et répartition spatiale

La MC a été étudiée dans les quatre provinces. Il y avait six parcelles de terrain en N.-É., douze sur l’ Î.-P.-É, dix en ON et cinq en C.-B. Des pièges collants jaunes ont été placés dans les parcelles de la N.-É., de l'Î.-P.-É et de la C.-B. et relevés deux ou trois fois par semaine. En ON, des pièges en carton orange réutilisables et des pièges en acrylique et en carton jaunes ont été utilisés.

Le CC n’a été étudié qu’en N.-É. et en ON, car l’Î.-P.-É et la C.-B. n’ont pas déclaré la présence de ce parasite dans leur région. Au cours de l’étude, l’émergence du CC a été surveillée dans 28 parcelles de terrain en N.-É. et 14 en ON. Des pièges Boivin modifiés ont été utilisés en N.-É., tandis que des pièges en plaques réguliers ont été utilisés en ON. Les pièges ont été placés dans les parcelles au début du printemps et relevés deux à trois fois par semaine pour vérifier la présence de CC. Lorsque cela était possible, des stations météorologiques ont été placées dans les champs de la N.-É. En ON, les données météorologiques de la station météorologique d’Environnement Canada la plus proche ont été recueillis.

En 2014, l’étude de répartition spatiale a déployé des pièges le long de deux transects dans les champs, à au moins 3 metres du bord. Une distance de 50 metres séparait chaque transect et les pièges étaient placés à chaque 50 metres le long de chaque transect. Un total de 10 pièges étaient relevés deux ou trois fois par semaine dans chaque parcelle. En 2015 et 2016, l’espacement a été modifié pour mieux tenir compte de toute incidence que pourrait avoir la proximité de la bordure des champs. Les dommages aux carottes causés par la MC et le CC dans les champs ont été analysés et ces observations ont été corrélées avec les captures d’adultes sur le terrain.

Autres études

En ON, des études comparant la couleur du piège (jaune ou orange) et les différents matériaux des pièges jaunes ont été réalisées afin d’évaluer leur efficacité pour capturer la MC.

Au cours de l’échantillonnage sur le terrain en N.-É. en 2014, il a été noté que les taupins adultes (vers fil de fer) étaient également attirés par les pièges Boivin modifiés au printemps. Des études de laboratoire ont été lancées afin d’évaluer si la présence de taupins adultes dans les pièges dissuaderait les CC d’y entrer.

Les dommages que causent les larves de CC aux carottes sont souvent confondus avec les dommages causés par les larves de taupins. Une étude de laboratoire utilisant des carottes en pot a été effectuée pour comparer les dommages infligés par les deux espèces.

Il existe une croyance selon laquelle la capacité à voler du CC est très faible et que c’est en rampant à la surface du sol qu’il migre dans le champ au printemps. Pour vérifier cette hypothèse, une variété de textures de sol a été utilisée en laboratoire pour suivre le mouvement des CC dans un essai biologique d’arène.

Des champignons entomopathogènes affectant la MC ont été signalés en Europe et des parasitoïdes ont été associés aux populations de CC en N.-É. Des analyses visant à confirmer si les espèces de MC étaient infectées par des champignons et les CC, par des parasitoïdes ont été entamées.

Résultats

L’incidence de la MC dans les champs de C.-B. était très faible et les résultats étaient incohérents, de sorte qu’il n’a pas été possible de tirer des conclusions. Dans tous les autres champs et pour chaque année, on a constaté que les modèles DJ actuels développés au Québec ne permettaient pas de prévoir l’émergence de l’une ou l’autre espèce avec précision. Cela pourrait être dû à l’adaptation de la population à la région spécifique, qui pourrait modifier le nombre d’unités de chaleur nécessaires pour leur développement. Des travaux approfondis, réalisés dans le cadre du projet récent PRR17-020 Application de données bioclimatiques à jour pour valider des modèles et peaufiner les recommandations d’un programme de lutte intégrée contre la mouche de la carotte et le charançon de la carotte, continuent de recueillir des données sur le développement de modèles DJ propres à l’ON, à la N.-É. et à lÎ.-P.-É

Cette étude a montré que, contrairement à la croyance largement répandue selon laquelle la MC et le CC se trouvent principalement le long des périmètres ou des bordures d’un champ, les deux espèces peuvent être observées à l’intérieur du champ. Des spécimens de CC ont été observés à l’intérieur des champs tôt au début de la saison, alors qu’on croyait auparavant qu’ils y migraient à partir de la bordure du champ. Ces données montrent que le CC peut hiverner dans le champ de carottes et potentiellement survivre à la rotation des cultures. Il est également possible que la capacité de vol de CC ait été largement sous-estimée. À la lumière de ces résultats, il faudrait examiner attentivement l’utilité des pulvérisations le long des périmètres ou en bordure des champs pour déterminer si cette pratique doit être déconseillée.

Les données sur les dommages aux carottes et les captures de piège ne corrélaient pas pour aucune des espèces. Dans les deux cas, le nombre de spécimens relevés dans les pièges était inférieur aux dommages aux carottes observés au champ. Pour le CC, cela est potentiellement dû à l’incapacité de surveiller les adultes une fois que les carottes atteignent le stade de la quatrième feuille vraie et forment une canopée. À ce stade, la ponte des œufs sur les plants de carottes commence et le cycle de vie du CC progresse sous le couvert des feuilles de carotte probablement pour le reste de la saison, car les carottes fraîches dans le champ sont nombreuses et plus attrayantes pour les charançons que les appâts de racine de carotte dans les pièges. L’utilisation d’un appât plus efficace pour surveiller le CC tout au long de la saison pourrait permettre d’améliorer ces corrélations. Pour la MC, il est probable que le nombre de pièges collants utilisés dans cette étude n’était pas suffisant pour capturer toute la population de MC adultes. Un nouvel appât, l’appât de mouche à fruits GF-120TM, étudié par un autre projet PRR15-030 Développer des outils de modélisation spatiale et de prédiction pour la gestion de la mouche de la carotte et le charançon de la carotte dans les régions productrices de l’est du Canada pour la lutte contre la MC dans les cultures de carotte, pourrait être étudié comme appât pour les pièges collants.

On a constaté que la MC était plus attirée par les pièges jaunes et que la couleur du piège était plus importante que le matériel utilisé.

Des études de laboratoire ont montré que la présence de taupins dans les pièges n’avait aucun impact négatif sur les captures de CC. Ces études ont également démontré que, bien que les dommages qu’infligent ces deux espèces aux carottes puissent être semblables, il y avait des différences subtiles. Le partage de ces connaissances avec les producteurs leur permettrait de prendre de meilleures décisions à propos des applications de pesticides. Si les producteurs pouvaient faire la distinction entre les deux types de larves, les pesticides ne seraient appliqués que lorsque la MC était identifiée. Il n’y a actuellement aucun pesticide disponible pour lutter contre les taupins dans les cultures de carotte. Par conséquent, avec une meilleure connaissance, il serait possible d’éviter les applications de pesticides inutiles.

Les études en laboratoire n’ont révélé aucune présence de champignon entomopathogène ou de parasitoïdes dans les spécimens de ravageurs analysés dans le cadre de ce projet.

Cette étude a démontré que les modèles DJ développés il y a 30 ans au Québec ne permettaient pas de prévoir l’émergence des deux espèces de l’étude dans les provinces étudiées. L’utilisation d’appâts de piégeage plus efficaces et la collecte de plus de données sur l’émergence dans ces provinces permettront d’élaborer des modèles plus précis pour la MC et le CC qui, à leur tour, guideront les producteurs dans l’utilisation judicieuse et efficace des insecticides en fonction des seuils de population.

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