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Adaptation des systèmes d'aridoculture aux conditions de sécheresse

La sécheresse constitue encore et toujours l'un des principaux facteurs limitant la production agricole dans les Prairies. La fréquence et la gravité des sécheresses varient d'une zone pédologique à l'autre, et même d'une région locale à l'autre à l'intérieur d'une même zone pédologique. Étant donné les preuves de plus en plus nombreuses à l'appui du changement climatique et de la variabilité accrue du climat, il est probable que les risques de sécheresse augmenteront, et il pourra y avoir une plus grande variation dans la répartition des régions sujettes aux sécheresses.

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Culture sans travail du sol

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Jachère de conservation et
cultivateur à larges lames

Dans les régions plus sèches des Prairies, il se produit régulièrement des sécheresses dont la gravité va de faible à modérée. Les agriculteurs ont pris des mesures importantes pour s'adapter aux sécheresses, en ayant recours à des pratiques permanentes visant à conserver l'humidité et à protéger le sol contre l'érosion éolienne. Au nombre de ces pratiques, on compte la production de variétés de cultures résistantes à la sécheresse, la culture sans travail du sol, la jachère de conservation, la gestion des résidus de culture et la culture fourragère vivace dans les sols sujets à l'érosion.

La culture sans travail du sol consiste à ensemencer et à utiliser les engrais en veillant à perturber le sol le moins possible. La jachère de conservation fait intervenir l'utilisation d'équipement spécialisé qui conserve les résidus de culture, tels des cultivateurs à larges lames ou des extirpateurs à tringles, ou encore le recours à des herbicides au lieu du travail du sol pour éliminer les plantes nuisibles (c'est-à-dire, la jachère chimique). Une bonne gestion des résidus de culture consiste notamment à laisser sur place des chaumes longs pour piéger la neige, ainsi qu'à hacher et à répandre efficacement la paille et les paillettes afin de réduire les pertes par évaporation.

Bien que ces pratiques aident à atténuer les risques économiques, il arrive encore régulièrement que le rendement des cultures soit réduit en raison de sécheresses modérées. Dans les cas de sécheresses graves, il subsiste un risque de mauvaise récolte et d'érosion éolienne importante même lorsque ces pratiques de gestion bénéfiques (PGB) ont été mise en oeuvre. Les sécheresses graves ne se traduisent pas seulement par des pertes de revenus à court terme; en effet, en raison de la dégradation du sol, elles augmentent également les risques de pertes de revenus futures. Par conséquent, il est nécessaire d'envisager le recours à des pratiques additionnelles pouvant aider à atténuer les répercussions des sécheresses modérées et graves.

On peut regrouper ces pratiques additionnelles sous trois catégories :

Adaptation annuelle le printemps, avant l'ensemencement des cultures

L'adaptation annuelle le printemps avant l'ensemencement des cultures nécessite avant tout de procéder à une évaluation précise des risques de sécheresse en se fondant sur les conditions d'humidité du sol actuelles et prévues. On peut évaluer l'humidité du sol au début du printemps en consultant des cartes régionales d'humidité des sols et les données sur les précipitations depuis la dernière récolte. Souvent, une évaluation plus exacte peut être effectuée à partir des données sur les précipitations locales et de la connaissance de l'humidité éliminée par la culture précédente, ainsi qu'en déterminant la profondeur du sol humide au moyen d'un sondage. Les producteurs savent que ces facteurs locaux peuvent varier d'un champ à l'autre, ainsi qu'à l'intérieur d'un même champ selon l'inclinaison du terrain et les différences dans la texture du sol. Les agriculteurs gèrent des superficies de terres cultivées plus vastes, ce qui peut faire en sorte de limiter de plus en plus leur capacité d'effectuer des évaluations détaillées sur place pour chaque champ. Cependant, d'autres outils d'évaluation de l'humidité des sols axés sur l'imagerie par satellite sont en cours d'élaboration et pourraient aider les producteurs à l'avenir.

L'autre pan de la question de l'humidité des sols est lié aux précipitations, à la température et à la vitesse des vents durant la prochaine saison de croissance. Bien que les prévisions météorologiques à long terme (c'est-à-dire les prévisions couvrant une période allant d'un à trois mois) se soient améliorées, il existe encore beaucoup d'incertitudes et de variabilité locale découlant souvent d'orages estivaux sporadiques. En conséquence, il subsiste un élément de risque considérable, et les décisions de gestion sont en partie fondées sur l'importance du risque que le producteur accepte de prendre.

Voici une liste d'options en matière de gestion visant à s'adapter à l'avance aux conséquences des sécheresses ou à atténuer celles-ci :

Il est souvent difficile de prendre la décision de mettre en oeuvre ces options, en raison des incertitudes concernant les précipitations durant la saison de croissance à venir ainsi que d'une foule d'autres facteurs. Au nombre de ceux-ci, on compte notamment les prix des cultures, les prix des intrants de culture, la disponibilité de la main-d'oeuvre et de l'équipement, les liquidités, les précédents culturaux, les infestations de plantes nuisibles et d'insectes et les épidémies. Néanmoins, la plupart des années, de nombreux producteurs des régions semi-arides (où se trouvent les zones de sol brun et de sol brun foncé) envisagent de recourir à ces options à des degrés divers.

Dans les cas où une sécheresse grave s'étend sur une période de plus d'un an, il existe certaines pratiques additionnelles qui devraient être envisagées à compter du début de la deuxième année. Le pire scénario survient lorsqu'une sécheresse modérée ou grave est suivie d'un automne, d'un hiver et d'un début de printemps secs. Dans une telle situation, le risque d'érosion éolienne importante s'accroît de beaucoup, même lorsqu'on a recours aux PGB susmentionnées, car il se peut que la production de résidus par la culture précédente soit modeste et qu'il y ait peu d'humidité disponible pour l'établissement de la culture suivante. Dans ces conditions, un producteur doit prendre en considération les options additionnelles suivantes.

Adaptation annuelle l'été, après l'ensemencement des cultures

L'adaptation à la sécheresse après l'ensemencement est fonction du niveau de croissance et de développement des cultures lorsque la sécheresse survient. On peut regrouper les options de gestion sous deux catégories : l'utilisation des produits récoltés et la gestion de la mise en jachère. Ces options peuvent s'appliquer à la plupart des scénarios de gestion des cultures, et les mesures d'adaptations aux sécheresses prises à l'avance faciliteront la prise de mesures additionnelles, au besoin.

Utilisation des produits récoltés

Selon le moment de l'ensemencement et les conditions subséquentes de croissance, la culture peut produire des céréales, être récoltée aux fins d'alimentation des animaux, servir de pâturage, être laissée sur place avec ou sans l'utilisation d'un herbicide total, ou être utilisée comme engrais vert. Habituellement, cette dernière option est recommandée uniquement lorsque des précipitations soudaines et abondantes surviennent au milieu de la saison et entraînent une croissance telle que la culture ne peut être entièrement récoltée.

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Paille mise en balles et
chaumes longs alternants

Un certain nombre de facteurs entrent en ligne de compte lorsqu'on doit décider de l'utilisation d'une culture. On sait que les répercussions d'une sécheresse sur les pâturages et la production de fourrage créent une demande pour du fourrage vert provenant de cultures annuelles et même pour des résidus de paille. Or, le fait de laisser encore moins de résidus de culture à la surface du sol peut aggraver un risque d'érosion déjà élevé. Dans la mesure du possible, les producteurs de bétail devraient prévoir des réserves interannuelles de stocks fourragers afin de réduire la demande à l'égard du fourrage vert ou des résidus de cultures annuelles durant les sécheresses graves. Lorsque les végétaux sont courts et doivent être coupés près du sol pour une récupération adéquate, il est recommandé de laisser des bandes non récoltées aux fins de protection contre l'érosion et de piégeage de la neige.

Gestion de la mise en jachère

Durant une sécheresse, la gestion de la mise en jachère doit principalement viser à maintenir une couverture de résidus de culture suffisante aux fins de la protection contre l'érosion. Heureusement, des conditions climatiques sèches devraient se traduire par un ralentissement de la météorisation et de la décomposition des résidus, celles-ci étant habituellement favorisées par une humidité élevée. On peut également être en mesure de réduire le nombre d'applications d'herbicide dans la mesure où la croissance des plantes nuisibles est réduite. Par ailleurs, il arrive parfois que les sécheresses compromettent l'absorption des herbicides par les plantes nuisibles, empêchant ainsi leur élimination complète; or, le fait de permettre à certaines plantes nuisibles de grener peut être un faible prix à payer pour maintenir une couverture végétale et de résidus suffisante en vue de prévenir une érosion importante du sol.

Si les conditions d'humidité s'améliorent plus tard durant l'été, les champs en jachère ayant une couverture végétale très faible peuvent être ensemencés en vue d'établir une culture-abris ou des bandes tampons annuelles, tel qu'il a été décrit précédemment. Ces cultures peuvent être semées tard dans la saison (même de quatre à six semaines avant le gel automnal), pourvu qu'il y ait suffisamment de temps pour l'établissement d'une couverture de surface adéquate. Par ailleurs, on peut abandonner les activités subséquentes de lutte contre les plantes nuisibles pour permettre à celles-ci et aux végétaux de culture spontanée de croître à la fin de la saison, surtout s'il s'agit principalement de végétaux annuels et qu'un gel peut mettre fin à leur croissance avant qu'ils produisent des graines viables.

Planification et adaptation à long terme

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Brise-vent de champs

En ce qui concerne les systèmes de culture annuels, il existe deux pratiques additionnelles qui nécessitent une planification à long terme, mais qui produisent des avantages durables relativement au piégeage de la neige et à la lutte contre l'érosion éolienne. Il s'agit des brisevent de champs et des cultures en bandes orientés à angle droit par rapport à la direction des vents dominants. Ces pratiques sont devenues plus difficiles à mettre en oeuvre pour les grandes exploitations agricoles utilisant de l'équipement imposant, car le fractionnement des champs entraîne une baisse d'efficacité. Ces options peuvent néanmoins constituer des solutions viables pour certaines exploitations.

Une autre possibilité d'adaptation à long terme consiste à convertir les cultures annuelles en cultures fourragères vivaces résistantes aux sécheresses. Cette pratique a été largement recommandée pour les terres et les paysages marginaux. On peut également la voir comme une stratégie contre la sécheresse, étant donné la capacité qu'ont les espèces fourragères résistantes de survivre, de persister et de fournir une bien meilleure couverture végétale aux fins de protection contre l'érosion que les cultures annuelles durant les périodes de sécheresse grave. Cette adaptation nécessite souvent de modifier le système d'exploitation en faisant intervenir une production de bétail accrue, notamment de veaux de boucherie. Dans le cadre de ce système, il importe de prévoir des réserves interannuelles de stocks fourragers ou des pâturages suffisants, étant donné que les sécheresses ont des répercussions importantes sur le rendement des cultures fourragères également.

La décision de convertir une culture annuelle en une culture fourragère vivace peut être induite par une sécheresse croissante, mais il convient de retarder le moment de cette conversion jusqu'à ce qu'il y ait amélioration des conditions d'humidité. Les graines fourragères, très petites, nécessitent un ensemencement peu profond ainsi que des pluies fréquentes durant plusieurs semaines pour connaître une bonne germination et un début d'établissement. Il faut donc être fermement résolu et posséder une vision à long terme pour procéder à l'ensemencement de fourrages durant un cycle de périodes pluvieuses, car il est très tentant dans de telles conditions de vouloir profiter rapidement d'une culture annuelle promise à une bonne croissance.

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