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Scénarios climatiques pour l'agriculture

La production agricole dépend étroitement des conditions météorologiques et climatiques. En situation de déficit pluviométrique et thermique, les cultures dépérissent et les pâturages se dénudent. Ce qui est intéressant, c'est que l'opposé est également vrai, puisque les pratiques agricoles influent sur le temps et le climat. En gérant les champs cultivés et les pâturages, les agriculteurs agissent sur un ensemble d'interactions physicochimiques et biologiques entre la surface de la terre et l'atmosphère avec de multiples répercussions possibles sur la température de l'air et les précipitations.

Il importe de bien comprendre qu'une grande incertitude subsiste au sujet de l'incidence des changements climatiques sur l'agriculture. Les effets possibles ne sont pas clairement connus et ils dépendent au plus haut point des hypothèses à la base des modèles prévisionnels.

Ajoutons que l'efficacité des adaptations futures constituera un facteur de première importance.

C'est donc que des surprises nous attendent peut-être.

Modèles du climat planétaire

On établit des prévisions scientifiques de l'avenir de notre climat en appliquant des modèles du climat planétaire qui reposent sur des scénarios décrivant une diversité de futures conditions possibles : concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère, taille des populations, développement socioéconomique, évolution technologique, etc.

Nos prévisions dépendent étroitement des hypothèses posées au sujet des conditions de l'avenir. Mais on s'accorde de plus en plus à dire dans les milieux scientifiques que la tendance est au réchauffement et aux phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes.

Les scénarios du climat nous disent que les températures dans le monde devraient s'élever de 0,2 °C à chacune des deux décennies prochaines.

D'abondantes données nous portent à croire que le climat change déjà.

Ajoutons que les précipitations continentales se sont accrues de 5 à 10 % pendant le XXe siècle dans l'hémisphère nord et qu'elles ont diminué par endroits dans la Méditerranée et en Afrique.

Il y a aussi des indications selon lesquelles la température journalière a baissé de 1950 à 2000 à la surface terrestre. Les températures minimales de nuit sont également en croissance à un rythme qui est le double de celui des températures maximales de jour.

Ces quelques dernières décennies, les journées très chaudes se sont faites plus fréquentes et les jours de froid ou de gel, moins nombreux.

Incidence des changements climatiques sur l'agriculture au Canada

En quoi les changements climatiques influeront-ils donc sur le Canada et son agriculture?

Nombreuses sont les études de l'incidence des changements climatiques qui feraient voir une tendance attendue au réchauffement pour la plupart des régions du pays pendant les 60 prochaines années.

La transformation du climat peut avoir des effets à la fois positifs et négatifs sur l'agriculture. Elle peut agir à différents niveaux sur ce secteur (végétaux ou animaux pris isolément ou réseaux entiers dans le monde).

Possibilités

Ce réchauffement pourrait être bienfaisant pour l'agriculture dans certaines régions en prolongeant la saison de culture et en adoucissant et réduisant la période hivernale. On pourrait ainsi accroître la productivité et adopter de nouvelles cultures peut-être plus rentables encore.

Dans un pays septentrional comme le Canada, le réchauffement devrait être plus marqué qu'en moyenne dans le monde. Les régions au nord ainsi que le sud et le centre des Prairies s'exposeront plus au réchauffement que les autres régions. La plupart de ces zones seront probablement plus chaudes avec de plus longues saisons sans gel et un accroissement de l'évaporation et de la transpiration des plantes de la surface vers l'atmosphère.

Ces températures plus élevées profiteraient également à l'élevage, car les besoins diminueraient en alimentation des animaux, les taux de survivance des jeunes augmenteraient et les coûts en énergie baisseraient.

Les changements climatiques pourraient améliorer la qualité des sols en accentuant la fixation de carbone et en réduisant les émissions de gaz à effet de serre en cas de conversion des cultures annuelles aux cultures pérennes et aux pâturages.

À l'aide des renseignements produits par le Modèle de circulation générale du Centre canadien de la modélisation et de l'analyse climatique pour les trois provinces des Prairies dans un double scénario décrivant le climat actuel et le climat futur, les scientifiques d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) ont pu prédire en 2004 que, dans le futur régime climatique, les hautes températures augmenteraient en moyenne de 2 à 3 °C et les basses températures, d'environ 3 °C.

Par rapport au régime climatique actuel, les précipitations croîtraient dans une proportion de 3 à 7 % selon les prévisions du modèle.

Les résultats semblent indiquer que l'Alberta profiterait le plus d'une plus grande abondance des précipitations estivales et hivernales. Toutefois, l'est de la Saskatchewan et le Manitoba connaîtraient, eux, peu de changement ou des hausses plus modestes. Comme il existe un déficit hygrométrique en saison de croissance dans la majeure partie de la région des Prairies, même une légère baisse de la charge d'humidité disponible pourrait grandement nuire à la production culturale.

Défis

Un sujet d'inquiétude est cependant que la transformation du climat pourrait avoir d'importantes conséquences néfastes et accentuer notamment l'intensité et la fréquence des sécheresses et des orages violents.

Avec une plus grande fréquence de phénomènes comme les sécheresses, les rendements culturaux diminueraient. Ainsi, les producteurs seraient plus vulnérables devant les changements climatiques, plus particulièrement dans les régions semi-arides du pays.

Des événements extrêmes comme les sécheresses de 2001 et 2002 et les inondations de 2010 et 2011 pourraient se révéler dévastateurs pour les rendements culturaux, ceux-ci risquant de n'être plus que de la moitié des rendements moyens représentatifs de conditions de croissance plus normales ou plus favorables.

Des étés plus chauds poseraient un problème aux éleveurs qui craindraient les pertes d'animaux par les vagues de chaleur. Cette constatation vaut particulièrement pour les activités avicoles. D'autres effets possibles seraient un recul de la production laitière et de la reproduction des animaux laitiers et des pertes pondérales chez les bovins de boucherie.

De plus, les sécheresses et les inondations pourraient réduire les disponibilités en pâturages et la production fourragère, obligeant les producteurs à trouver d'autres sources d'alimentation animale ou à réduire la taille de leurs troupeaux.

Plusieurs autres effets sont possibles sur les parasites et les maladies des cultures. Il y aurait notamment prolifération de la mauvaise herbe à cause de concentrations supérieures de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère et une plus grande infestation des élevages et des cultures par les ravageurs et les pathogènes. On peut en outre songer à des effets comme une augmentation en étendue, en fréquence et en gravité des infestations d'insectes et des pathologies.

Ces changements n'auraient pas d'effets marqués sur les émissions de gaz à effet de serre des systèmes de production culturale, mais ils feraient monter la consommation d'énergie liée à la fabrication, au transport et à l'application des produits antiparasitaires.

Réduction des émissions de l'agriculture

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) font naturellement partie des cycles du carbone et de l'azote. Ainsi, il est inévitable que tout système biologique comporte un certain niveau d'émissions. Il est impossible de carrément éliminer toutes les émissions de méthane (CH4) des ruminants et d'oxyde nitreux (N2O) de la décomposition des résidus culturaux.

On ne peut pas plus éviter les émissions de N2O et de CH4 du fumier.

Il existe néanmoins certaines émissions évitables des productions végétales et animales, ces émissions étant en réalité des fuites ou des pertes d'efficience du système avec des conséquences environnementales et économiques dans les deux cas.

Dans le cas des émissions de N2O, le facteur qui joue est le taux d'efficience de l'utilisation d'engrais azotés. Dans le cas des émissions de CH4 de ruminants, les aliments ingérés par les animaux ne se transforment pas avec l'efficience nécessaire pour la production de lait ou de viande.

De nombreuses recherches démontrent déjà que les systèmes de production végétale et animale peuvent réduire les émissions de GES et procurer des avantages économiques.

À titre d'exemple, mentionnons comme facteurs positifs une utilisation plus efficiente de produits d'entrée comme les engrais et les machines et l'adoption de pratiques de gestion propres à augmenter les quantités de carbone en stockage dans les sols.

Par ailleurs, l'utilisation d'une partie de la biomasse agricole en production bioénergétique peut aider à remplacer partiellement les combustibles fossiles. Avec la production d'énergie à l'aide des déchets de l'agriculture, on a une autre illustration de ce qui peut s'offrir comme moyens de réduction des émissions de GES.

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