Introduction aux plantes médicinales

Les plantes médicinales - de l'antiquité à aujourd'hui

L'homme utilise les plantes médicinales pour traiter les maladies depuis des millénaires. Il semble qu'il y a quelque 60 000 ans, les Néandertaliens appréciaient les vertus thérapeutiques des plantes. Les chercheurs ont pu tirer cette conclusion après avoir examiné un lieu de sépulture en Iran dans lequel ils ont trouvé du pollen de huit plantes médicinales (Solecki et Shanidar, 1975). L'une des plantes médicinales prétendument utilisées à l'époque est l'achillée millefeuille qui est décrite dans le présent ouvrage comme une plante médicinale moderne.

Depuis la préhistoire, les chamans ainsi que les sorciers et les sorcières d'Eurasie et d'Amérique ont acquis des connaissances très poussées sur les plantes médicinales. Toutes les plantes indigènes discutées ici étaient utilisées en médecine traditionnelle par les populations autochtones. Des centaines d'autres espèces étaient également utilisées par les Premières nations du Canada (Arnason et al., 1981), ce qui donne à penser que nombre de celles-ci renferment aussi des agents pharmacologiques importants qui pourraient être précieux en médecine moderne.

Jusqu'au 18e siècle, les professions de médecin et de botaniste étaient étroitement liées. En effet, les premiers jardins botaniques modernes, qui ont vu le jour au 16e siècle en Italie, à Pise, Padoue et Florence, étaient des jardins de plantes médicinales rattachées à des écoles ou des facultés de médecine.

L'usage des plantes médicinales n'est pas uniquement une lointaine coutume. Quelque 90 % de la population mondiale utilise peut-être encore uniquement des plantes brutes et des extraits non raffinés de plantes pour se soigner (Duke, 1985). Une enquête réalisée en 1997 a montré que 23 % des Canadiens ont déjà utilisé des plantes médicinales. De plus, presque 25 % des produits pharmaceutiques modernes contiennent des plantes (Duke, 1993).

Nombre de plantes médicinales

Les plantes médicinales sont extrêmement nombreuses. Aux États-Unis, il existe presque 1 800 espèces de plantes médicinales disponibles commercialement (Muller et Clauson, 1998). On estime que quelque 13 000 espèces de plantes médicinales ont été utilisées pendant au moins un siècle comme remèdes traditionnels par diverses cultures dans le monde entier (Tyler, 1993a). Une liste de plus de 20 000 plantes médicinales a été publiée (voir détails dans Deans et Svoboda, 1990) et il y a fort à parier que beaucoup plus d'espèces de plantes à fleurs ont été utilisées à des fins médicinales. On dit parfois qu'il y a 70 000 espèces de plantes médicinales, mais ce chiffre englobe un grand nombre d'algues, de champignons et de micro-organismes qui ne sont pas vraiment des plantes au sens où l'entendent habituellement les botanistes. Quoi qu'il en soit, il n'existe pas d'autre catégorie de plantes utiles à l'homme (à l'exception des plantes ornementales) qui compte autant d'espèces, et il est normal de se demander pourquoi autant de plantes ont des propriétés médicinales utiles.

Agents médicinaux

Les propriétés médicinales des plantes sont dues à des produits chimiques. Les plantes synthétisent de nombreux composés appelés métabolites primaires qui sont indispensables à leur existence. Ceux-ci englobent des protéines, des lipides et des hydrates de carbone qui servent à la subsistance et à la reproduction, non seulement de la plante elle-même mais encore des animaux qui s'en nourrissent.

De plus, les plantes synthétisent une gamme extraordinaire d'autres composés appelés métabolites secondaires dont la fonction est loin de faire l'unanimité. De nombreux métabolites secondaires sont des « antibiotiques » au sens large, car ils protègent les plantes contre les champignons, les bactéries, les animaux et même les autres plantes.

Toutes les espèces de plantes contiennent des produits chimiques qui peuvent être néfastes pour certains animaux ou micro-organismes, ce qui vient étayer la croyance selon laquelle les métabolites secondaires jouent un rôle primordial dans la lutte contre les maladies et les herbivores. Les plantes ont été une riche source de médicaments parce qu'elles produisent une foule de molécules bioactives, dont la plupart jouent probablement le rôle de défense chimique contre des prédateurs ou des agents infectieux (Cox et Balick, 1994).

De nombreux animaux ont aussi développé des mécanismes de défense chimique mais, dans l'ensemble, le règne végétal dépasse largement le règne animal à cet égard. Il se peut que les animaux sédentaires, c'est-à-dire ceux qui, à l'instar des plantes, passent le plus clair de leur vie attachés à un substrat donné (par exemple, les espèces de coraux qui construisent des récifs, les balanes) aient également développé des défenses chimiques sophistiquées pour se protéger contre les prédateurs, à la manière des plantes. Cependant, la plupart des animaux sédentaires (qui vivent majoritairement dans les mers) sont très difficiles à recueillir et à cultiver. C'est pour cette raison qu'on trouve beaucoup plus de plantes que d'animaux qui ont des propriétés médicinales.

Il importe ici de se demander jusqu'à quel point les plantes médicinales peuvent être bénéfiques et jusqu'à quel point elles peuvent être néfastes. Comme nous l'avons souligné précédemment, les plantes contiennent une grande variété de composés secondaires. Il est clair que certains de ces composés, au moins à l'état pur et à certaines doses, ont des propriétés médicinales ou peuvent être toxiques. Toutefois, il ne s'ensuit pas nécessairement que les mêmes composés sont aussi toxiques ou bénéfiques lorsqu'ils se trouvent dans la plante que lorsqu'ils en sont extraits, car il peut y avoir des effets synergiques des composés chimiques dans la plante.

Dans son ouvrage, Duke pose une question (1985, p. 101 et répétée aux pages 366 et 414) très intéressante au sujet du mélange de composants toxiques et bénéfiques dans les plantes médicinales, à savoir : « Le corps humain en quête d'homéostasie peut-il choisir celui dont il a besoin? »

La plupart des animaux, y compris les humains, se sont adaptés sur des millions d'années à une alimentation à base de plantes. Par conséquent, l'organisme humain est adapté à un apport régulier de constituants végétaux. Les constituants alimentaires essentiels des plantes sont relativement bien compris, mais ce n'est pas le cas des propriétés thérapeutiques éventuelles de la plupart d'entre elles.

Il est presque certain que les humains ingèrent à leur insu des plantes aux vertus médicinales depuis des centaines de milliers d'années. En revanche, leur organisme n'est pas naturellement adapté à l'ingestion des puissants médicaments modernes sur lesquels repose la médecine occidentale, et les effets secondaires mortels de ces derniers (comme nous l'indiquons plus bas) sont beaucoup plus fréquents que ceux qui sont observés avec les plantes médicinales.

L'usage traditionnel des plantes médicinales par les humains, si imparfait et peu scientifique soit-il selon les standards modernes, est le résultat d'une approche par tâtonnements, c'est pourquoi l'usage traditionnel montre la voie de l'usage thérapeutique naturel. Comme nous le soulignons cependant dans cet ouvrage, « naturel » n'est pas nécessairement synonyme de « sûr ». Certaines plantes médicinales sont extrêmement efficaces mais si dangereuses qu'elles ne doivent être administrées que par des professionnels de la santé compétents. D'autres, en revanche, sont assez sûres pour être utilisées par des profanes pour prévenir ou soulager des affections bénignes. Dans certains cas, il y a lieu de privilégier les plantes médicinales, mais comme nous le soulignons dans l'ensemble de l'ouvrage, il faut toujours consulter des professionnels de la santé compétents en la matière.

Plantes médicinales ou produits pharmaceutiques

On reconnaît généralement deux types de préparations médicinales : les plantes médicinales et les produits pharmaceutiques. Les produits pharmaceutiques, qui sont étudiés ci-dessous, sont des médicaments raffinés ou synthétisés. L'Organisation mondiale de la Santé a défini les médicaments à base de plantes de la façon suivante :

« Produits médicinaux, finis, étiquetés qui contiennent comme principes actifs exclusivement des plantes (parties aériennes ou souterraines), d'autres matières végétales ou des associations de plantes, à l'état brut ou sous forme de préparations. Les produits végétaux comprennent les sucs, gommes, huiles grasses, huiles essentielles ou toutes autres substances de cette nature. Les médicaments à base de plantes peuvent contenir, outre les principes actifs, des excipients. Les médicaments contenant des produits végétaux associés à des principes actifs chimiquement définis, notamment des constituants chimiquement définis, isolés de plantes, ne sont pas considérés comme des médicaments à base de plantes. Exceptionnellement, dans certains pays, les médicaments à base de plantes peuvent également contenir par tradition des principes actifs naturels, organiques ou inorganiques, qui ne sont pas d'origine végétale ».

La popularité croissante des plantes médicinales

À cause du coût élevé des produits pharmaceutiques occidentaux, la plupart des populations mondiales ne sont pas en mesure de s'offrir les soins de santé modernes, et c'est pourquoi elles se tournent vers la médecine populaire et les plantes médicinales pour se soigner. Même lorsque les soins de santé modernes sont offerts à un coût abordable, nombreux sont ceux qui préfèrent recourir aux pratiques plus traditionnelles. C'est notamment le cas des membres des Premières nations et des immigrants qui ont tendance à conserver les pratiques médicales propres à leur ethnie.

Au cours de la dernière décennie, on a beaucoup tenté de ressusciter l'usage des plantes médicinales dans la médecine occidentale et d'intégrer leur usage dans les systèmes médicaux modernes. Les raisons de ce nouvel intérêt sont diverses et englobent :

  • le coût inférieur : les plantes médicinales sont relativement peu coûteuses et le coût des produits pharmaceutiques pour les gouvernements et les particuliers sont à la hausse
  • la résistance aux médicaments : la nécessité de disposer d'options thérapeutiques pour les agents pathogènes résistants
  • les limites de la médecine : l'existence de maladies pour lesquelles il n'y a pas de traitement pharmaceutique efficace
  • la valeur médicinale : la confirmation en laboratoire et en clinique de l'innocuité et de l'efficacité d'un nombre de plus en plus important de plantes médicinales
  • l'échange culturel : le contact accru avec des cultures étrangères et le respect de ces cultures, notamment des autres systèmes de médecine
  • la valeur commerciale : l'appréciation accrue des perspectives commerciales et des autres occasions économiques représentées par les plantes médicinales

Il reste toutefois que le retour aux plantes médicinales traditionnelles ne s'effectue pas uniformément en médecine occidentale (Duke, 1993, Cox et Balik, 1994).

Dans certains pays européens, surtout en Allemagne, la médecine par les plantes, appelée phytothérapie, est beaucoup plus répandue qu'en Amérique du Nord. En effet, on peut trouver quelque 67 000 médicaments à base de plantes en Allemagne (Foster, 1995). Le commerce des plantes médicinales déjà bien établi en Europe s'accroît à un rythme d'environ 10 % par année.

Au Canada et aux États-Unis, le climat réglementaire a été beaucoup moins favorable aux remèdes à base de plantes (Tyler, 1993b). En effet, la phytothérapie a mauvaise réputation à cause du manque d'évaluation scientifique rigoureuse, d'une réglementation limitée, de l'absence de contrôle de la qualité, du manque de formation de nombreux phytothérapeutes et du nombre élevé de charlatans. Mais la situation est en voie de changer en réponse à la demande de médecines complémentaires ou alternatives de la part de la population. Au moins 20 % des Canadiens ont déjà eu recours à une thérapie alternative quelconque comme la phytothérapie, la naturopathie, l'acupuncture et l'homéopathie (Kozyrskyj, 1997).

Les plantes médicinales représentent le secteur de l'industrie pharmaceutique nord-américaine qui connaît la plus forte expansion, avec une croissance annuelle estimée à entre 15 % et 20 %, et des milliers de remèdes à base de plantes sont maintenant offerts aux Canadiens (Carmen-Kasparek, 1993). On a estimé que ces produits ont une valeur monétaire allant de deux à dix milliards de dollars en Amérique du Nord, selon le sens qu'on donne au terme « plantes médicinales » (Marles, 1997). Foster (1995) a prédit que si la recherche et la réglementation sont adéquates, les remèdes à base de plantes reprendront la place qui leur revient dans l'arsenal thérapeutique conventionnel.

Produits nutraceutiques et aliments fonctionnels

Les plantes médicinales représentent un marché nouveau en pleine expansion en tant que composés d'aliments naturels et de médicaments préventifs, surtout sous l'appellation « nutraceutiques » (Insight Press, 1996a, 1996b; voir aussi Childs, 1997). Le lecteur pourra trouver une analyse économique des produits nutraceutiques au Canada dans Culhane (1995) de même qu'une bonne discussion générale dans Spak (1998). Les expressions « alicaments », « aliments santé » et « aliments fonctionnels Footnote 1 » sont toutes synonymes. Elles sont appliquées à des substances qui peuvent ou non être considérées comme des aliments ou des composantes d'aliments, mais qui sont bénéfiques pour la santé lorsqu'elles sont consommées.

Le terme le plus utilisé, soit nutraceutique, a été inventé par le Dr Stephen DeFelice de la Foundation for Innovative Medicine, groupe industriel dont le siège social se trouve au New Jersey. La définition qu'il proposait était la suivante : « aliment dérivé de substances naturelles qui peut et doit être consommé dans l'alimentation quotidienne et qui agit sur un processus organique lorsqu'il est ingéré ».

Le terme est maintenant couramment appliqué à une très grande variété de préparations considérées comme ayant des vertus médicinales mais non pas nécessairement une valeur alimentaire (comme les acides aminés, les gras essentiels, les fibres alimentaires et les aliments riches en fibres, les pigments d'origine végétale ou animale, les antioxydants, les vitamines, les minéraux, les succédanés de sucres et de matières grasses, les viandes maigres, le lait écrémé, les aliments synthétiques issus du génie génétique, les produits d'herboristerie et les aliments transformés comme les céréales, les soupes et les boissons).

Certains soutiennent que les fruits et les légumes devraient être inclus dans les aliments fonctionnels parce qu'il sont si riches en éléments nutritifs, alors que d'autres préféreraient réserver ce terme aux aliments enrichis d'une façon ou d'une autre (dans ce sens, le premier aliments fonctionnel semble avoir été le jus d'orange enrichi de calcium).

Le terme « phytonutriment » , qui devrait être utilisé pour les matières végétales qui, par définition, ont une valeur nutritionnelle, a été appliqué à des plantes médicinales sans valeur nutritionnelle apparente.

Les « phytomédicaments » ont été définis comme des agents thérapeutiques dérivés de plantes ou de parties de plantes ou des préparations à base de celles-ci mais non des substances chimiques pures, comme le menthol de la menthe poivrée (Foster 1995).

Contrairement aux produits pharmaceutiques, qui sont habituellement des produits potentiellement toxiques qui ne peuvent être prescrits que par un médecin, les suppléments nutritionnels peuvent dans la majorité des cas être achetés dans un magasin d'aliments naturels ou auprès d'un phytothérapeute ou d'un distributeur indépendant. Parce qu'ils sont beaucoup moins coûteux que les médicaments, les produits d'herboristerie ou les extraits de plantes, comme suppléments alimentaires, ont été présentés comme un système de santé nouveau et rentable.

Les vitamines à base de plantes et une grande variété de constituants chimiques des fruits et des légumes présentent une grande partie des avantages des plantes médicinales (les fruits et les légumes sont des plantes médicinales, bien qu'ils soient rarement perçus comme tel), et les extraits concentrés de ceux-ci sont couramment vendus aujourd'hui comme nutraceutiques.

La valeur d'une alimentation riche en fruits et en légumes a toujours été reconnue. Cette sagesse remonte à l'antiquité, comme en témoigne Hippocrate (460?-367? av. J.-C., médecin grec considéré comme le père de la médecine), qui encourageait les gens à se soigner avec des aliments.

Les produits pharmaceutiques d'origine végétale

Dans les paragraphes précédents, nous avons discuté de l'usage des plantes médicinales sous forme brute ou d'extraits. Toutefois, la pharmacologie moderne a recours à des produits chimiques raffinés, qu'ils soient d'origine végétale ou synthétique. La première substance médicinale pure dérivée des plantes était la morphine, qui a été extraite du pavot à opium au début du 19e siècle.

Souvent, on modifie les substances chimiques extraites des plantes pour produire des médicaments. Par exemple, la diosgénine est extraite de diverses espèces d'igname (Dioscorea), d'Amérique du Sud et convertie en progestérone, le principe actif des anovulants. Autrefois, des produits chimiques analogues à l'aspirine étaient extraits du saule (Salix spp.) et de la reine des prés (Filipendula ulmaria), mais aujourd'hui l'aspirine est synthétisée en laboratoire.

De nombreux médicaments utilisés aujourd'hui sont extraits de plantes. Environ 50 % à 60 % des produits pharmaceutiques sont d'origine naturelle ou sont synthétisés à partir de produits naturels (Verlet 1990, Balandrin et al., 1993).

La valeur commerciale de composés bioactifs d'origine végétale se situerait aux alentours de 30 milliards de dollars par année dans le monde entier (Deans et Svoboda, 1990). Des plantes supérieures sont à l'origine de quelque 120 médicaments commerciaux, et entre 10 % et 25 % de tous les produits de prescription renferment au moins un principe actif issu d'une plante supérieure (Duke, 1993, Cox et Balick, 1994).

La tradition qui consiste à élaborer des médicaments d'origine végétale en médecine moderne occidentale repose largement sur un paradigme (modèle) selon lequel il y a un seul principe actif dans les plantes médicinales, ou au moins un produit chimique principal, qui est responsable de l'efficacité médicinale.

Il se peut toutefois qu'un grand nombre de préparations utilisées en phytothérapie traditionnelle soient efficaces en raison des effets thérapeutiques synergiques (interactifs) de plusieurs ingrédients. De tels mélanges de principes actifs ne présentent aucun intérêt pour les sociétés pharmaceutiques, parce qu'il est généralement impossible de les breveter (bien que dans certaines conditions il soit possible de breveter des produits naturels).

Par contre, comme on peut le voir en visitant la pharmacie ou le magasin d'aliments naturels, de nombreuses entreprises commercialisent des mélanges de plantes comme « suppléments alimentaires », alors que ceux-ci sont en fait sont utilisés comme médicaments non prescrits, même si les preuves scientifiques rigoureuses de leur efficacité sont généralement limitées ou inexistantes. Étant donné que le secteur privé s'intéresse très peu à la question, il faudrait que le secteur public (gouvernement) effectue des recherches pour établir l'efficacité de ces produits.

La recherche de nouveaux médicaments d'origine végétale

Depuis plusieurs décennies, l'industrie pharmaceutique se demande s'il est préférable d'élaborer de nouveaux médicaments par synthèse en laboratoire ou par analyse des constituants chimiques des plantes. La majorité des médicaments commerciaux raffinés d'origine végétale proviennent d'au plus une centaine d'espèces de plantes.

Dans l'ensemble, la synthèse des médicaments en laboratoire tend à supplanter la recherche de médicaments naturels, parce que la recherche sur les plantes nécessite beaucoup de main-d'oeuvre et que les essais réalisés au hasard sur les plantes ont un taux de rendement relativement faible. Par exemple, on a testé plusieurs milliers de plantes dans l'espoir de trouver des médicaments qui seraient efficaces contre le cancer, mais on a pu établir que le taux de succès - par exemple la probabilité de trouver un produit chimique ou un dérivé efficace, comme le taxol extrait de l'if du Pacifique - n'était que d'un sur plusieurs centaines.

Pire encore, on a estimé que la probabilité que l'investissement d'une société pharmaceutique dans des médicaments d'origine végétale aboutisse à la découverte d'un médicament lucratif n'est que d'un sur plusieurs milliers.

Aux États-Unis, il en coûte quelque 125 millions de dollars pour mettre en marché un nouveau médicament (Mendelsohn et Balick, 1995), et il ne faut donc pas s'étonner que la recherche pharmaceutique soit entreprise de façon très prudente. [Voir Feinsilver et Chapela (1996) pour le point de vue selon lequel la recherche de nouveaux médicaments à partir des plantes sauvages a peu de chances de succès.

Il reste néanmoins qu'aux cours des quelques dernières années, un grand nombre de sociétés ont investi dans la recherche de médicaments d'origine végétale. Cet intérêt s'explique par trois raisons.

D'abord, il faut étudier la biodiversité, surtout dans les pays du Tiers-Monde, de même que les connaissances médicales traditionnelles des populations autochtones avant que le développement anarchique détruise à la fois les espèces de plantes et les connaissances concernant leur usage. L'ethnobotanique est la branche de la biologie qui étudie spécifiquement les relations économiques entre les plantes et ce qu'on appelle souvent les sociétés « primitives ».

Ensuite, les progrès dans les domaines de l'automatisation et de la robotique ont facilité d'évaluation en laboratoire de gros échantillons en peu de temps.

Enfin, lorsqu'ils synthétisent un produit, les chimistes ont besoin d'exemples de médicaments naturels efficaces en guise de modèles structurels et fonctionnels pour pouvoir concevoir rationnellement des médicaments ayant une structure moléculaire analogue. En effet, le fait d'avoir un exemple naturel du fonctionnement d'une nouvelle enzyme d'origine végétale sur des récepteurs humains pourrait permettre d'élaborer des molécules synthétiques analogues dont l'activité biologique serait prévisible.

Perspectives économiques

La plupart des plantes médicinales utilisées à l'échelle mondiale sont cueillies en forêt plutôt que cultivées. L'exploitation de ressources naturelles renouvelables est parfaitement légitime, à condition qu'on n'élimine aucune population et qu'on ne dégrade pas l'habitat des plantes.

De nombreuses plantes médicinales de moindre importance poussent encore en abondance au Canada et peuvent donc encore être récoltées sans danger pour la survie des espèces. Mais en raison de la rareté croissante des ressources naturelles et de la nécessité de préserver la biodiversité, la culture de ces plantes prend de plus en plus d'importance.

Lorsqu'une plante devient un médicament populaire, l'augmentation de sa valeur commerciale risque fort de mener à une cueillette excessive. Nombre de plantes médicinales canadiennes très importantes, comme le ginseng, l'hydraste du Canada, le podophylle pelté et l'if de l'Ouest, poussent à l'ombre des arbres et, parce que leur croissance est très lente, elles sont particulièrement sujettes à la cueillette abusive. Pourtant, ces ressources forestières non ligneuses sont précieuses pour l'industrie forestière qui est toujours à la recherche de nouvelles cultures.

La cueillette du ginseng a été si intensive que les réserves naturelles canadiennes de cette espèce sont aujourd'hui considérées comme menacées. Dans le cas de l'if de l'Ouest, dont on tire un médicament anticancéreux appelé taxol, les réserves naturelles diminuent et ne peuvent déjà plus répondre à la demande du marché. Dans certains cas, même lorsqu'il existe des réserves naturelles, la culture est préférable à la cueillette en raison des avantages que présentent certains cultivars (maturation régulière, concentrations uniformes de produits chimiques, etc.), de la facilité d'approvisionnement et de certaines considérations ayant trait à la qualité du produit, comme la possibilité de certifier qu'il est issu de la culture biologique.

En plus de favoriser la conservation en milieu naturel de plantes sauvages importantes sur le plante économique, la culture fournit aux agriculteurs de nouveaux débouchés.

Les marchés canadien et international des plantes médicinales sont en plein essor et fournissent des perspectives intéressantes pour le développement et la diversification de l'agriculture canadienne. En ce moment, le ginseng est la plus importante des cultures médicinales du Canada. C'est aussi la plante médicinale la plus utilisée au monde et la culture médicinale la plus importante au Canada, contribuant environ 100 millions de dollars annuellement à l'économie canadienne.

Les sociétés pharmaceutiques, les producteurs agricoles et les gens d'affaires cherchent de plus en plus à trouver de nouvelles plantes médicinales qui pourraient être cultivées au Canada, mais ils ont de la difficulté à obtenir de l'information sur les diverses perspectives prometteuses qui s'offrent à eux.

Dans les prochains chapitres, nous présentons une information sommaire et des sources d'informations critiques et pertinentes sur un certain nombre de plantes médicinales indigènes du Canada, afin de favoriser une meilleure exploitation de ces plantes importantes pour notre économie. Sauf dans le cas du ginseng, les sources d'information sont limitées et souvent peu accessibles. Bien que la perspective du présent livre soit avant tout économique, nous avons essayé d'inclure de l'information de nature plus générale, étant donné l'importance du sujet et l'intérêt qu'il suscite.

Footnotes

Footnote 1

En septembre 1996, Santé Canada rendait public un document d'étude intitulé « Comment définir et régir les aliments fonctionnels - recommandations ». Celui-ci contenait les définitions de travail suivantes, qui sont beaucoup plus restrictives que celles qu'on trouve dans l'usage courant : « Un aliment fonctionnel est semblable en apparence aux aliments conventionnels, il fait partie de l'alimentation normale et il procure des bienfaits physiologiques démontrés et (ou) réduit le risque de maladie chronique au-delà des fonctions nutritionnelles de base. » « Un produit nutraceutique est un produit fabriqué à partir d'aliments, mais vendu sous forme de comprimés, de poudres (potions) ou d'autres formes médicinales non habituellement associées à un aliment, et il a été démontré qu'il procure des bienfaits physiologiques ou assure une protection contre les maladies chroniques »

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