Sanguinaria canadensis L. (Sanguinaire du Canada)

Les noms latin et français du genre font référence au latex rouge orangé qui s'écoule de toute partie brisée de la plante, et particulièrement du rhizome.

Sanguinaria Canadensis L. (Sanguinaire du Canada)

Noms français

Sanguinaire du Canada, sanguinaire, sang-dragon. En Europe, les noms « sang-dragon » et « sang-de-dragon » désignent un médicament extrait d'une plante originaire des Canaries, et le nom « sang-de-dragon » peut également désigner le Rumex sanguineus L.

Noms anglais

Bloodroot, puccoon (de l'algonquin « poughkone »), Indian paint, Indian plant, Indian red paint, coonroot, paucon, pauson, red paint root, red puccoon, red root, sanguinaria, snakebite, sweet slumber, tetterwort.

Morphologie

Le Sanguinaria canadensis appartient à la famille du pavot (les papavéracées) et est la seule espèce du genre Sanguinaria. C'est une plante herbacée vivace, dont les tiges aériennes prennent naissance en plusieurs endroits du rhizome et atteignent environ 15 cm à la floraison et jusqu'à 50 cm à maturité. Le rhizome est horizontal, ramifié, charnu, de couleur brun rougeâtre, et sa partie souterraine produit de nombreuses racines adventives. Chaque tige aérienne produit généralement une seule feuille basale (parfois deux), qui au début du développement enveloppe et protège l'unique fleur.

La fleur, terminant un long pédoncule, mesure 2,5 à 5 cm de diamètre (parfois davantage chez les sujets cultivés) et possède 4 à 16 pétales fugaces, blancs ou rarement roses (plus nombreux chez un des génotypes cultivés, comme nous le verrons). La floraison a lieu très tôt au printemps. À mesure que progresse la floraison, la feuille continue à pousser, produisant un limbe très voyant, de forme circulaire ou réniforme, large de 6 à 30 cm, palmatilobé; les lobes, au nombre de 6 à 9, sont parfois eux-mêmes lobés. Le pétiole prend naissance sous la surface du sol et peut atteindre 30 cm de longueur, soulevant ainsi le limbe au-dessus du fruit. Le fruit est une capsule solitaire, étroite, longue de 3 à 6 cm, qui se fend à maturité en deux valves persistantes et libère de nombreuses graines. Chaque graine mesure 3 mm de longueur et est munie d'une grande crête.

Classification et répartition

La sanguinaire est indigène de l'est et du centre du Canada et des États-Unis. Elle pousse depuis la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et le Nebraska jusqu'à l'Alabama, l'Arkansas et la Floride. L'espèce est plus commune à l'intérieur du continent que dans la plaine côtière, et elle se fait rare dans certaines régions où elle est récoltée comme plante médicinale. Les plantes du sud des États-Unis sont parfois considérées comme une variété distincte, la var. rotundifolia (Greene) Fedde.

Carte de répartition

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La sanguinaire est indigène de l'est et du centre du Canada et des États-Unis. Elle pousse depuis la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et le Nebraska jusqu'à l'Alabama, l'Arkansas et la Floride.

Écologie

La sanguinaire préfère les peuplements de feuillus ombrageux, frais, humides et clairsemés ainsi que les pentes boisées bien drainées, à sol légèrement basique à très basique. Lorsque les conditions sont favorables, l'espèce peut former de grandes colonies, mais on ne trouve parfois que des sujets isolés.

Les fleurs sont voyantes mais ne produisent aucun nectar, et la plante a tendance à s'autoféconder. Les fleurs peuvent cependant fournir un peu de pollen aux insectes en quête de nourriture. Plusieurs espèces de fourmis sont attirées par les petites protubérances huileuses qui garnissent la surface des graines, qui sont transportées par les insectes vers leur fourmilière souterraine. Selon certains, ce comportement augmente le taux de survie des graines et le taux d'établissement des semis, tout en réduisant les pertes dues aux insectes, oiseaux et rongeurs qui se nourrissent des graines elles-mêmes.

En fait, la dispersion de graines par les fourmis, ou myrmécochorie, est un type répandu de relation symbiotique. Les fourmis profitent de cette relation en consommant les élaïosomes (tissus nutritifs de la graine élaborés spécifiquement à l'intention des fourmis), tandis que la plante en profite par la dispersion de ses graines, souvent vers des endroits où le sol est riche en éléments nutritifs. Les graines du polygale sénéca, également traité dans le présent ouvrage, sont aussi dispersées par les fourmis.

Usages médicinaux

La sanguinaire du Canada était couramment utilisée par les populations autochtones d'Amérique du Nord, avant l'arrivée des colons européens, pour soigner des affections comme le rhumatisme, l'asthme, la bronchite, la laryngite et les fièvres. Elle était souvent administrée par voie orale comme émétique et comme expectorant (surtout dans le traitement de la bronchite) et utilisée en application topique pour traiter les ulcères et les cancers de la peau, tant par les Amérindiens que par les colons. Ces usages ont continué d'avoir cours dans la pratique médicale occidentale jusqu'au début de notre siècle.

Les usages médicinaux traditionnels de la sanguinaire ont pour la plupart été abandonnés en raison de la toxicité de la plante, mais il a aujourd'hui été établi que la sanguinaire a des propriétés antimicrobiennes et antinéoplasiques.

Malgré sa toxicité, elle continue d'être utilisée en médecine, et on la trouve dans plus d'une douzaine de préparations pharmaceutiques vendues au Canada, en général des expectorants, des sirops contre la toux et des teintures. Le Lexat est un produit australien à base de sanguinaire qui est utilisé pour soigner les troubles digestifs.

La sanguinaire n'est plus recommandée comme émétique. Aujourd'hui, la médecine utilise le plus souvent cette plante pour ses propriétés bactéricides et bactériostatiques contre les micro-organismes qui provoquent la formation de la plaque dentaire. La sanguinarine est l'ingrédient actif dans les rince-bouche et les pâtes dentifrices formulés pour combattre le tartre et la gingivite, la marque la plus connue étant Viadent. Cependant, tout récemment, Colgate, le fabricant du produit, a retiré la sanguinaire de la formulation du Viadent en raison de la publication de nouvelles données selon lesquelles un usage prolongé du produit pouvait provoquer le développement le lésions buccales cancéreuses (voir Damm et al. 1999).

Toxicité

À doses très élevées, la sanguinaire a un effet toxique sur les muscles volontaires et peut provoquer des vomissements, une sensation de brûlure dans toutes les muqueuses qui ont été en contact avec la plante, une soif inextinguible, une sensation de faiblesse, des vertiges, un flou visuel, une inhibition cardiaque et même la mort.

Bien que la plante soit potentiellement mortelle, on ne semble pas avoir relevé de cas d'ingestion d'une dose létale de sanguinaire sauvage en Amérique du Nord, que ce soit chez les humains ou les animaux, vraisemblablement parce que son goût amer et âcre décourage la consommation de quantités importantes de cette plante.

La sanguinaire du Canada figure dans le document de 1995 de Santé Canada parmi les plantes qui sont jugées inacceptables comme ingrédients de médicaments en vente libre pour usage humain (voir : Plantes utilisées comme ingrédients non médicinaux dans les médicaments en vente libre pour usage humain).

Composition chimique

L'activité physiologique de la sanguinaire est attribuable aux alcaloïdes de type benzophénanthridine qu'on trouve surtout dans le rhizome et qui constituent de 3% à 9% de celui-ci. C'est la sanguinarine qui constitue 50% ou plus de ces alcaloïdes et qui est considérée comme la plus importante. Les rhizomes les plus vieux contiennent plus de sanguinarine que les plus jeunes. Cet alcaloïde est hydrosoluble et est responsable de la couleur rouge orangé du latex de la sanguinaire.

On a démontré qu'il existe un écocline nord-sud aux États-Unis dans la teneur en sanguinarine, les populations méridionales ayant les plus fortes concentrations. Plusieurs des alcaloïdes de la sanguinaire sont également présents dans l'opium (ce qui n'est pas étonnant étant donné que le pavot à opium et la sanguinaire appartiennent tous deux à la famille des papavéracées) et ont de légères propriétés narcotiques. La sanguinaire est un excellent inhibiteur des champignons qui causent le pourridié, ce qui pourrait protéger le rhizome vivace contre les maladies fongiques.

Usages non médicinaux

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Sanguinaria canadensis
(bloodroot)

La sanguinaire du Canada est cultivée dans les jardins pour la beauté saisissante de ses fleurs et de son feuillage. À cet égard, l'espèce est surtout utile comme plante de bordure à floraison hâtive, pour les endroits ombragés. Comme il s'agit d'une plante peu commune, il ne faut pas transplanter les sujets sauvages, mais plutôt essayer d'établir l'espèce à partir de graines ou à partir de matériel obtenu d'un fournisseur qui le multiplie lui-même plutôt que de le cueillir dans la nature.

Les pétales de la plante sauvage ont tendance à se détacher sous l'effet de la pluie et du vent. Les cultivars 'Multiplex' et 'Florepleno', issus d'une mutation obtenue dans l'ouest des États-Unis vers 1950, sont des variétés populaires à pétales plus nombreux. Chez ces cultivars, comme ce sont les étamines qui sont remplacées par des pétales supplémentaires, la plante est stérile et doit être multipliée par division du rhizome.

Le suc rougeâtre de la sanguinaire est une teinture très efficace qui était beaucoup utilisée par les Amérindiens pour se peindre le corps et pour décorer les paniers, les armes, les instruments et les vêtements (d'où le nom anglais « Indian paint »).

Les premiers colons ont également utilisé la plante comme teinture à tissus et l'ont même exportée en Europe à cette fin. Certains peuples amérindiens employaient la sanguinaire à des fins religieuses ou comme pommade insectifuge.

Culture et potentiel commercial

Les rhizomes vendus dans le commerce viennent principalement de plantes sauvages récoltées dans l'est des États-Unis. La récolte se fait vers la fin de l'été et consiste à déterrer des rhizomes qui ont au moins deux ans, à les débarrasser de leurs fragiles racines filamenteuses, puis à faire sécher les rhizomes. Autrefois, on recommandait souvent de récolter la plante en automne, après la chute du feuillage, mais des recherches plus récentes semblent indiquer que l'époque de teneur maximale en alcaloïdes se situe durant la floraison ou immédiatement après.

Les rhizomes récoltés mesurent 2 à 7 cm de longueur et 5 à 15 mm de diamètre. Le latex rouge orangé qui s'écoule des points de cassure aux extrémités du rhizome forme en séchant une pellicule résineuse rougeâtre.

Au cours des dix dernières années, on a découvert qu'il existe d'autres sources naturelles de sanguinarine. Il n'est donc pas sûr que la culture de la sanguinaire à des fins médicinales soit une activité rentable. Une plante asiatique de la même famille, le Macleaya cordata (Willd.) R.Br. (Bocconia cordata), qui renferme de la sanguinarine et est relativement facile à cultiver, pourrait devenir une source concurrentielle de cet alcaloïde.

De plus, grâce aux progrès de la technologie, on peut aujourd'hui produire la sanguinarine commercialement, en cultivant des tissus végétaux dans de grands bassins; le produit ainsi obtenu sert à la fabrication de dentifrices et de rince-bouche. Quoi qu'il en soit, les extraits de sanguinaire font actuellement l'objet de nombreux travaux de pharmacologie. En ce moment, la culture de la sanguinaire semble peu intéressante sur le plan agricole au Canada, mais on estime que la composition chimique remarquable de cette plante présente un potentiel commercial.

Mythes, légendes et anecdotes

Dans la tribu des Ponca, les célibataires utilisaient la sanguinaire comme philtre, convaincus qu'il suffisait d'appliquer le latex rouge de la plante sur leur paume et de serrer la main de la femme convoitée pour que celle-ci consente au mariage.


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