Oplopanax horridus (J.E. Smith) Miq. (Bois piquant)

Synonymes : Echinopanax horridus (Sm.) Decne. & Planch ex H.A.T. Harms; Fatsia horrida (Sm.) Benth. & Hook.f.; Panax horridus Sm.

Le nom du genre vient du grec hoplon, arme, et de Panax. Il signifie donc « ginseng armé », ce qui fait référence aux épines redoutables de la plante et à son appartenance à la famille du ginseng, les araliacées. On a souvent considéré que le mot Oplopanax était du genre neutre en latin, avec accord de l'adjectif en -um (O. horridum). Cependant, le Code international de nomenclature botanique stipule que tous les noms génériques se terminant par -panax doivent être du genre masculin, ce qui entraîne un accord en -us de l'adjectif. Le nom correct est donc Oplopanax horridus.

Noms français

Bois piquant, oplopanax épineux. Le nom « aralie épineuse » est souvent appliqué à l'espèce, mais il devrait être réservé à une plante différente, l'Aralia spinosa L.

Noms anglais

Devil's club, Alaskan ginseng.

Plusieurs plantes ont un nom anglais qui commence par « Devil's », ce qui entraîne parfois de la confusion. Le « Devil's claw » est une plante africaine, l'Harpagophytum procumbens DC., souvent vendue comme plante médicinale en Amérique du Nord. Il semble que la plante est surtout utilisée comme analgésique et anti-inflammatoire contre l'arthrite et le rhumatisme. Par ailleurs, le « devil's walking-stick » est l'Aralia spinosa. Cette plante possède des branches épineuses comme le bois piquant, mais ses feuilles sont bipennées, à folioles nombreuses.

Morphologie

Le bois piquant est un arbuste à feuilles décidues, extrêmement épineux, dégageant une odeur douce. Il atteint une hauteur de 1 à 3 m (parfois 5 m), et sa tige peut avoir une épaisseur de 3 cm. Les feuilles sont grandes et souvent comparées à celles de l'érable; le limbe peut atteindre 50 cm de largeur, et le pétiole, 30 cm de longueur. Les lobes, au nombre de 5 à 9 (parfois jusqu'à 13), sont disposés en palme et bordés de dents irrégulières.

Les tiges, les pétioles et les nervures inférieures des feuilles sont densément armés d'épines minces et dures de 5 à 10 mm de longueur. Les épines peuvent causer des blessures très désagréables lorsqu'elles pénètrent la peau; elles provoquent même des réactions allergiques graves chez certaines personnes.

Le système racinaire est peu profond, généralement sans épines. Il semble que les tiges retombant sur le sol produisent parfois des racines, et un tel processus de marcottage ou de drageonnage contribue à la reproduction végétative de la plante. Par ailleurs, comme les branches sont souvent entremêlées, il est difficile de se promener dans un fourré d'oplopanax.

Les fleurs sont blanc verdâtre, longues de 6 mm, et forment des inflorescences pouvant atteindre 25 cm de longueur. La floraison a lieu entre mai et juillet, selon l'altitude et la latitude. Les fruits sont des baies rouge vif, ellipsoïdes et un peu aplaties, de 6 à 10 mm de diamètre, qui arrivent à maturité vers la fin de l'été. Chaque baie renferme deux ou trois graines, sans doute dispersées par les animaux. Les fruits persistent tout l'hiver sur la plante.

Classification et répartition

Le genre Oplopanax ne compte que trois espèces. L'espèce japonaise O. japonicus (Nakai) Nakai est parfois considérée comme une sous-espèce de l'O. horridus (ssp. japonicus (Nakai) Hult.). L'espèce eurasienne O. elatus (Nakai) Nakai est étroitement apparentée.

L'O. horridus pousse le long de la côte Pacifique depuis l'Alaska jusqu'au sud de la Colombie-Britannique. L'espèce se rencontre également à l'est des monts Cascades, dans le Washington et l'Oregon, ainsi que dans les Rocheuses, dans certaines parties de l'Alberta, de l'Idaho et du Montana.

L'espèce comporte enfin quelques populations isolées dans le nord du Michigan et le district ontarien de Thunder Bay, plus précisément dans certaines îles du lac Supérieur, dont les îles Royale et Passage, au Michigan, et les îles Porphyry et Slate, en Ontario.




Carte de répartition

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Description - Carte de répartition

L'O. horridus pousse le long de la côte Pacifique depuis l'Alaska jusqu'au sud de la Colombie-Britannique. L'espèce se rencontre également à l'est des monts Cascades, dans le Washington et l'Oregon.


Écologie

Le bois piquant pousse dans des stations habituellement ombragées dont le drainage est modérément bon à médiocre. On le trouve dans les forêts de conifères, surtout près des ruisseaux, depuis le niveau de la mer jusqu'à l'étage subalpin.

La plante a été observée dans toute une gamme de sols, allant de sableux à loameux ou limoneux, parfois très minces, et généralement acides (pH 3,8 à 6,0). L'espèce pousse autant sous climat maritime que sous climat continental.

Elle domine le sous-étage de diverses forêts du nord-ouest des États-Unis et de l'ouest de la zone boréale, y formant souvent des fourrés purs, denses et presque impénétrables. Dans d'autres forêts, elle partage le sous-étage avec d'autres espèces arbustives ou herbacées. Le bois piquant atteint son développement maximal dans les forêts mûres climaciques. Dans son aire disjointe de la région du lac Supérieur, l'espèce pousse dans les forêts rocheuses basses, le long des ravins boisés, entre les crêtes rocheuses ainsi que sur les falaises abritées.

Les mammifères sauvages broutent peu le bois piquant, sans doute à cause des épines qui protègent ses feuilles et ses tiges. Le cerf-mulet, le cerf de Virginie et le wapiti en consomment un peu au printemps et en été. À l'île Royale, au Michigan, l'orignal semble ne jamais s'attaquer à la plante. Le grizzly et l'ours noir consomment les graines, les feuilles et les tiges du bois piquant.

Usages médicinaux

Le bois piquant est utilisé par les populations autochtones de l'ouest de l'Amérique du Nord depuis les temps immémoriaux. L'écorce interne et les racines étaient (et sont toujours) utilisées pour traiter l'arthrite, le rhumatisme, les troubles gastriques et digestifs, la tuberculose, le rhume banal, les affections cutanées et de nombreux autres troubles.

Sur la côte du Nord-Ouest de la Colombie-Britannique, l'écorce du bois piquant était la principale écorce utilisée par les Indiens à des fins médicinales.

En plus d'être utilisée pour traiter directement divers troubles physiques, la plante était utilisée par les sorciers et d'autres personnes dans les cérémonies religieuses pour obtenir des pouvoirs surnaturels, car la plante avait la réputation d'avoir des vertus protectrices magiques. Fait intéressant, les Amérindiens du Nord-Ouest ont souvent attribué des propriétés semblables à d'autres plantes épineuses.

En outre, les propriétés cathartiques (causant l'évacuation de l'intestin) sont également une caractéristique qui pourrait être associée à des vertus spirituelles « purificatrices ». Enfin, certains auteurs ont mis de l'avant l'hypothèse que l'effet hypoglycémiant léger du bois piquant pourrait provoquer une légère baisse de la glycémie et donc une sensation de vertige qui pourrait contribuer à créer une atmosphère spirituelle.

La propriété médicinale sans doute la plus intéressante et potentiellement utile attribuée au bois piquant est qu'il s'agit d'un hypoglycémiant (agent qui abaisse le taux de sucre sanguin) et qu'il peut être utilisé comme anti-diabétique (pour contrôler le diabète). Cette question a soulevé une certaine controverse car des études plus anciennes n'avaient trouvé aucun effet hypoglycémiant, mais aujourd'hui les propriétés hypoglycémiantes de cette plante font l'unanimité.

Chose certaine, il y a très longtemps que les Amérindiens utilisent l'oplopanax pour traiter le diabète de l'âge adulte. Aujourd'hui, c'est l'insuline qui est le médicament de choix pour traiter cette maladie, mais il ne permet pas toujours de prévenir les complications du diabète (insuffisance rénale, destruction de la rétine et troubles visuels, cataractes, artériosclérose, troubles neurologiques et prédisposition à la gangrène).

Les extraits de l'écorce interne du bois piquant ont des propriétés antibiotiques, en particulier contre les bactéries de type Mycobacterium qui causent la tuberculose et d'autres maladies chez l'homme. Cette propriété valide l'usage de cette plante par les Indiens de la Côte Ouest dans le traitement de la tuberculose.

Toxicité

Hormis les réactions allergiques aux épines, l'oplopanax n'a pas d'effets toxiques connus, bien que les personnes qui commencent à l'utiliser éprouvent parfois des diarrhées et de la faiblesse.

Il convient de noter qu'il y a eu peu de travaux pharmacologiques expérimentaux avec cette plante, de sorte que les effets d'un usage prolongé n'ont pas été évalués de façon adéquate.

Composition chimique

Les propriétés antibactériennes et antifongiques des extraits de l'écorce interne ont été attribuées à plusieurs polyynes. L'écorce a également une action antivirale démontrée. Un sesquiterpène, un alcool sesquiterpénique et une cétone sesquiterpénique ont été isolés de l'O. japanicus, qui est étroitement apparenté, et ces mêmes composés pourraient être présents dans l'O. horridus. Un dérivé de la cétone sesquiterpénique est utilisé au Japon dans des préparations commerciales employées pour soigner la toux et le rhume.

Usages non médicinaux

Les peuples autochtones de l'ouest de l'Amérique du Nord utilisaient le bois de l'O. horridus pour fabriquer des appâts de pêche et en faisaient un charbon qui servait à se colorer le visage. La plante a également été employée pour la fabrication de parfums, de poudres à bébé, de désodorisants, de teintures pour paniers et d'autres produits.

Du point de vue horticole, le bois piquant est une plante très belle mais plutôt menaçante, que certains jardiniers ont le courage de cultiver. Il convient particulièrement au fond des jardins ombragés ou partiellement ombragés ainsi qu'aux jardins d'eau. La plante peut aussi constituer une haie redoutable, protégeant contre toute intrusion humaine. Enfin, le bois piquant pourrait servir à la restauration des cours d'eau, car il forme un couvert végétal qui peut arrêter ou réduire l'érosion des berges.

La description de cette image suit

Oplopanax horridus
(bois piquant)

Il a été écrit que les pousses feuillées produites au printemps peuvent servir de condiment ou être grignotées à l'état frais en petite quantité, mais l'espèce semble avoir très peu d'utilité pour l'alimentation humaine.

Culture et potentiel commercial

Le bois piquant est encore peu connu comme plante médicinale, mais plusieurs de ses caractéristiques en font une culture très prometteuse à cet égard.

Premièrement, l'opinion populaire lui prête depuis longtemps une foule de propriétés curatives, notamment contre certaines affections chroniques répandues (rhumatisme, arthrite, dérangements d'intestin ou d'estomac, toux, rhume, problèmes de peau, etc.) qui ne peuvent être guéries de manière certaine par la médecine occidentale classique et souvent ne sont pas assez graves pour nécessiter des produits pharmaceutiques.

Deuxièmement, la plante est en train de se faire une réputation comme « adaptogène », c'est-à-dire comme substance aidant le corps à résister à une vaste gamme de stress et de maladies (voir à cet égard le chapitre sur le Rhodiola). D'ailleurs, le bois piquant appartient à la même famille que l'adaptogène le plus connu, le ginseng, dont il partage même en partie le nom scientifique (Panax), ce qui devrait faciliter la commercialisation du bois piquant comme plante médicinale.

Troisièmement, les recherches ont montré que la plante possède au moins quelques propriétés médicinales véritables.

Quatrièmement, l'espèce a une apparence et des noms anglais et français plutôt impressionnants, faciles à retenir et propres à la rendre attrayante comme plante médicinale.

Toutes ces qualités font du bois piquant une plante très intéressante du point de vue commercial et justifient des recherches plus approfondies sur ses propriétés pharmacologiques (sur sa valeur réelle comme plante médicinale) et sur son potentiel commercial (notamment quant à la possibilité d'en tirer des produits nutraceutiques).

Comme le bois piquant pousse dans les forêts anciennes de l'Ouest, actuellement en déclin, et dans quelques îles du lac Supérieur, une récolte accrue risquerait d'éroder la diversité génétique de l'espèce. Or, il est important de conserver en bon état cette plante vraiment spéciale qui présente un grand potentiel pharmacologique.

Comme la plante est cultivée à des fins ornementales, on dispose de renseignements de base sur sa culture. Le drageonnage et le bouturage constituent les méthodes de multiplication les plus simples, mais on peut aussi semer la plante. L'espèce est rustique et supporte très bien la taille. Par ailleurs, même si la plante tolère assez bien l'ombre et qu'on la retrouve principalement sous ombre partielle dans le sous-étage des forêts, on peut aussi la cultiver en plein soleil. Enfin, comme le bois piquant ne tolère pas la sécheresse, il doit être cultivé en milieu humide.

Mythes, légendes et anecdotes

  • Chez au moins deux peuples amérindiens du Nord-Ouest, le bois piquant était associé à l'ours. Selon la tradition des Tlingit, l'ours mâche les racines de la plante pour soulager les blessures qu'il s'est infligées au cours d'une bataille. Selon la tradition Bella Coola, l'ours consomme les fruits peu appétissants de la plante (que les Bella Coola appelaient « baies de grizzly ») et emploie ses branches épineuses pour se faire un lit.
  • Les Haïda plaçaient un bâton de bois piquant sous leur matelas ou en travers de leur porte pour se protéger des mauvais esprits.
  • La société Canadien Pacifique a été constituée en 1881 pour la construction d'un chemin de fer transcontinental reliant l'est du Canada à la côte du Pacifique. Dans les régions de Colombie-Britannique où pousse le bois piquant, la recherche d'un tracé a été rendue très difficile par les grands fourrés presque impénétrables de cet arbuste. Le tracé a même été modifié par endroits pour éviter certains de ces secteurs.
  • Le nom anglais du bois piquant (devil's club), comme celui de bien d'autres plantes médicinales, fait référence au diable. En français aussi, le mot « diable » fait partie d'un grand nombre de noms de plantes, souvent médicinales. Ainsi, une des plantes traitées dans le présent volume, l'Hamamelis virginiana, est parfois appelé « café du diable ». Le nom « griffes du diable » peut s'appliquer à de nombreuses plantes tropicales, dont le Mucuna novo-guianensis, l'Harpagophytum procumbens et plusieurs espèces de la famille des Martyniacées et du genre Proboscidea (également appelées « cornes du diable » ou « ongles du diable ». Le Petasites hybridus est parfois appelé « chapeau du diable ». Enfin, le nom « tabac du diable » est utilisé au Canada pour désigner de nombreuses espèces, dont le vérâtre vert (Veratrum viride Ait.), les bardanes (Arctium spp.), le chou puant (Symplocarpus foetidus (L.) Nutt.) et la grande molène (Verbascum thapsus L.).

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