Hierochloë odorata (L.) (Beauv. Foin d'odeur)

Le mot Hierochloë vient des mots grecs hieros, « sacré », et chloë, « herbe ». Dans certaines régions d'Europe, la plante était répandue sur le perron des églises, notamment pour la fête des saints. Le nom se prononce « iérokloé », et non « iéroklé ». Le tréma, qui sert à marquer cette prononciation distincte des deux voyelles, est le seul signe diacritique autorisé dans les noms latins par le Code international de nomenclature botanique.

Noms français

Foin d'odeur, avoine odorante, herbe sainte, hiérochloé odorante, houlque odorante. Le nom « foin d'odeur » est le plus utilisé, mais il désigne aussi parfois une autre graminée, la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum L.).

Noms anglais

Sweet grass, sweet holygrass, Indian sweet grass, vanilla grass, seneca grass. Le nom « sweet grass » est surtout employé pour les Hierochloë, mais il désigne parfois d'autres graminées, comme le Glyceria septentrionalis Hitchc.

Morphologie

Le foin d'odeur est une plante vivace semi-dressée, produisant des panicules ouvertes atteignant une hauteur de (10-)25-60(-100) cm. Le rhizome est mince et traçant. Les racines nourricières, nombreuses et peu profondes, sont émises par le rhizome ainsi que par la base du chaume. Les feuilles végétatives, vertes et luisantes, mesurent (2-)3-6(-8) cm de largeur et 20-80 cm de longueur et prennent naissance individuellement sur le rhizome. (Une forme appelée H. nashii Kaczmarek produirait des feuilles particulièrement longues.)

Le foin d'odeur est remarquable pour sa floraison extrêmement hâtive, commençant très peu de temps après le début de la croissance printanière. Cette précocité s'explique par le développement automnal des bourgeons qui renferment les futures inflorescences. Les graines arrivent à maturité vers le début de l'été, mais la grenaison est parfois nulle ou peu abondante. Certaines populations produisent des graines par apomixie plutôt que par voie sexuelle.

La flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), plante européenne souvent confondue avec le foin d'odeur, dégage également une odeur de vanille, mais ses feuilles sont garnies de poils mous, et son inflorescence ressemble à un épi.

Classification et répartition

Le Hierochloë odorata est parfois rattaché à d'autres genres, dont Savastana et Torresia.

L'espèce est en fait un complexe polyploïde plutôt variable, comprenant des diploïdes (à 14 chromosomes), des tétraploïdes (à 28 chromosomes), des octoploïdes (à 56 chromosomes) ainsi que diverses autres formes cytologiques. Certaines des races chromosomiques ont été érigées en espèces distinctes.

Selon une étude taxonomique récente, le foin d'odeur comprendrait en Amérique du Nord deux taxons très semblables mais appartenant à des espèces différentes : le H. odorata ssp. odorata, poussant le long de la côte est depuis le Labrador jusqu'au New Jersey, et le H. hirta (Schrank) Borbás ssp. arctica G. Weim., présent dans la plus grande partie du continent au nord du 40e parallèle, sauf l'est des Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et l'archipel arctique. Cependant, comme les deux taxons sont difficiles à distinguer, il vaut mieux les inclure dans le H. odorata jusqu'à ce que des études plus approfondies ait été réalisées.

Carte de répartition

La description de l'image suit.
Description - Figure 1

Le foin d'odeur comprendrait en Amérique du Nord deux taxons très semblables mais appartenant à des espèces différentes : le H.odorata ssp. odorata, poussant le long de la côte est depuis le Labrador jusqu'au New Jersey, et le H. hirta (Schrank) Borbás ssp. arctica G. Weim., présent dans la plus grande partie du continent au nord du 40e parallèle.

Écologie

Le foin d'odeur pousse normalement dans les prairies, dans les prés humides, le long des rivages et dans les marais salés, généralement parmi d'autres plantes herbacées ou arbustives. Dans l'est du Canada, l'espèce tend à se répandre au bord des routes, là où l'eau de ruissellement est chargée de sel de déglaçage.

Usages médicinaux

Les infusions de foin d'odeur étaient utilisés par les Indiens des Plaines pour traiter diverses affections, dont la toux et les maux de gorge, les infections vénériennes, les saignements consécutifs à l'accouchement, la peau gercée ou asséchée par le vent et les irritations oculaires. Cependant, les principales vertus du foin d'odeur tiennent à ce qu'il apporte la guérison spirituelle.

Les populations autochtones ont longtemps considéré le foin d'odeur comme l'une des principales plantes sacrées (les autres sont les armoises, le thuya, le sapin subalpin, le genévrier, le tabac et le maïs). Il s'agissait de la principale plante sacrée chez les Indiens des Plaines qui occupaient la région située entre le Mississippi et les Rocheuses, aux États-Unis, et entre les Rocheuses et le Manitoba, dans le sud du Canada. Le foin d'odeur est l'une des plantes qu'on retrouve régulièrement dans les « bourses sacrées » qui étaient généralement accrochées autour du cou et qui apportaient une protection spirituelle aux personnes qui les portaient. C'était souvent aux Aînés qu'il incombait de fournir les plantes qui étaient placées dans les bourses sacrées, et le foin d'odeur leur était souvent offert comme marque de respect.

Cette plante est un symbole de la spiritualité autochtone, un hommage au Créateur ou au Grand Esprit, et une arme contre les esprits maléfiques. Souvent, le foin d'odeur est tressé et brûlé, traditionnellement le matin et le soir, dans des cérémonies individuelles ou de groupe, comme des pow wow et des célébrations diverses.

Il est également brûlé comme encens (seul ou mélangé) pour produire une fumée sacrée, la plante fumante étant passée d'une personne à une autre en guise de rite de purification et de symbole d'unité. Les Aînés peuvent également tenir une cérémonie du calumet au cours de laquelle les participants fument du tabac (commercial ou d'autres plantes) en se passant une tresse fumante de foin d'odeur. Il faut sans cesse éventer la tresse pour la maintenir allumée.

Toxicité

La coumarine présente dans le foin d'odeur est un aromatisant (p. ex. dans la plante culinaire appelée aspérule odorante, Galium odoratum (L.) Scop.), mais elle est toxique, ayant causé des lésions hépatiques, des retards de croissance, des cancers et une atrophie des testicules chez des animaux de laboratoire. Le bétail aurait eu des réactions toxiques après avoir ingéré de grandes quantités de plantes contenant de la coumarine dans les pâturages.

Aux États-Unis, la coumarine est autorisée comme aromatisant dans les boissons alcoolisées, mais elle est interdite dans les aliments. Étant donné que les humains ne consomment pas beaucoup de foin d'odeur, le risque de toxicité est limité. En outre, la toxicité pour la bétail ne semble pas soulever de grandes inquiétudes.

Composition chimique

L'odeur du foin d'odeur est due à la coumarine.

Usages non médicinaux

La description de l'image suit.
Hierochloë odorata
(foin d'odeur)

Le foin d'odeur est très utilisé par les Amérindiens pour le tissage et la fabrication de paniers. Comme les feuilles de la tige fertile sont trop courtes, ce sont les longues feuilles végétatives qui sont récoltées, une par une, de la mi-juillet à septembre; les meilleures feuilles sont apparemment celles qui sont cueillies en milieu de saison. Les feuilles séchées, à la fois souples et résistantes, sont employées pour fabriquer des articles d'artisanat principalement destinés aux touristes. Ces paniers, bols, plateaux et carpettes à odeur agréable constituent un produit traditionnel typique des autochtones. Il faut cependant noter que les articles vendus par les Amérindiens à l'extérieur des régions où pousse le H. odorata peuvent très bien avoir été fabriqués avec d'autres graminées localement appelées « foin d'odeur ».

De même, dans le sud du Québec, une espèce introduite d'Europe, la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), est également utilisée par les autochtones pour faire des paniers. On sait par ailleurs que le H. odorata cultivé peut donner des feuilles plus grandes et de meilleure qualité pour le tissage que les sujets sauvages. Enfin, dans certaines régions, l'artisanat local est menacé depuis quelque temps par l'urbanisation et par la destruction de l'habitat des plantes nécessaires à cette industrie.

L'huile essentielle du foin d'odeur est utilisée en parfumerie. Les feuilles séchées ont été employées pour donner une bonne odeur aux oreillers et aux vêtements. Lors du séchage, l'odeur de vanille produite par la coumarine devient plus intense. Cette odeur peut même passer inaperçue chez les plantes fraîches. Si le séchage est bien fait, la plante peut conserver son odeur agréable jusqu'à trois ans, et certains prétendent que l'odeur peut se maintenir indéfiniment.

La coumarine a aussi pour effet de rendre la plante amère, ce qui en décourage l'utilisation comme fourrage. Cependant, bien que le foin d'odeur ne soit pas aussi appétent que d'autres graminées, les bovins le consomment assez volontiers, et l'odeur n'est pas transmise au lait. Chose certaine, certaines personnes aiment le goût de la plante. Les feuilles sont parfois placées dans les bouteilles de vodka pour aromatiser ce produit, et des sachets de foin d'odeur se sont déjà vendus aux États-Unis à cette fin. Un extrait de la plante a déjà été utilisé en Europe pour aromatiser les bonbons, les boissons gazeuses et le tabac.

Les rhizomes traçants du foin d'odeur ont une capacité d'envahissement qui rend cette plante très utile pour la stabilisation des sols. Comme l'espèce tolère bien les milieux saturés en eau, elle est particulièrement efficace contre l'érosion hydrique. Le fait que la plante soit relativement basse peut également être un avantage si un effet esthétique est recherché, puisque les graminées hautes doivent souvent être tondues.

Les graines n'assurent pas une multiplication suffisante pour la stabilisation des sols, puisque la plante produit peu de graines. On a donc effectué des essais de multiplication au moyen des rhizomes (tiges souterraines) et des stolons (tiges rampant à la surface du sol). Les résultats obtenus jusqu'à présent semblent indiquer que l'espèce est une des meilleures plantes stabilisatrices pour les milieux humides et modérément salés, comme les accotements. La multiplication végétative de la plante permet aussi d'éviter les problèmes liés à l'égrenage sur pied et à la difficulté d'établissement des semis.

Culture et potentiel commercial

Le foin d'odeur pourrait être cultivé davantage, pour stabiliser les sols et pour soutenir le mode de vie et l'artisanat autochtones. Le plante croît de façon optimale dans les sols fertiles enrichis d'humus, en milieu humide ou saturé d'eau, en plein soleil ou sous ombre partielle. Un auteur recommande s'ajouter un peu de sel (NaCl) au sol, puisque la plante pousse à proximité des eaux saumâtres comme des eaux douces. La croissance des rhizomes permet aux plants de couvrir rapidement de grandes étendues. Ainsi, une motte d'un pouce peut former en un an une masse dense de 10 pieds carrés et couvrir en deux ans plus de 50 pieds carrés.

Mythes, légendes et anecdotes

Comme les herbes aromatiques sont utilisées dans un contexte sacré depuis des millénaires, il n'est pas étonnant que les chrétiens d'Europe et les autochtones d'Amérique du Nord aient les uns et les autres commencé, chacun de leur côté, à employer le foin d'odeur à des fins religieuses.

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