Cimicifuga racemosa (L.) Nutt. (Cimicaire à grappes)

Le mot Cimicifuga vient des mots latins cimex, pou, et fugere, chasser. L'espèce européenne C. europaea (parfois appelée à tort C. foetida) a une odeur forte qui s'est avérée efficace pour éloigner la vermine.

Cimicifuga racemosa (L.) Nutt. (Cimicaire à grappes)

Noms français

Cimicaire à grappes, actée à grappes. L'espèce européenne est parfois appelée « cimifuge » ou « chasse-punaises », ce qui signifie essentiellement la même chose.

Noms anglais

Black cohosh, black snakeroot (moins souvent : fairy candles, rattleweed, rattleroot, bugbane, bugwort, squaw root).

Le mot « cohosh » vient d'un mot algonquin signifiant « rugueux » et fait référence à la surface du rhizome. Le nom s'applique aussi au caulophylle (blue cohosh), également traité dans le présent livre. Le nom « snakeroot » s'applique quant à lui à plusieurs autres plantes utilisées pour soigner les morsures de serpent : le Polygala senega L. (également traité dans ce livre) ainsi que deux espèces poussant au sud de la frontière canadienne, l'Aristolochia serpentaria L., de la famille des aristolochiacées, et le Psoralea psoralioides (Walt.) Cory, de la famille des fabacées.

Morphologie

Belle plante herbacée vivace, haute de 1 à 2,6 m, à feuilles composées bordées de dents pointues. Entre le milieu et la fin de l'été apparaissent de longues inflorescences effilées et plumeuses (atteignant parfois un mètre de longueur), dont les petites fleurs blanches parfumées s'ouvrent successivement à partir de la base. La couleur blanche des fleurs est principalement attribuable aux étamines, car les pétales sont minuscules et les sépales tombent dès l'ouverture du bouton. Le rhizome est gros, noirâtre, cylindrique et noueux, conservant chez les vieux spécimens les restes de nombreuses tiges.

Les racines prennent naissance à la surface inférieure du rhizome. (Notons en passant que le mot « racine » est souvent employé par les non-botanistes pour désigner toute partie souterraine d'une plante. Le rhizome est une tige souterraine où prennent naissance les racines et n'est pas une racine véritable. Ainsi, dans la plupart des textes en anglais sur la cimicaire, le mot root désigne en fait le rhizome, principale partie médicinale de la plante.). La feuille de la cimicaire à grappes ressemble à celle des actées (Actaea spp.), mais elle est dépourvue de longues dents apicales. La longue inflorescence penchée (plus de 10 cm de longueur) de la cimicaire et le fait que son fruit est un follicule (et non une baie), permettent également de distinguer la cimicaire des actées.

Classification et répartition

Le genre Cimicifuga comprend environ 15 espèces, toutes de la zone tempérée septentrionale. Compton et al. (1998) incluent ces espèces dans le genre Actaea, et le Cimicifuga racemosa devient en pareil cas l'Actaea racemosa L. Le C. racemosa est indigène de l'est de l'Amérique du Nord, poussant à la fois aux États-Unis et au Canada. Au Canada, l'espèce ne pousse à l'état indigène que dans une petite partie de la zone carolinienne de l'Ontario, mais elle est cultivée à l'extérieur de cette zone et s'échappe parfois de culture. La plante est considérée comme rare au Canada.

Cinq autres espèces de Cimicifuga sont présentes en Amérique du Nord. Le C. americana Michx. est également utilisé à des fins médicinales, mais à un degré moindre. Il pousse principalement dans les Appalaches, au sud de la frontière canadienne. Ses carpelles sont pédonculés et au nombre de 3 à 8 par fleur, alors que ceux du C. racemosa sont sessiles et au nombre de 1 à 3 par fleur. Une autre espèce, la cimicaire élevée (C. elata Nutt.), possède généralement neuf folioles par feuille, alors que le C. racemosa en compte plus de neuf; c'est la seule espèce de Cimicifuga, outre le C. racemosa, à être présente au Canada; son aire s'étend du sud-ouest de la Colombie-Britannique au nord-ouest de l'Oregon.

Le C. racemosa comprend une forme dissecta (Gray) Fern., présente uniquement au Delaware, dont les feuilles sont profondément incisées. Compton et. al. (1998) appellent cette plante Actaea racemosa var. dissecta (Gray) J. Compton. Par ailleurs, la variété cordifolia (Pursh) Gray, à grandes folioles souvent cordées, longues de 10 à 25 cm, pousse dans les montagnes de la Virginie, de la Caroline du Nord et du Tennessee. Ces deux taxons sont très rares, et leur situation mériterait d'être étudiée.

Carte de répartition

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Le Cimicifuga racemosa est indigène de l'est de l'Amérique du Nord, poussant à la fois aux États-Unis et au Canada. Au Canada, l'espèce ne pousse à l'état indigène que dans une petite partie de la zone carolinienne de l'Ontario, mais elle est cultivée à l'extérieur de cette zone et s'échappe parfois de culture

Écologie

La cimicaire à grappes est une plante des forêts décidues humides à sèches, et on la rencontre particulièrement sur les versants boisés et riches. Elle semble bien adaptée aux clairières partiellement ombragées et aux fourrés rocheux. La plante pousse de matière optimale sous ombre partielle, dans un sol humide renfermant beaucoup de matière organique, à pH de 5,0 à 6,0. Les sujets issus de graine peuvent ne fleurir que la troisième ou quatrième année.

Usages médicinaux

La cimicaire à grappes est l'une des plantes médicinales les plus importantes. Les rhizomes et les racines, qui contiennent le principe actif, sont recueillis à l'automne quand les fruits ont mûri et les feuilles ont séché. Le rhizome a une odeur légèrement désagréable et un goût amer âcre. Cette plante a été largement utilisée par les Amérindiens qui faisaient bouillir le rhizome dans l'eau et buvaient cette décoction. En plus d'être abondamment utilisée pour traiter les malaises féminins, la cimicaire était employée par les autochtones pour traiter le rhumatisme, l'asthénie, le mal de gorge et divers autres troubles. Les premiers colons faisaient macérer le rhizome entier dans du whisky et utilisaient cette boisson comme remède contre le rhumatisme.

Par la suite, les Européens ont utilisé la cimicaire pour traiter de nombreuses affections dont la diarrhée, la bronchite, la rougeole, la coqueluche, la tuberculose, l'hypertension, la migraine, la névralgie, l'arthrite et le rhumatisme.

À l'heure actuelle, la cimicaire est recommandée pour traiter la dépression et les acouphènes (bourdonnements d'oreilles), mais est davantage reconnue comme « plante des femmes » à cause de son utilité dans le soulagement des crampes menstruelles. Cette plante est un remède traditionnel pour les problèmes menstruels et est aussi utilisée pour faciliter le travail et l'accouchement. Certains prétendent qu'elle pourrait être une alternative efficace à l'hormonothérapie substitutive pour le soulagement de certains symptômes de la ménopause, en particulier lorsque la prise d'hormones est contre-indiquée en raison d'antécédents de fibrome utérin, de cancer du sein fibro-kystique, etc.

Les extraits de cimicaire atténuent les bouffées de chaleur chez les femmes ménopausées en inhibant la sécrétion de l'hormone lutéinisante. Les chercheurs ont laissé entendre qu'elle aurait des propriétés sédatives et anti-inflammatoires, ce qui justifierait son usage dans le traitement de l'arthrite et de la névralgie. L'évaluation médicale des autres usages de la cimicaire à grappes a abouti à des conclusions controversées. D'aucuns considèrent qu'elle permet de soulager les douleurs d'origine neurologique et musculaire parce qu'elle abaisse la pression sanguine et dilate les vaisseaux.

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Cimicifuga racemosa
(cimicaire à grappes)

Toxicité

Une surdose de cimicaire peut provoquer des maux de tête intenses, des nausées, des vomissements, un ralentissement du pouls, des étourdissements et des troubles visuels. Parmi les autres complications possibles, on peut mentionner les troubles de la coagulation sanguine, les troubles hépatiques et la promotion des tumeurs mammaires. Il est fortement recommandé d'éviter de consommer de la cimicaire pendant la grossesse parce qu'elle peut induire une fausse couche (en effet, elle a déjà été administrée pour intensifier les contractions utérines pendant le travail).

Elle est également contre-indiquée chez les femmes à qui l'on a recommandé de ne pas prendre de contraceptifs oraux et chez les personnes atteintes de troubles cardiaques. Le traitement avec une plante médicinale aussi puissante que la cimicaire doit avoir une durée limitée et être entrepris sous la surveillance d'un médecin expérimenté.

La cimicaire figure dans le document de 1995 de Santé Canada parmi les plantes qui sont jugées inacceptables comme ingrédients de médicaments en vente libre pour usage humain.

Composition chimique

La cimicaire à grappes contient des glucosides triterpéniques, de la résine, des salicylates, de l'acide isofénulique, des stérols et des alcaloïdes. Les salicylates sont les précurseurs de l'aspirine, et leur présence dans la cimicaire explique pourquoi cette plante était utilisée dans le passé pour traiter les maux de tête.

Usages non médicinaux

La cimicaire est une très belle plante ornementale qui convient aux endroits très ombragés. D'ailleurs, les pépinières en conservent souvent à cette fin. La belle hauteur et les grandes feuilles de la cimicaire en font une excellente plante d'arrière-plan. On a créé toute une gamme de cultivars ornementaux.

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Cimicifuga racemosa
(cimicaire à grappes)

Culture et potentiel commercial

Au Canada, la cimicaire à grappes entre dans la composition de 29 produits pharmaceutiques, fabriqués uniquement à partir de plantes sauvages provenant surtout des monts Blue Ridge, dans les Appalaches américaines. L'emploi de la plante est répandu dans certains régions d'Europe et d'Australie, où plusieurs millions de doses de Remifemin, préparation de cimicaire, ont été prises au cours des dernières années.

La cimicaire peut être cultivée de la même manière que les autres plantes médicinales forestières sciophiles à croissance lente, comme le ginseng et l'hydraste. Elle présente donc un potentiel intéressant pour la diversification des cultures. Les populations canadiennes de la cimicaire à grappes se trouvent à la limite nord de l'aire naturelle de l'espèce. À ce titre, elles méritent une protection comme source de matériel génétique pour le développement futur de la culture au Canada.

Mythes, légendes et anecdotes

La cimicaire à grappes était un des ingrédients du Lydia Pinkham's Vegetable Compound, ou « composé végétal de Lydia Pinkham » . Cette panacée d'antan servait à soulager la « neurasthénie » et l' « hystérie » des femmes (douleurs et plaintes associées aux menstruations). On ne s'est pas demandé s'il fallait aussi guérir l' « hystérie masculine ». Le composé de madame Pinkham a même fait l'objet de quelques vers en anglais, qui se traduisent à peu près ainsi :

La veuve Brown n'avait pas d'enfants
Bien qu'elle les aimât tendrement.
Lorsqu'elle eut pris du Composé,
Elle en eut deux fois par année.

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