Indicateur de la capacité d'habitat faunique des terres agricoles

L'indicateur de la capacité d'habitat faunique des terres agricoles rend compte de la disponibilité de milieux propices aux populations de vertébrés terrestres dans les terres agricoles canadiennes, de 1986 à 2011. L'objectif principal concernant cet indicateur est que la plupart des paysages agricoles exploités disposent d'une capacité d'habitat stable ou améliorée, pour éviter que l'habitat se dégrade encore sensiblement.

Que sont les indicateurs agroenvironnementaux?

Les indicateurs agroenvironnementaux (IAE) mesurent les conditions, risques et changements environnementaux attribuables à l'agriculture et jaugent les pratiques de gestion que les producteurs mettent en œuvre pour atténuer ces risques. Ils contribuent à expliquer :

  • la performance du secteur agricole;
  • les raisons de cette performance;
  • le degré de satisfaction à l'égard de la performance;
  • l'évolution probable de la performance.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) réunit et analyse les données et présente des rapports sur les IAE depuis 1993, mais le Ministère utilise les données depuis au moins 1981. L'indicateur de la capacité d'habitat faunique des terres agricoles est l'un des indicateurs nationaux que suit AAC.

État et tendance d'ensemble

Au cours des quinze dernières années, la plupart (85 %) des terres agricoles du Canada ont maintenu leur capacité d'habitat faunique, et une petite partie (1 %) l'ont augmentée. Au cours de cette période, cependant, la capacité d'habitat faunique a diminué dans 14 % des terres agricoles. Cette diminution est principalement attribuable à la perte de couverture végétale naturelle et semi-naturelle, ainsi qu'à la conversion de terres vouées au pâturage et à la culture de plantes fourragères en terres affectées aux cultures annuelles, après le recul de la production d'animaux d'élevage, notamment depuis 2006. La diminution s'est surtout produite dans la région des plaines à forêts mixtes de l'est du Canada. Les Prairies, qui comptent la plupart des terres agricoles du Canada, ont connu quelques diminutions ponctuelles, mais leur capacité à offrir un habitat faunique est demeurée assez stable.

La carte interactive qui suit permet d'agrandir et d'explorer différentes régions. À noter que beaucoup de terres agricoles au Canada ont une très faible capacité d'habitat faunique, particulièrement dans les Prairies et dans les écorégions ontariennes des basses-terres du lac Érié et de Manitoulin-Lac Simcoe. En revanche, dans l'est du Québec et dans les Maritimes, il y a des zones de capacité moyenne et élevée, sauf à l'Île-du-Prince-Édouard, où la capacité est faible ou très faible.

Outre les valeurs de 2011, il est possible de visualiser les changements au fil du temps en cliquant sur le bouton de lecture. Depuis 1986, il y a eu une diminution importante de la capacité d'habitat faunique des terres agricoles, surtout dans l'écozone des plaines à forêts mixtes de l'Ontario et du Québec.

Figure 1 : Capacité d'habitat faunique des terres agricoles pour la reproduction et l'alimentation des vertébrés terrestres, 2011

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Utilisez la carte interactive de la figure 2 pour visualiser l'évolution de la capacité faunique des terres agricoles entre 1986 et 2011. Il est clair que la diminution de la capacité est plus importante dans les plaines des forêts mixtes de l'Ontario et du Québec et que, dans les Prairies, la capacité est demeurée assez stable.

Figure 2 : Évolution de la capacité d'habitat faunique, 1986 à 2011

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Indice de performance de l'habitat faunique dans les terres agricoles

L'état et la tendance de l'indicateur d'habitat faunique dans les terres agricoles se reflètent dans l'indice de performance ci-dessous.

Figure 3 : Indice de l'habitat faunique dans les terres agricoles
La description de cette image suit.
Description - Figure 3
Année Valeur de l'indice
1986 40
1991 39
1996 40
2001 38
2006 37
2011 36

En 2011, l'état de l'environnement était « médiocre » du point de vue de la capacité d'habitat faunique des terres agricoles du Canada. Entre 1986 et 1996, l'habitat faunique dans les terres agricoles canadiennes est demeuré stable à 97 %, mais la capacité a diminué entre 1996 et 2011, comme le montre la baisse de l'indice. Au cours de 15 dernières années, la plupart (85 %) des terres agricoles du Canada ont maintenu leur capacité d'habitat faunique, et une faible proportion (1 %) ont connu une augmentation. Cependant, 14 % du territoire agricole a vu sa capacité diminuer pendant cette période; une diminution tant de la disponibilité que de la qualité des habitats. Cette diminution est principalement attribuable à la perte de terres naturelles et semi-naturelles ainsi qu'à l'intensification de l'agriculture. Dans certaines régions, notamment dans l'écozone des plaines de forêts mixtes, la perte de fourrages vivaces et de pâturages est le principal facteur de la réduction de la capacité d'habitat faunique. Il est important de signaler que l'état « souhaitable » ou même « bon » est probablement impossible à atteindre pour cet indicateur, en raison, en particulier, du peu d'aptitude des cultures annuelles à fournir un habitat faunique. Avec la demande croissante d'aliments, il se pourrait qu'il faille utiliser plus de terres pour la culture, faisant perdre davantage d'habitat.

L'indice groupe et généralise les tendances, et il doit donc être considéré comme un outil stratégique donnant un aperçu général de l'état et de la tendance au fil du temps.

Calcul de l'indice de performance

Tendances particulières

Diminution de la capacité d'habitat dans l'est du Canada

C'est dans l'est du Canada que la capacité d'habitat a le plus diminué, notamment depuis 15 ans. Vous pouvez visualiser cette tendance dans la carte interactive présentée ci-dessous.

Figure 4 : Évolution de la capacité d'habitat faunique dans l'est du Canada en 1986, 1996 et 2011
1986 1996 2011

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Raisons expliquant la tendance

Dans l'est du Canada, la diminution de la capacité d'habitat faunique s'explique surtout par les grands changements dans la répartition des cultures, avec d'importantes mutations des terres, des pâturages et des fourrages vers des cultures annuelles au cours de la période à l'étude. Une grande partie des changements sont survenus après 2006, en raison du recul de la production de bovins de boucherie. On note des tendances similaires pour les mêmes raisons dans certaines régions des Maritimes, particulièrement à l'Île-du-Prince-Édouard. Le graphique ci-dessous montre l'importance des pâturages – notamment des pâturages non améliorés – pour la reproduction et l'alimentation. La catégorie « toutes les autres terres » du Recensement de l'agriculture qui comprend les terrains boisés, les milieux humides et toutes les autres terres agricoles qui ne figurent pas dans la liste qui suit, comme les cours ou les jardins des fermes.

Figure 5 : Nombre d'espèces sauvages utilisant chaque type de couverture végétale des terres agricoles du Canada pour la reproduction et l'alimentation
La description de cette image suit.
Description - Figure 5
Type de couverture végétale Nombre d'espèces sauvages utilisant chaque type de couverture végétale pour l'alimentation Alimentation Nombre d'espèces sauvages utilisant chaque type de couverture végétale pour la reproduction
Céréales 127 19
Céréales d'hiver 93 14
Oléagineux 56 10
Maïs 77 9
Soja 41 8
Légumes 51 7
Petits fruits 86 31
Arbres fruitiers 117 62
Autres cultures 60 10
Légumineuses 45 7
Jachères 69 13
Foin cultivé 145 61
Pâturages améliorés 101 86
Pâturages non améliorés 263 193
Toutes les autres terres 552 517

La figure 6 montre l'évolution de l'intensité d'utilisation des terres agricoles mesurée par l'augmentation de la superficie totale cultivée (comparativement à toutes les autres utilisations de terres agricoles). Même si l'on constate une intensité accrue dans les Prairies, le principal facteur derrière ce changement est la diminution des terres en jachère – une pratique qui consiste à laisser les champs sans culture – lesquelles offrent très peu aux animaux sauvages pour la reproduction et l'alimentation (voir la figure 5). Une partie de la superficie est passée au foin cultivé et aux pâturages améliorés, qui ont une incidence positive sur l'indice d'habitat faunique de cette région. Dans l'est du Canada, l'évolution se caractérise généralement par l'abandon des fourrages et des pâturages au profit de cultures ayant un indice d'habitat faunique plus faible, comme le maïs, le soja et les pommes de terre.

Figure 6 : Évolution de l'intensité d'utilisation des terres agricoles entre 1981 et 2011, tel qu'illustré par le rapport entre la superficie des terres cultivées et la superficie totale des terres agricoles

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La tendance vers l'accroissement de la superficie consacrée à des cultures annuelles est aussi illustrée dans la figure ci-dessous, qui montre la variation par province entre 1981 et 2011. Même si, dans les provinces des Prairies, la superficie des terres consacrée à des cultures annuelles a diminué pendant la période, certaines régions des basses terres du Saint-Laurent dans l'est de l'Ontario et dans l'ouest du Québec, en particulier, ont connu d'importantes mutations, des pâturages et des fourrages vers des cultures annuelles (en Ontario, le pourcentage des terres consacrées à des cultures annuelles est passé de 59 % à 70 % et, au Québec, de 32 % à 53 %). Le changement s'est surtout fait après 2006, et reflète le recul de la production de bovins de boucherie. Des tendances similaires ont été constatées dans certaines régions des Maritimes, notamment à l'Île-du-Prince-Édouard, où le pourcentage de terres consacrées à des cultures annuelles est passé de 55 %, en 1981, à 62 %, en 2011. Pendant cette période, la superficie totale consacrée à la culture de pommes de terre, de canola et de soja est passée de 2 millions à 11 millions d'hectares.

Figure 7 : Tendances associées aux cultures annuelles, de 1981 à 2011
La description de cette image suit.
Description - Figure 7
Pourcentage des terres affectées à des cultures annuelles dans chaque province
1981 1986 1991 1996 2001 2006 2011
Colombie-Britannique 32 32 29 25 21 19 22
Alberta 73 74 72 69 63 61 64
Saskatchewan 90 91 90 88 85 79 78
Manitoba 83 83 80 79 75 72 76
Ontario 59 62 61 64 65 65 70
Québec 32 35 39 43 51 50 53
Nouveau-Brunswick 33 34 36 36 36 35 36
Nouvelle-Écosse 20 17 17 16 16 15 17
Île-du-Prince-Édouard 55 58 59 62 60 57 62
Terre-Neuve-et-Labrador 16 11 10 12 12 14 10

Pourquoi cet indicateur est important

Le paysage agricole diversifié du Canada fournit un habitat à près de 600 espèces d'oiseaux, de mammifères, de reptiles et d'amphibiens. L'essentiel des espèces fauniques (près de 90 %) associées aux terres agricoles dépendent des types de couverture végétale naturelle et semi-naturelle, comme les terrains boisés, les milieux humides ou les prairies, pour leur reproduction et leur alimentation. Seuls 3 % des espèces fauniques identifiées pourraient se reproduire et satisfaire leurs besoins alimentaires dans un habitat constitué uniquement de cultures annuelles. Ces chiffres montrent que l'existence de populations viables d'espèces animales sauvages dépend de la présence de couvertures végétales naturelles et semi-naturelles dans le paysage agricole canadien.

Comme l'agriculture est une industrie qui dépend des marchés et du prix des denrées, il peut être difficile de trouver l'équilibre entre productivité élevée et santé à long terme de l'écosystème agricole dans son entier. L'habitat faunique dans les terres agricoles peut être dégradé par la conversion de zones naturelles et semi-naturelles en champs cultivés, l'utilisation accrue de produits chimiques, le drainage des terres humides, l'élimination des brise-vent et des barrières naturelles pour permettre le passage de gros engins et, parfois, par l'augmentation de la densité du bétail. De tels changements peuvent entraîner la fragmentation des habitats et la perte de l'hétérogénéité du paysage.

L'agriculture profite des importants services écosystémiques que fournissent les espèces sauvages, dont la pollinisation des cultures et la lutte naturelle contre les ennemis des cultures. Fournir un habitat faunique dans les régions agricoles, par la création ou l'entretien de zones tampons, de terrains boisés ou de milieux humides, par exemple, peut apporter d'autres avantages, comme une meilleure qualité des sols et de l'eau ainsi qu'une efficacité accrue du cycle des nutriments et de la séquestration du carbone.

La mise en œuvre de pratiques de gestion agricoles bénéfiques peut atténuer la perte de milieux propices et permettre d'en créer de nouveaux.

Pratiques de gestion bénéfiques

Dans les Prairies, en particulier, les producteurs peuvent améliorer l'habitat faunique en réduisant les jachères et l'intensité du travail du sol, et en convertissant les cultures annuelles à des systèmes de culture de vivaces.

L'établissement d'un plan environnemental à la ferme aide les producteurs à comprendre les impacts que leurs activités agricoles peuvent avoir sur la faune et les informe des pratiques de gestion bénéfiques (PGB) qu'ils peuvent adopter pour atténuer les effets défavorables de ces activités. Voici des exemples de PGB : la gestion des zones riveraines et boisées; la conversion des terres cultivables peu productives à la couverture végétale permanente; la plantation ou le maintien de brise-vent et de haies; la récolte tardive du foin et la conservation des milieux humides, de zones tampons et des terres naturelles et semi-naturelles. Toutes ces pratiques sont susceptibles d'avoir des effets positifs considérables sur les espèces sauvages.

Certaines des espèces en péril ou en voie de disparition sont indigènes des prairies naturelles. Or, après que les prairies ont été mises en culture, il peut falloir des décennies ou des siècles pour qu'elles retrouvent leur état naturel. Le maintien des zones de prairie pour le pâturage et des pratiques de gestion favorisant le rétablissement de l'état naturel représentent une avenue économiquement viable d'obtenir un effet positif important sur la qualité de l'habitat dans les régions où se trouvent des prairies naturelles.

Calcul de l'indice de performance

L'indice de performance agroenvironnementale montre l'état de la performance environnementale et des tendances au fil du temps. Il est fondé sur une pondération du pourcentage de terres agricoles dans chaque catégorie d'indicateur, ce qui donne un indice variant de 0 (toutes les terres dans la catégorie la moins souhaitable) à 100 (toutes les terres dans la catégorie la plus souhaitable). L'équation est simple : (% dans la catégorie « médiocre » multiplié par 0,25) plus (% dans la catégorie « moyen » multiplié par 0,5) plus (% dans la catégorie « bon » multiplié par 0,75) plus (% dans la catégorie « souhaitable »). Comme le pourcentage des terres dans la catégorie « à risque » est multiplié par zéro, il n'est pas inclus dans l'algorithme.

Le tableau ci-dessous montre les catégories de l'indice. L'indice utilise la même palette à cinq couleurs que les cartes d'indicateurs, où le vert foncé représente un état souhaitable ou en santé et le rouge, l'état le moins souhaitable ou le moins en santé.

Calcul des indices de performance
Échelle Couleurs Catégorie
80-100 vert foncé Souhaitable
60-79 vert gai Bon
40-59 jaune Moyen
20-39 orange Médiocre
0-19 rouge À risque

L'indice groupe et généralise les tendances, et il doit donc être considéré comme un outil stratégique donnant une vue d'ensemble de l'état et de la tendance au fil du temps.

Indicateurs connexes

  • L'indicateur du degré de couverture des sols indique le nombre réel de jours dans l'année durant lesquels les sols agricoles sont couverts de végétation, de résidus de culture ou de neige. Combiné à l'indicateur de capacité d'habitat faunique, il donne un aperçu du potentiel de biodiversité sur les terres agricoles du Canada.

Autres ressources et documents téléchargeables

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