Érosion éolienne

L'érosion éolienne touche le plus fréquemment les sols dans les Prairies, mais le vent peut également entraîner des problèmes sur les sols sablonneux de l'Ontario et, durant l'hiver, sur les champs exposés de l'Île-du-Prince-Édouard. Les sols tourbeux peuvent également être touchés.

Il y a érosion éolienne lorsque des vents violents soufflent à la surface d'un sol lisse, exposé, aéré et sec. Selon la situation, la vitesse du vent nécessaire à l'érosion des sols minéraux varie entre 25 et 50 km/h mesurée à 30 cm au-dessus de la surface du sol. Les particules de sol d'un diamètre entre 0,1 et 0,5 mm sont les premières à être soufflées. La pression du vent les fait vibrer et, si leur fréquence de résonance est atteinte, elles sont emportées par l'écoulement du vent. La gravité ramène rapidement ces particules sur le sol mais, en attendant, elles ont acquis une énergie considérable grâce au vent et elles percutent la surface du sol en délogeant d'autres particules. Le processus porte le nom de saltation et évoque de très près une réaction de chaîne atomique. Une fois quelques particules de sol en mouvement, le processus d'érosion se propage très rapidement. Les petites particules de sol et les agrégats déplacés par ces collisions sont emportés par des tourbillons de vent, où ils forment des nuages de poussière qui peuvent être transportés sur des milliers de kilomètres. Les agrégats d'un diamètre entre 0,5 et 1 mm ne vont généralement pas très loin. Ils sont aplatis par l'impact des particules en saltation et la pression du vent. La saltation évoque de très près le sablage et peut être très dommageable pour le sol et les cultures en croissance.

L'érosion éolienne cesse lorsque le vent tombe, que toutes les particules lâches ont été éliminées ou que le sol mouillé, compacté ou gelé est exposé à la surface. Il est toutefois arrivé au Canada que le sol sur toute la profondeur de travail du sol ait été éliminé. Lorsque la vitesse du vent tombe, les particules de sol lâches se déposent à la surface du sol. Cela rend un champ particulièrement vulnérable à l'érosion, à moins qu'une averse de pluie n'entraîne son croûtage ou qu'une opération de travail du sol rende la surface plus rugueuse.

Les sols tourbeux, qui sont beaucoup moins denses que les sols minéraux, subissent beaucoup plus facilement l'érosion du vent. L'érosion éolienne des sols tourbeux n'a guère retenu l'attention au Canada, et l'ampleur du problème sur les sols agricoles n'a pas été établie. Les sols tourbeux sont fréquemment humides à la surface ou près de la surface, ce qui limite la quantité de matières qui peuvent être éliminées. Il n'en reste pas moins que les sols tourbeux peuvent être emportés par le vent, ce qui provoque des nuages de poussière spectaculaires et la dégradation de cette ressource précieuse.

Des vents suffisamment violents pour provoquer l'érosion éolienne sont un phénomène de l'existence dans de nombreuses régions agricoles du Canada. Dans la plupart des cas, il y a suffisamment de végétation et de paille pour empêcher l'érosion. Toutefois, le travail intensif du sol expose les sols, et la production de végétation peut être nettement réduite durant les périodes prolongées de sécheresse. Dans ces cas, si le sol est sec et lâche, il s'érode.

Toutes les formes d'érosion réduisent la productivité du sol en raison de la perte d'éléments nutritifs des végétaux, de la matière organique du sol, d'une réduction de la disponibilité d'eau pour la croissance des cultures et, en définitive, d'une limitation du volume de sol disponible pour la croissance des racines.

Le décapage des végétaux en croissance est un phénomène propre à l'érosion éolienne. Il entraîne des pertes de rendement et de qualité. Les végétaux ont une tolérance variable, les végétaux à petits grains étant relativement tolérants à l'abrasion résultant d'un phénomène d'érosion éolienne de 11 t/ha. Le maïs, le soja et la luzerne parvenue à maturité ont une tolérance modérée, les légumes ont une tolérance faible à très faible et les semis de luzerne et de betteraves à sucre ont une très faible tolérance à l'abrasion. Les semis sont en général les plus durement touchés par le décapage, et il se peut même que, dans certains cas, il faille réensemencer.

La lutte contre l'érosion éolienne est généralement fondée sur la protection offerte par les résidus de cultures ou les cultures en croissance; il faut en général environ 1 200 kg l'hectare (1 000 lb l'acre) de paille. Les résidus à petits grains sont plus efficaces que les résidus d'oléagineux et que la canne de maïs. Les résidus sur pied et ancrés ont quatre fois plus d'efficacité que les résidus plats pour lutter contre l'érosion. Les cultures en croissance contribuent efficacement à lutter contre l'érosion éolienne dès lors qu'il y a suffisamment de matière pour absorber la force du vent. Le semis direct à faible dérangement et la jachère chimique contribuent à maintenir un volume suffisant de résidus pour lutter contre l'érosion éolienne dans la plupart des situations.

Dans les cas où l'on a recours au travail intensif du sol, on peut utiliser des pratiques comme la culture en bandes, les brise-vent et les barrières annuelles pour lutter contre l'érosion. L'érosion commence à la périphérie des champs qui ont fait l'objet d'un travail intensif du sol, là où il y a des foyers de sols sablonneux, là où le vent est pris en entonnoir ou au sommet des crêtes ou des coteaux. Ces secteurs réclament une vigilance accrue pour lutter contre l'érosion éolienne. Il est conseillé de faire appel à un agronome local ou à un technicien en conservation pour concevoir et orienter la mise en œuvre d'un plan de conservation des sols afin de lutter contre l'érosion éolienne.