Multiplication

En multipliant les arbres et arbustes dont on dispose déjà, on évite d'avoir à en acheter de nouveaux. On peut aussi envisager la multiplication quand une espèce est difficile à obtenir. La multiplication par bouturage garantit en outre que le nouvel arbre sera identique au parent. C'est une option intéressante quand un sujet a des caractéristiques particulièrement intéressantes. Pour bien des gens, la production de leurs propres plants est une activité à la fois stimulante et satisfaisante.

Les méthodes employées pour multiplier les arbres et arbustes sont :

Multiplication par la graine

La production de semis d'arbres et d'arbustes à la maison est semblable à celle de semis destinés au jardin : dans les deux cas, les plantules sont fragiles et exigent beaucoup de soins. La croissance est lente, mais, avec les soins appropriés, les semis atteindront en quelques années une taille suffisante pour embellir la propriété ou être vendus.

Obtention des semences

La première étape de la production de semis consiste à obtenir des semences de bonne qualité. Peu importe qu'elles soient achetées ou prélevées, il est primordial qu'elles proviennent d'une localité dont le climat et la latitude sont semblables à ceux de la localité à laquelle les semis sont destinés.

Si on préleve ses propres semences, il faut privilégier celles qui proviennent de sujets supérieurs, notamment quant à leur résistance aux maladies, à leur rusticité et à leur forme. Prélever les semences lorsqu'elles sont mûres (voir le tableau ci-joint), puis les étiqueter en indiquant l'espèce, la provenance et la date de prélèvement.

Les semences d'arbres et d'arbustes ont des exigences particulières de traitement, qui dépendent du type de semence. Les cônes des conifères sont prélevés avant la dispersion des graines et doivent être étalés en couche mince, dans une pièce tiède et bien aérée, jusqu'à l'ouverture des écailles. Ensuite, on rassemble les cônes et on les secoue afin d'en faire sortir les graines.

Dans le cas de fruits charnus, comme ceux du cerisier de Virginie et des amélanchiers, on cueille les fruits à la main, ou on secoue l'arbre ou l'arbuste pour les faire tomber. Pour extraire les semences, on réduit les fruits en purée, et on fait tremper cette purée pour en séparer les noyaux qui flottent à la surface. On peut aussi faire macérer de petites quantités de fruits dans un mélangeur. On peut ensuite verser l'eau et la pulpe, en conservant au fond du mélangeur les semences saines qui s'y sont déposées.

Dans le cas de fruits secs, comme ceux du caragana ou du lilas, il suffit d'étendre les fruits sur une table, dans une pièce tiède et bien aérée. Les fruits finiront par éclater et libérer leurs graines, qu'on pourra séparer en passant les débris dans un tamis.

Germination des semences

Lorsqu'une semence d'arbre ou d'arbuste ne germe pas immédiatement après être arrivée à maturité, on dit qu'elle est « dormante ». La dormance est un mécanisme de protection servant à empêcher que les semences, en germant trop vite, soient détruites par le froid hivernal. Dans la nature, la dormance est levée par des changements de température et d'humidité ou par un passage dans le système digestif d'oiseaux ou d'autres animaux. Le niveau et le type de dormance varient selon les espèces.

Les graines mûres d'orme, de peuplier, de caragana et de pin sylvestre entrent rarement en dormance et germent immédiatement. Inversement, les graines de frêne, de cerisier de Virginie, d'érable et d'épinette blanche ont une dormance embryonnaire, et leur germination exige une période d'exposition au froid appelée « stratification ». Le tableau ci-après décrit les exigences de stratification des semences des arbres et arbustes couramment cultivés dans les Prairies.

On peut lever la dormance des graines de nombreuses espèces en les semant en automne, immédiatement après les avoir récoltées. L'ensemencement automnal permet de profiter du froid hivernal pour satisfaire aux exigences de stratification. Les semences germeront le printemps suivant, quand la température se réchauffera.

Lorsqu'il est préférable de semer à l'extérieur au printemps ou à l'intérieur dans des pots, il faut exposer les semences qui germent difficilement à une stratification dans un milieu particulier, par exemple dans du sable humide à 5 °Celcius (C), pour une durée variant selon l'espèce. Il faut d'abord stériliser le milieu de stratification dans un four à 80 °C, pendant quelques heures, afin d'empêcher le développement de moisissures.

Rafraîchir ensuite le sable, puis ajouter de l'eau à raison de 10 % du poids sec. Mélanger le sable humide et les semences; le volume de sable devrait être égal à 5 fois celui des semences. Placer le mélange dans un contenant hermétique et entreposer à 5 °C (un réfrigérateur domestique convient) pendant un certain temps (voir le tableau).

Il convient de vérifier fréquemment les semences au cours de la stratification, afin de s'assurer que le sable n'est pas trop sec, que les semences poussent et qu'il n'y a pas de moisissures.

Préparation du lit de germination

Il est essentiel de bien préparer le lit de germination, afin que les semis s'établissent avec succès. Le lit de germination doit être constitué d'un loam sableux bien drainé. Pour faciliter le drainage, on aménage souvent des rigoles en bordure du lit, ou on soulève le lit en retenant la terre au moyen de panneaux latéraux. Il est possible de combler le besoin d'ombre des conifères durant leur première saison de croissance en érigeant des panneaux latéraux puis en recouvrant d'une clôture à neige.

Habituellement, les arbres et arbustes feuillus n'ont pas besoin d'ombre. La superfice du du lit de germination peut varier. En règle générale, un lit de 1 mètre (m) × 3 m sufft pour environ 1500 semis.

Ensemencement

Les graines de conifères peuvent être semées à la volée ou en rangs, mais l'ensemencement en rangs facilite ensuite l'entretien. Si on sème à la main, il faut creuser des tranchées peu profondes, larges de 2 centimètres (cm), avec un espacement de 15 cm entre les tranchées. On sème environ 150 graines par mètre, puis on recouvre d'une épaisseur de terre ou de sable fin équivalant à 2 ou 3 fois le diamètre des graines.

Après avoir semé, il faut s'assurer que le lit de germination reste humide et ombragé jusqu'à la germination. Les semis peuvent demeurer dans leur lit de germination pendant 2 années avant d'être repiqués dans un endroit plus grand.

Les graines de feuillus peuvent également être semées à la volée ou en rangs. On sème environ 90 graines par mètre, à une profondeur équivalant à environ 3 fois le diamètre des graines. L'irrigation stimule la germination et accélère la croissance. Habituellement, il faut 2 ans aux semis pour atteindre une taille leur permettant d'être repiqués dans leur emplacement permanent.

Calendrier de production d'arbres et arbustes à partir de semences
Date de stratification pour+
Espèce Date de cueillette des semences Période de stratification requise pour un ensemencement au printemps Date d'ensemencement sans stratification+
* Les espèces portant la mention « difficile » exigent une longue stratification à diverses températures ou un trempage dans une solution acide.
+ Température de stratification de 5 °C.
Conifères
Épinette du Colorado Mi-septembre Non requise Mai
Épinette blanche Septembre 90 jours Septembre
Pin sylvestre Septembre Non requise Mai
Mélèze de Sibérie Début à mi-septembre 90 jours Septembre
Feuillus
Orme d'Amérique Début à mi-juin Non requise Juin
Érable ginnala Mi-septembre Difficile* Septembre
Rosier asiatique Fin septembre 120 jours Septembre
Shépherdie argentée Fin septembre 90 jours Septembre
Chêne à gros fruits Début septembre Non requise Septembre
Caragana Août Non requise Mai
Cerisier de Virginie Fin août à début septembre 90 jours Septembre
Cotonéaster Septembre Difficile Lorsque la semence est à maturité
Viorne trilobée (pimbina) Mi-septembre Difficile Août
Cornouiller Juillet à septembre 60 jours Octobre
Frêne rouge Fin septembre 90 jours Septembre
Chèvrefeuille Fin juillet 30 jours Octobre
Aubépine (cenellier) Septembre Difficile Août
Érable à Giguère (érable négondo) Mi-septembre 90 jours Septembre
Cerisier à grappes Fin juillet 90 jours Septembre
erisier de Mandchourie Fin juillet à début août 90 jours Septembre
Alisier Fin septembre Difficile Août
Prunier indigène Août à début septembre Difficile Septembre
Bouleau à papier Septembre 60 jours Octobre
Cerisier de Pennsylvanie Fin juillet à début août Difficile Août
Sureau rouge Fin juillet 90 jours Septembre
Olivier de Bohème Début octobre 30 jours Octobre
Amélanchier Juillet 120 jours Septembre
Argousier Début septembre 30 jours Octobre
Pommetier de Sibérie Fin septembre 30 days Septembre
Orme de Sibérie Début à mi-juin Non requise Juin
Symphorine Fin septembre à début octobre Difficile Août
Lilas velu Fin septembre 30 jours Octobre
Chalef argenté Fin septembre

Multiplication par boutures semi-ligneuses

Bien des espèces d'arbres et d'arbustes peuvent être multipliées au moyen de boutures semi-ligneuses prélevées en juin ou juillet, ou dès que les jeunes pousses sont assez longues (environ 13 cm). La jeune pousse est coupée à environ 2,5 cm sous le nouveau bois, et la bouture ainsi obtenue est placée dans un contenant d'eau jusqu'à ce qu'elle soit prête pour la mise en terre.

Les boutures peuvent être mises à raciner à l'intérieur ou à l'extérieur. Préparer un plateau de culture d'environ 13 cm de profondeur qui soit suffisamment petit pour une manutention facile. Remplir le plateau de sable fin tamisé ou de vermiculite. Niveler la terre à 1,25 cm du bord du récipient, puis saturer d'eau le plateau en entier.

Retirer les pousses de l'eau, enlever les feuilles des 7,5 cm inférieurs et couper la vieille partie ligneuse. La coupe doit être faite diagonalement, de manière à conserver un bout de vieille matière ligneuse joint à la nouvelle pousse. Planter la bouture avec une légère inclinaison, aussi profondément que possible, de manière à ce que les feuilles se trouvent au niveau du sable. Tasser le sable fermement et arroser. Maintenir le sable humide, mais non détrempé, jusqu'à la formation de racines, laquelle se produit habituellement en environ 3 à 4 semaines.

Une poudre de bouturage peut être utile dans le cas de certaines espèces. Plonger la base de la bouture dans la poudre et enlever l'excès en secouant doucement la bouture. On peut alors la mettre en terre.

Il faut préserver la fraîcheur des feuilles jusqu'à la production de racines. On obtient ce résultat en installant sur le plateau de culture une tente de polyéthylène soutenue par des tiges d'environ 30 cm de longueur. Le bord de la tente peut être agrafé au bord du plateau. Placer le plateau dans un endroit ombragé. Les conditions optimales pour la production de racines sont une humidité relative d'environ 70 % et une température de 21 °C.

Lorsque les plants ont produit des racines, il faut les retirer du sable et les repiquer dans de la bonne terre de jardin, dans des pots ou directement dans le jardin. Un peu d'ombrage est bénéfique, et un arrosage continu est essentiel. En automne, les plants doivent être recouverts de feuilles, de paille ou de tout matériau les protégeant du gel.

Au printemps, on découvre les plants. Ils peuvent alors être mis en terre à leur emplacement permanent ou poursuivre leur croissance pendant une autre année.

Les plants qui sont enracinés dans un mélange de sol et de sable peuvent être laissés dans le plateau de culture jusqu'au printemps suivant. Cependant, une fois l'enracinement terminé, la tente de polyéthylène peut être retirée. Les plants doivent être protégés pendant l'hiver de la manière décrite plus haut.

Production de peupliers et de saules à partir de boutures ligneuses

Prélèvement des boutures

Les boutures de peuplier et de saule doivent être prélevées sur des arbres dormants sains, vers la fin de l'hiver ou le début du printemps, avant l'ouverture des bourgeons. Les boutures doivent être constituées de l'extrémité de branches (croissance de l'été précédent). Elles peuvent mesurer 7,5 cm à 1 m, selon la grandeur de l'arbre sur lequel elles ont été prélevées et les conditions de croissance prévalant à cette époque.

Les boutures doivent mesurer environ 15 à 25 cm de longueur et comporter au moins 4 ou 5 bourgeons. Si les boutures sont prélevées au début de l'hiver, elles doivent être entreposées dans des sacs de plastique scellés et placés dans un amoncellement de neige du côté nord d'un bâtiment, jusqu'à leur leur mise en terre au printemps. Il est aussi possible d'entreposer les boutures dans une glacière où la température est maintenue sous le point de congélation.

La meilleure méthode consiste à prélever les boutures environ une semaine avant l'ouverture des bourgeons, à les placer dans un sac en plastique scellé et à les conserver au réfrigérateur à 5 °C jusqu'au dégel du sol, puis de les planter immédiatement.

Préparation avant la mise en terre

Dans le lieu de plantation, le sol doit être très meuble et travaillé en profondeur, de sorte que les boutures puissent y être enfouies verticalement sur toute leur longueur. Une parcelle de jardin bien travaillée est ce qui convient le mieux. Il semble que les boutures prennent racine beaucoup plus rapidement si elles ont trempé dans l'eau durant les 3 jours précédant leur plantation.

Il ne faut pas les laisser dans l'eau plus de 3 jours, car les petites racines qui se formeront alors se briseront lorsque la bouture sera mise en terre.

Durant le trempage des boutures, il faut s'assurer qu'elles demeurent entièrement immergées, sans flotter à la surface. La meilleure façon de s'en assurer consiste à réunir les boutures avec un élastique et de placer un poids sur le paquet.

Mise en terre

Les boutures peuvent maintenant être plantées au jardin. Chaque bouture doit être plantée à la main, verticalement, de sorte que la bouture soit entièrement enfouie et que son sommet affleure à la surface.

En plantant la bouture, il faut s'assurer d'orienter ses bourgeons vers le haut. Espacer les boutures d'environ 30 cm, afin de pouvoir ensuite les déterrer pour les planter à leur emplacement permanent. Il est possible de les planter immédiatement à leur emplacement permanent, mais il est habituellement plus facile de les entretenir, au cours de la première année, dans un jardin où elles peuvent être arrosées et débarrassées des mauvaises herbes.

Une fois les boutures enfouies, compacter le sol et arroser immédiatement. Par la suite, il faut arroser dès que le sol s'assèche, tout en évitant la saturation. Un sol saturé d'eau n'offre aucune aération, ce qui risque de tuer les boutures.

Remarque : ne pas planter de boutures dans un sol traité à la trifluraline.

Repiquage

Dans les conditions idéales, les boutures auront produit de très nombreuses racines au bout d'une année. Par conséquent, si elles ont été plantées temporairement au jardin, il faut les transplanter après leur première saison de croissance. Plus tard, il sera difficile de les transplanter sans endommager les nombreuses racines.

Les boutures racinées devraient être transplantées à leur nouvel emplacement tôt au printemps, avant le début de la croissance annuelle.

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