Cigales (31 de 46)

C. Les Cigales, des insectes fascinants (suite)

Les espèces de cigales représentées dans plus d’une région du monde sont marquées d’un astérisque (*).

10C. Les cigales périodiques (Magicicada)

Les Cigales périodiques (genre Magicicada, anciennement Tibicina) se reconnaissent facilement d'après les caractères suivants : yeux habituellement rouges, rarement blanc bleuté, contrastant avec la tête et le thorax, de couleur noir bleuté; face avec des crêtes parallèles au milieu; nervures des ailes antérieures orange; pattes et majeure partie de la face ventrale de l'abdomen orange à noires; tête aussi large que le thorax, avec les yeux proéminents; timbales dissimulées uniquement par les ailes; abdomen mâle paraissant gonflé, étroitement recouvert à la base par de courts opercules largement arrondis et presque contigus, dépassant de 3 mm la base des pattes postérieures; dernier segment abdominal mâle avec l'uncus petit, fourchu sur son bord inférieur, et la thèque garnie de disques doubles semi-circulaires dentés en scie au sommet. Le chant, peu puissant et de faible hauteur tonale, est entendu au printemps (mai et juin). Les larves se reconnaissent à leur corps aplati, brun pâle, avec les yeux plus foncés et, souvent, des marques noires sur le thorax.

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La couleur des yeux est variable chez les cigales périodiques. Ici, un individu aux yeux rouges de la forme courante et un individu d'une rare forme aux yeux blancs.

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Deux vues de l'extrémité de l'abdomen d'une cigale périodique (Magicicada sp.) mâle montrant la thèque (pièce chitinisée)

Le genre Magicicada est confiné à l'est de l'Amérique du Nord. Bien que différentes par la coloration, la taille, le chant, le comportement d'accouplement et l'habitat, toutes les espèces de Magicicada sont de toute évidence très étroitement apparentées. Des analyses des allozymes n'ont d'ailleurs révélé la présence d'aucun allèle unique à une espèce en particulier. Elles s'hybrident en nature, mais le phénomène est peu fréquent (1 %) et mène rarement à l'établissement de populations reproductrices. Des individus présentant des caractères hybrides sont parfois trouvés en nature.

Les spécialistes distinguent actuellement trois espèces de cigales périodiques, toutes de l'est de l'Amérique du Nord, mais jusqu'à sept espèces ont déjà été reconnues, soit trois espèces à cycle de vie de 17 ans, et trois (ou quatre) autres espèces identiques à cycle de 13 ans. On considère maintenant que les cigales à cycle de 13 ans ne sont pas des espèces distinctes mais plutôt des formes d'espèces à cycle de 17 ans dont le cycle s'est abrégé. Les cigales à cycle de 13 ans se rencontrent principalement dans la vallée du bas Mississipi, de l'Illinois à la Louisiane, et sur le piémont au sud de la Virginie.

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Cartes de l'est des États-Unis montrant la répartition des cigales à cycle de 13 ans (× 13) et les cigales à cycle de 17 ans (× 17)




Magicicada septendecim (L.), Cigale dix-sept ans

Adultes : Largeur de la tête : 7,5 à 8,5 mm; longueur totale (ailes repliées) : 3,5 à 4,2 cm. C'est notre plus grande cigale périodique. Le dessous du corps est orange clair à rougeâtre foncé, habituellement barré de noir, généralement orange chez les populations à cycle de 13 ans sous-espèces tredecim Walsh et Riley et neotredecim Marshall et Cooley) mais habituellement noir avec des bandes oranges, plus ou moins larges chez les populations à cycle de 17 ans (septendecim typique).

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Vue ventrale de deux cigales périodiques : Magicicada cassinii femelle (à gauche) et Magicicada septendecim mâle (à droite)

Chant : Le chant est généralement émis le matin. Il est constitué de deux notes creuses et de faible hauteur tonale d'une durée de 1 à 3 secondes, augmentant d'abord d'intensité pour ensuite décroître, comme dans le mot « pharaon ». Dans les régions où les populations de la sous-espèce neotredecim chevauchent celles de la sous-espèce tredecim, les chants d'appel des mâles (et les préférences des femelles à l'égard des chants des mâles) sont plus distincts que dans les régions où les populations vivent isolées les unes des autres. Dans cette zone de chevauchement (de l'Arkansas à l'Indiana), la hauteur tonale du chant est nettement plus élevée chez la sous-espèce neotredecim, légèrement plus basse chez la sous-espèce tredecim. Ce « déplacement de caractère » témoigne d'un début de spéciation qui pourrait s'être enclenché après qu'une population fondatrice isolée à cycle de 17 ans soit devenue une population à cycle de 13 ans et ait eu à faire face à la compétition d'autres populations à cycle de 13 ans durant sa dispersion vers le sud-est. Les déplacements de caractères sont rares entre sous-espèces d'une même espèce, mais fréquents chez les populations affichant une faible vagilité (comme les cigales périodiques).

Répartition : L'espèce est présente dans le forêts de l'est des États-Unis, de la Louisiane à la Géorgie, et au nord, jusque dans la région de Cape Cod, le nord de l'état de New York et le sud du Michigan et du Wisconsin et en Iowa. Elle est plus abondante en milieu montagneux que dans le fond des vallées. Récemment, sa présence a été signalée dans le sud de l'Ontario, Canada (Grand Bend). Une ancienne mention datant de 1885 atteste de sa présence à Montebello (Québec, Canada), le long de l'Outaouais, mais l'espèce n'y a pas été observée depuis. L'année 2005 (émergence X) représentait une excellente occasion de reconfirmer la présence de l'espèce. Cette population a probablement disparu. Le site est trop éloigné de la population connue la plus proche (Vermont), également probablement disparue, pour que l'individu observé à l'époque ait été un sujet errant. Comme aucune voie ferrée ne relie directement ce site aux États-Unis, l'hypothèse d'une introduction facilitée par le transport paraît peu probable.

La sous-espèce à cycle typique (17 ans) se rencontre généralement plus au nord et plus à l'ouest et à des altitudes plus élevées que la sous-espèce tredecim (cycle de 13 ans). Cette dernière est présente plus au sud à partir de la Caroline du Nord, du Tennessee et de l'Arkansas vers le sud et est également répandue dans tout l'Illinois et le Missouri, tandis que la sous-espèce typique se rencontre depuis le nord de l'Illinois jusque dans l'est du Nebraska et au Kansas, vers l'ouest, et au nord de la Caroline du Nord et du Tennessee (mais également dans les Appalaches au sud de la Virginie et du Tennessee).

La présence de l'espèce a déjà été mentionnée au cours des années 1800 au Montana, en Idaho et au Wyoming, mais ces mentions découlent probablement d'une confusion avec des espèces du genre Okanagana.

Années d'émergence massive : La très grande régularité avec laquelle les émergences massives se succèdent rendent ces dernières hautement prévisibles. Chez cette espèce, elles se produisent tous les 17 ans. Comme la dernière émergence massive (émergence XIV) a eu lieu en 1991, la prochaine surviendra en 2008. Les principales régions touchées seront le sud de l'Ohio et les régions situées plus au sud, mais aussi quelques comtés dispersés de la Pennsylvanie. Les émergences qui présentent un plus grand intérêt pour le Canada sont celles qui se produisent dans l'état adjacent du Michigan : l'émergence VI, qui est apparue en 2000, se manifestera de nouveau en 2017, tandis que l'émergence X, observée pour la dernière fois en 2004, se reproduira en 2021.

Répercussions économiques : Durant les émergences massives, les cigales périodiques à cycle de 17 ans peuvent être observées en nombre spectaculaire pendant une période de six semaines. C'est d'ailleurs plus à son extrême abondance qu'aux dommages qu'elle peut infliger en s'alimentant et en déposant ses oeufs que la cigale périodique doit sa réputation de ravageur important ou local. Un seul arbre fruitier peut nourrir plus de 1 500 larves. La surface du sol peut littéralement être criblée de trous d'émergence. Les femelles, attirées par le chant des mâles, peuvent converger par milliers vers un point de rassemblement très circonscrit.

Les oeufs sont pondus au début de l'été, mais ils n'éclosent que tard en saison. Dès lors, le risque d'importation accidentelle d'oeufs vivants persiste durant une bonne partie de la saison de croissance. Le risque d'importer dans une motte de plantation un nombre de larves suffisant pour permettre l'établissement d'une colonie locale demeure très élevé durant toute l'année.




Magicicada septendecula (Alexander et Moore)

Adultes : Largeur de la tête : 7 à 8 mm; longueur totale (ailes repliées) : 3 à 4 cm; dessous du corps noir. Cette espèce présente un chevauchement avec les deux autres espèces pour ce qui est des caractères morphologiques et du moment de l'émergence, et elle ne s'en distingue de façon fiable que par le chant. Ses populations à cycle de 13 ans (sous-espèce tredecula Alexander et Moore) sont morphologiquement indiscernables de la sous-espèce typique à cycle de 17 ans. La chronologie de ses émergences est le seul critère qui permet de départager cette forme.

Chant : Le chant est plus fréquemment entendu vers l'heure du midi. Il consiste en une série de courts pépiements aigus qui se prolonge durant 15 à 30 secondes.

Répartition : L'espèce se rencontre dans les forêts de l'est des États-Unis, où elle partage son habitat avec le M. septendecim. Sa répartition est semblable à celle des sous-espèces à cycle de 13 et de 17 ans du M. septendecim. Cette caractéristique, ainsi que sa taille intermédiaire et les caractéristiques de son chant, donnent à croire qu'elle est issue d'un croisement septendecim × cassinii.

Magicicada cassinii (Fisher), Petite cigale périodique*

Adultes : Largeur de la tête : 6,5 à 7,5 mm; longueur totale (ailes repliées) : 2,8 à 3,5 cm. C'est notre plus petite espèce de cigale périodique. Le dessous du corps est noir ou indistinctement marqué de rayures orange interrompues au milieu. Les populations à cycle de 13 ans (sous-espèce tredecassiniAlexander et Moore) sont morphologiquement indifférenciables de la sous-espèce typique (cycle de 17 ans).

Chant : Le chant est généralement émis en fin d'après-midi. Il consiste en une série de cliquetis ou en un trille suivi d'un bourdonnement geignard et strident, que certains ont associé au son produit par une auto-jouet mue par un mécanisme de relâchement de traction. Les mâles peuvent chanter de concert.

Répartition : L'espèce se rencontre dans les forêts de l'est des États-Unis, habituellement en compagnie du M. septendecim, du Texas à la Caroline du Nord, jusqu'au sud de l'Iowa vers le nord et jusqu'à Long Island vers l'est, mais toujours à bonne distance de la frontière canado-américaine. À l'inverse du M. septendecim, elle est plus commune dans le fond des vallées qu'en milieu montagneux. La sous-espèce tredecassini présente sensiblement la même répartition que le Magicicada septendecim tredecim; la sous-espèce typique (à cycle de 17 ans) se rencontre plus au sud dans l'Ouest, où elle est abondante au Kansas, et est la seule cigale périodique au Texas et dans le sud de l'Oklahoma.

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