Gestion des parcours en période de sécheresse

Êtes-vous prêt pour la prochaine sécheresse? 

Même si nous ignorons ce que l'avenir nous réserve, nous pouvons être certains qu'il y aura des sécheresses et que les producteurs de bétail devront résoudre le cruel dilemme de réduire leur chargement (taux de charge des pâturages) ou endommager leur parcours.

La liste de contrôle en période de sécheresee examine certaines des mesures que vous pourriez envisager afin de réduire les répercussions de la sécheresse sur l'exploitation de votre élevage et les ressources du parcours et de hâter le rétablissement lorsque la sécheresse sera terminée.

Effets de la sécheresse sur les parcours

  • Le faible taux d'humidité du sol limite la croissance des plantes et réduit le rendement fourrager.
  • La croissance limitée des racines réduit la capacité des plantes fourragères d'atteindre le peu d'humidité qui subsiste dans le sol.
  • Après une série d'années sèches, les espèces végétales des parcours les plus pâturés cèdent la place à des espèces de mauvaises herbes moins profondément enracinées et moins productives.
  • Les effets de la sécheresse peuvent être plus rapides sur les pâturages dont le sol est d'une texture grossière (par exemple le sol et le gravier); prévoyez une réduction de la capacité de charge de ces sols en période de sécheresse.

Effets de la sécheresse sur le bétail

La réduction du rendement fourrager en période de sécheresse se traduit par un déclin du niveau de nutrition des vaches et des veaux. Cela aura des effets négatifs importants sur l'élevage, notamment :

  • la réduction des gains de poids en raison du surcroît d'énergie dépensée pendant le broutage,
  • l'état physique médiocre des vaches à l'automne et la hausse des coûts d'hivernage,
  • l'augmentation du nombre de vaches vides et de conceptions tardives, ce qui signifie des veaux moins nombreux et de plus petite taille l'année suivante,
  • des gains de poids plus faibles pour les veaux, et
  • des maladies comme la « pneumonie de la poussière » (dust pneumonia).

Gestion des parcours en période de sécheresse

Donc, en période de sécheresse, les objectifs du gestionnaire sont de réduire au minimum les dommages subis par les parcours et d'éviter la faillite. Une utilisation intense ou modérée des parcours en période de sécheresse réduit le potentiel de production et de profit pour les années à venir. Les pratiques suivantes présentent une gamme d'options différentes choisies par des exploitants agricoles et des éleveurs de bétail en période de sécheresse depuis une décennie. Certaines de ces pratiques peuvent s'appliquer à votre situation :

Parcours naturels :

  • Sachez reconnaître l'effet de la sécheresse sur la production fourragère. Si l'herbe a commencé à pousser, le broutage hâtif en période de sécheresse accentue le stress des plantes des parcours et réduit leurs réserves d'énergie.
  • Réduisez la charge de bétail afin d'équilibrer les besoins du bétail et la quantité de fourrage disponible.
  • Le rémanent est la portion de la croissance végétale annuelle qui n'a pas été broutée. Lorsque le rémanent se décompose, il se transforme en litière végétale, composée de matières végétales mortes à la surface du sol. La litière isole le parcours en réduisant la température du sol et la perte d'eau. Lorsque l'humidité se fait rare, les parcours qui ont des réserves de litière adéquates produisent davantage de fourrage que ceux qui en ont moins. Ne permettez qu'une utilisation faible à modérée du fourrage de façon à ce que les plantes conservent leur niveau de vigueur actuel (santé des plantes) et que la litière soit conservée.
  • Laissez reposer les champs qui ont subi un broutage intense au cours de la saison précédente ou retardez le début du pâturage dans ces champs.
  • Faites brouter d'abord les champs qui ont bénéficié d'un repos ou d'un pâturage tardif au cours de la saison de pâturage récédente.
  • Profitez des possibilités de pâturage dans les champs en jachère, les champs de réserve et les champs tampons.
  • Répartissez le bétail sur un plus grand nombre de champs dans les zones où les parcours sont plus sensibles à l'érosion (les collines sablonneuses, par exemple).
  • Recherchez des outils de gestion de pâturage qui améliorent la répartition du bétail, comme le gardiennage en troupeau ou le clôturage des sources d'eau.

Terres labourables et prairies cultivées :

  • Envisagez de semer des plantes annuelles comme source de fourrage d'urgence. Au printemps, semez des plantes annuelles hivernales pour servir de pâturage supplémentaire. Le seigle d'automne et le blé d'hiver semés au printemps demeurent végétatifs pendant tout l'été et ont une réaction de croissance à chaque averse.
  • Servez-vous de votre bétail pour récolter le foin clairsemé ou en échec et les récoltes annuelles.
  • Utilisez la litière de l'agropyre à crête de l'an passé lorsqu'elle est présente. (Il faut généralement ajouter un supplément pour compenser la faible valeur nutritive de cette litière.) Cependant, résistez à la tentation de pâturer de nouveau les peuplements d'agropyre à crête après le 15 août (s'ils repoussent), sinon la production fourragère du printemps prochain risque de s'en trouver réduite d'autant, particulièrement si la sécheresse persiste.
  • Utilisez le plus prudemment possible la pousse actuelle des pâturages semés (l'agropyre à crête, par exemple), qui sont mieux adaptés au broutage printanier que les parcours naturels.
  • Utilisez au maximum les terres en chaume après la récolte.
  • La fertilisation de certains pâturages cultivés au cours des années où le taux d'humidité est bon peut enlever de la pression sur les autres pâturages, ce qui aide au rétablissement des peuplements fourragers après la sécheresse. La fertilisation améliore la productivité, accroît le volume des racines du peuplement et le rend plus tolérant à la sécheresse.

Eau, sel, suppléments et alimentation :

  • Prolongez la durée de l'affouragement.
  • Placez du sel, des réserves d'eau d'urgence ou des suppléments dans les zones déjà légèrement broutées.
  • Utilisez d'abord les champs qui manqueront d'eau en premier. Vous réduirez ainsi la pression du broutage sur les champs les mieux alimentés en eau.
  • Répartissez le bétail sur un plus grand nombre de champs lorsque le niveau d'eau est bas et que des grands troupeaux risquent d'endommager les barrages de faible hauteur et les étangs artificiels.
  • Veillez à ce que le bétail ait assez de sel. Certaines plantes vénéneuses accumulatrices de sel deviennent plus attrayantes pour le bétail en période de sécheresse.
  • Envisagez la possibilité d'utiliser une source d'eau mobile. Pour les exploitations de petite taille, un réservoir d'eau installé sur un véhicule peut également s'avérer un excellent moyen d'améliorer la répartition du bétail sur un pâturage en période de sécheresse.
  • Clôturez les sources d'eau dont le niveau est bas. Le pompage de l'eau vers un site éloigné améliore la qualité de l'eau dont s'abreuve le bétail et réduit les pertes d'eau dues à l'activité du bétaildans l'eau.
  • Gardez les raccordements aux éoliennes en bon état et inspectez régulièrement les sièges de clapets; étudiez la possibilité d'utiliser des réservoirs de stockage fermés afin de réduire l'évaporation de l'eau et d'en préserver la qualité. L'emploi de réservoirs pour le stockage de l'eau aidera aussi à garantir l'accès du bétail à l'eau pendant les jours sans vent ou les pannes d'éolienne.
  • Envisagez l'achat de matériel portatif comme des clôtures électriques et des tuyaux de polyéthylène pour pouvoir emmagasiner l'eau dans des sites éloignés. Ces deux outils vous aideront à améliorer la répartition du bétail lors d'une pénurie d'eau.
  • Rappelez-vous que l'installation de clôtures à neige autour d'un étang artificiel est un moyen éprouvé d'un approvisionnement en eau à long terme.

La gestion avant et après la sécheresse

Une fois la sécheresse terminée, le gestionnaire de parcours doit donner aux parcours la chance de repousser afin que la production d'herbe puisse revenir à la normale et atteindre la meilleure qualité possible. Une bonne gestion après la sécheresse apportera des avantages à long terme à votre élevage et vous assurera un approvisionnement stable en fourrage.

  • Révisez votre plan de gestion des parcours et les effets de la sécheresse sur l'état et la vigueur des parcours.

Planifiez et mettez oeuvre un système de pâturage propre à renforcer la vigueur des végétaux et à rétablir les réserves de litière. Il est important de maintenir une charge de bétail légère ou modérée et de retarder le début du broutage printanier. Vous pouvez vous poser les questions suivantes :

  • Y a-t-il moyen de réduire les effets négatifs du broutage de printemps en modifiant la période d'utilisation des champs au printemps?
  • Y a-t-il moyen d'ensemencer une quantité limitée de terre cultivable en prairie artificielle afin de fournir un pâturage complémentaire et de diminuer le broutage printanier sur les pâturages naturels?
  • Y a-t-il moyen de mettre sur pied un système de pâturage comme la rotation des champs pour les prairies très affaiblies (ce qui implique une année complète de repos dans certains champs afin d'accroître l'accumulation de litière, d'améliorer la vigueur des végétaux et de hâter le rétablissement des parcours)?
  • Ne vous hâtez pas trop à ensemencer un parcours détérioré. Une bonne gestion peut rendre le rétablissement assez rapide. C'est d'ailleurs le moyen le moins coûteux à long terme.
  • Les parcours en bon ou en excellent état offrent la meilleure des protections contre la sécheresse. Vous assurez ainsi la plus grande variété possible d'espèces végétales productives, adaptées à la sécheresse et dotées de racines profondes parmi les espèces naturellement présentes sur votre parcours.

Une bonne gestion à long terme tient compte des années sèches à venir. Ce type de gestion profite au parcours, améliore la productivité et assure un approvisionnement en fourrage plus stable et plus fiable.

Références

Lacey, J. 1988. Tips for dealing with drought on range. Montana State University, Extension Service. 2 pages.

Willms, W.D., S. Smoliak et A.W. Bailey. 1986. Herbage production following litter removal on Alberta native grasslands. Journal of Range Management, volume 39, No. 6, page 536-539.

Willms, W.D., S.M. McGinn et J.F. Dormaar. 1993. Influence of litter on herbage production in the mixed prairie. Journal of Range Management, volume 46, page 320-324.

United States Department of Agriculture (USDA). 1982. Are you ready for the next drought? Soil Conservation Service Publication, Bozeman, Montana. 12 p.

La plupart des renseignements contenus dans cette liste de contrôle sont adaptés d'un article écrit par Barry W. Adams, de la Direction générale des terres publiques, région du Sud, du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et du Développement rural de l'Alberta (Range Note No. 14, 1992). Cette « note sur les parcours » a été remaniée et abrégée par Chris Nykoluk, de la Section de la gestion des parcours, Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP), Regina. Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec votre spécialiste local de la gestion des parcours ou votre conseiller agricole ou consultez l'ARAP au 306-780-5066.

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