Il n'aura fallu qu'une seule graine - L'Odyssée heureuse du blé Marquis au Canada depuis ses origines en Ukraine (7 de 11)

Le blé dans l'ouest du Canada

À mon avis, la qualité du blé ukrainien a contribué au développement rapide de l'ouest du Canada au début du XXe siècle, comme en atteste clairement l'augmentation de la récolte de blé dans cette région. Considérons les statistiques suivantes de Buller (7, pages 35-41): la récolte de blé au Manitoba et en Saskatchewan en 1904, alors que la culture des grains en Alberta n'en était qu'à ses débuts, ne s'est chiffrée qu'à tout juste 56 millions de boisseaux. En 1906 cependant, les récoltes combinées du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta étaient passées à 102 millions de boisseaux. En 1913, elles avaient plus que doublé une nouvelle fois pour totaliser 209 millions de boisseaux. Tout juste deux ans plus tard, elle avait encore une fois pratiquement doublé atteignant plus de 360 millions de boisseaux avec la récolte flamboyante de 1915.

Ce type de croissance explosive de la culture du blé dans les provinces des Prairies a propulsé le Canada parmi les principaux producteurs de grain des pays du Commonwealth. Parlant de la grosse récolte de 1915, M. W.E. Milner (14), président de la Bourse des grains de Winnipeg, a déclaré en septembre 1916 :

« Ce fut l'une des années les plus phénoménales de l'histoire de l'industrie des grains du Dominion du Canada. Nos agriculteurs, bénis par la Providence, ont produit la plus grande récolte jamais moissonnée dans notre pays… notre récolte de blé a atteint [un total de] 376 448 400 boisseaux. » (7, pages 35-36)

Les récoltes de 1916, 1917 et 1918, si elles n'ont pas été aussi magnifiques que celles de 1915, ont quand même dépassé chacune les 200 millions de boisseaux. La Saskatchewan a été la plus grande province productrice de blé suivie du Manitoba et de l'Alberta.

Superficies et rendement du blé en 1915
Superficie Boisseaux Rendement à l'acre
Saskatchewan 6 884 874 173 723 775 25,23
Manitoba 3 664 281 96 662 912 26,4
Alberta 1 637 122 58 830 704 35,96
Source : Buller (7, page 36)

Rendement moyen du blé de printemps en boisseaux par acre, 1908-1917

  • Manitoba : 17,76
  • Saskatchewan : 18,5
  • Alberta : 22,5

Plus de 90 pour cent du blé du Canada était produit par les provinces des Prairies. Entre 1913 et 1917, ces trois provinces ensemble produisaient au total 1,283 milliard de boisseaux de blé alors que le reste du Canada n'en produisait que 118 millions. Le Canada était aussi le meneur mondial en ce qui a trait à la production de blé par habitant, en raison de sa faible population par rapport à l'étendue énorme de ses emblavures (7, page 38).

Production de blé par habitant dans certains pays en 1917 (boisseaux)

  • Canada : 32
  • Argentine : 25
  • Australie : 17,5
  • Roumanie : 14,5
  • Bulgarie : 12,5
  • États-Unis : 7,5
  • Royaume-Uni : 1,5

Consommation de blé par habitant dans certains pays en 1917 (boisseaux)

  • Canada : 16,5
  • Argentine : 11
  • France : 9,5
  • Italie at Australie : 7,5
  • Royaume-Uni : 7

Exportations de blé en 1913 (boisseaux)

  • États-Unis : 154 760 000
  • Canada : 151 975 000
  • Russie : 130 596 000
  • Argentine : 109 637 000
  • Hollande : 64 501 000
  • Inde britannique : 54 711 000
  • Roumanie : 54 203 000
  • Australie : 53 207 000
  • Allemagne : 29 638 000
  • Belgique : 15 898 000
  • Bulgarie : 11 456 000
  • Autriche-Hongrie : 1 730 000

Cette liste montre clairement que le Canada se situait en deuxième place en 1913. Vers 1915-1916 cependant, les exportations mondiales de blé étaient devenues très limitées en raison de la guerre. De la sorte, le Canada avec son énorme excédent de 1915 a pu se hisser en tête des exportateurs du monde, même en avant des États-Unis.

Exportations de blé en 1915-1916 (boisseaux)

  • Canada : 267 766 000
  • États-Unis : 39 526 000
  • Argentine : 110 390 000
  • Australie et Nouvelle-Zélande : 63 249 000

En 1918, les agriculteurs du Canada et des États-Unis ont fait des efforts particuliers pour augmenter la récolte de blé afin de soutenir l'effort de guerre. La récolte combinée en Amérique du Nord s'est établie à plus de 1,1 milliard de boisseaux. La contribution de chaque pays évaluée en octobre se lisait comme suit :

  • États-Unis : 918 920 000 boisseaux
  • Canada : 210 000 000 boisseaux

Aux États-Unis, la récolte a été de plus de quatre fois celle du Canada en raison de la grande sécheresse dans les provinces des Prairies. Malgré cela, le Canada aurait pu cultiver beaucoup plus de blé que les États-Unis, car bon nombre d'emblavures possibles dans les Prairies sont demeurées des terres vierges où la charrue n'a jamais passé. (7, page 41)

Le blé cultivé aux premières heures

Le Canada cultivait principalement du blé de printemps. Le blé d'hiver, dont les rendements sont plus élevés, y était également planté bien que le climat de l'ouest du Canada ne lui soit pas propice. Le tableau suivant donne les superficies sous blé de printemps et blé d'hiver dans les trois provinces des Prairies en 1918.

Nombre d'acres sous blé de printemps et blé d'hiver en 1918
  Blé de printemps Blé d'hiver
Alberta 3 187 000 58
Saskatchewan 9 101 000 --
Manitoba 2 616 000 2
Total 14 904 000 60
Source : Buller (7, page 42)

L'ouest du Canada était ensemencé presque exclusivement en blé de printemps. Une petite quantité de blé d'hiver y était cultivée, principalement en Alberta, même si en 1918, les superficies sous blé d'hiver dans les trois provinces des Prairies totalisaient tout juste les deux cinquième de 1 pour cent des emblavures totales du Canada. Parmi les facteurs climatiques qui détruisent le blé d'hiver, citons

  1. des températures très basses l'hiver;
  2. la couverture de neige relativement mince, selon la localité;
  3. l'alternance de gel et de dégel au début du printemps;
  4. les vents secs du printemps.

D'après Buller :

« … les blés cultivés au printemps sont les variétés dures rouges dont les principales sont Marquis et Red Fife. Les blés d'hiver, semés à l'automne, sont principalement Turkey Red et Kharkov » (7, page 42).

À mon avis, ces blés sont arrivés sur le continent en provenance d'Ukraine occidentale.

Les périodes de la récolte et du battage étaient toujours les parties les plus occupées de l'année dans l'ouest du Canada. La main-d'œuvre locale ne suffisait jamais pour effectuer à elle seule tout le travail, de sorte que de 20 000 à 30 000 travailleurs additionnels devaient provenir de l'est du Dominion et des États-Unis (7, page 47)

Buller ajoute : « Les plaines de l'Ouest sont en général très plates, sans gros arbres donc faciles à briser avec la charrue. Le sol est épais et riche en humus… » (et au moment de la récolte, une vision or et bleue : de lourds épis de blé ukrainiens plantés sur les sols canadiens attendant les agriculteurs et leurs machines.)

« … rien n'est plus vivifiant dans l'Ouest que l'image des lieuses au travail dans les prairies s'étalant à perte de vue, le grain doré brillant sous le soleil d'août et par dessus tout, la voûte azurée sans nuage du ciel. Et lorsque la dernière gerbe a été coupée et que les lieuses se sont tues, quelle vue magnifique à travers les terres en chaume légèrement ondulées : meule après meule… sur un quart de mille, sur un demi-mille… des meules ridant l'horizon, des dizaines de milliers de meules attendant toutes d'être battues, chacune portant la promesse du pain, le cadeau du Nouveau Monde à l'Ancien. Les étendues ininterrompues des prairies créent en nous un sentiment de liberté qui est mieux connu de ceux qui vivent loin des citées populeuses, qui labourent, sèment et moissonnent, dont le dur labeur quotidien les forcent à communier inconsciemment avec la Nature et, de la sorte, à absorber un peu de sa simplicité et de son charme. » (7, pages 48-49)

C'est là le trésor énorme apporté au Canada par le blé ukrainien.

La grande trémie du blé

Le grain ukrainien était cultivé en abondance dans les Prairies et remplissait les silos nouvellement construits. Un vaste réseau de chemin de fer s'étendant sur des milliers de milles a été construit pour assurer le transport nécessaire dans l'ouest du Canada. Les principales sociétés desservant les routes du blé étaient Canadien Pacifique, Canadien du Nord et Grand Trunk Pacific.

« Leurs principales voies menaient toutes à Winnipeg de sorte que cette ville est devenue, là où elle se situait, le point de convergence d'une grande trémie à blé dont le gouleau conduisait aux rives du lac Supérieur. Chaque jour ouvrable de la campagne agricole de 1915-1916, il passait en moyenne par Winnipeg plus d'un millier de wagons de blé. » (7, page 49)

Le diagramme de Buller (7, page 50) des voies de transport du blé de l'ouest du Canada vers l'Est en 1913 montre qu'en majeure partie le blé était transporté par chemin de fer par Winnipeg vers Port Arthur et Fort William. De là, il était expédié par les Grands Lacs vers Montréal et Buffalo puis, à l'océan Atlantique le long du Saint-Laurent ou par terre vers les ports de St. John, Halifax, Portland, Boston, New York et Baltimore. (7, pages 49-51)

Construction des silos-élévateurs de grain

Une récolte abondante de blé ne pouvait être délivrée rapidement à l'exportation. Il fallait l'entreposer judicieusement et économiquement pour une longue période. À cette fin, des élévateurs ont été construits près des voies ferroviaires. Les agriculteurs y apportaient leur grain qui était pesé, nettoyé puis entreposé dans d'immenses silos.

Il existait plusieurs types d'élévateurs de capacités diverses. En 1916-1917, l'ouest du Canada comptait 1 384 gares près de 3 338 élévateurs d'une capacité de 163 144 000 boisseaux. (7, page 54)

Le système des élévateurs était très bien organisé pour la puissante industrie des céréales. Les élévateurs faisaient appel à la plus récente technologie de chargement et de déchargement du grain. Les volumes de grain étaient considérables : la Division de l'inspection du grain de l'Ouest du ministère de l'Agriculture inspectait 338 425 200 boisseaux de blé. Treize élévateurs terminaux furent construits le long du lac à Port Arthur et Fort William, chacun d'une capacité moyenne de plus de trois millions de boisseaux, soit une capacité totale de 41 750 000 boisseaux, de sorte que le grain pouvait être chargé directement dans les cales des navires à vapeur des lacs. (7, page 60)

Ces navires étaient conçus et construits pour transporter le grain par les Grands Lacs. Eux aussi étaient munis du matériel le plus récent de chargement et de déchargement des grains. Leur capacité était énorme. Un navire pouvait absorber le contenu de sept trains, ou de 300 wagons couverts (15). Le plus gros pouvait transporter le contenu de neuf trains remplis de blé. Il pouvait charger de 75 000 à 100 000 boisseaux par heure et en décharger de 20 000 à 40 000 boisseaux à l'heure, selon la machinerie que comptait l'élévateur. En raison de ces économies d'échelle, le transport était toujours meilleur marché par eau que par chemin de fer. (7, pages 65-66)

La Loi sur les grains du Canada

Avec l'expansion du commerce des grains au Canada, fréquentes étaient les plaintes concernant la sous et la surévaluation des prix du grain consentis aux agriculteurs et aux acheteurs respectivement et les pratiques commerciales en général malhonnêtes de certains propriétaires d'élévateur. Des tricheries sur le poids et le grade et d'autres activités frauduleuses ont forcé le Parlement à promulguer une loi réglementant le secteur. La Loi sur les grains du Canada a reçu la sanction royale en 1912. Elle créait un organe exécutif - la Commission des grains du Canada - pour administrer la Loi. La Loi définissait les grades normaux des blés des Prairies et les règles de chargement. Elle énonçait également les normes de caractères selon lesquelles le blé devait être classé. Elle assurait donc aux céréaliculteurs et aux agriculteurs une protection législative solide contre les abus des sociétés d'élévateur au moment de la livraison du grain. (7, pages 68-69)

Aux premières heures du commerce du blé, le classement était fondé sur l'échantillonnage. Par la suite, ce système s'étant révélé inapproprié, un système universel de classement et de pesée des grains a été introduit en 1884, d'abord à Minnéapolis et à Duluth puis à Winnipeg.

Ce système permettait à l'agriculteur de vendre ou d'entreposer le blé selon le grade qui lui avait été assigné par l'inspecteur des grains. Les grades, ou classes, de blé sont nombreux et divers, selon l'agriculteur, l'environnement où le blé a été cultivé, selon qu'il y a eu des mélanges avec d'autres variétés ou même d'autres céréales et selon la qualité meunière. (7, page 70) La Loi sur les grains du Canada établit quatre grades de blé:

  • Blé de force numéro 1 du Manitoba
    Ce blé doit être en bon état et très propre, un boisseau doit peser au moins 60 livres et doit être composé à au moins 75 pour cent de Red Fife dur ou de Marquis.

La première variété, Red Fife, était le blé standard pour l'ouest du Canada. Lorsque la variété Marquis a été introduite, la Commission des grains du Canada a alors ajouté « ou de Marquis. »

  • Blé du Nord - Manitoba numéro 1
    Ce blé doit être en bon état et très propre, d'au moins 60 livres par boisseau et doit être composé à au moins 60 pour cent de Red Fife dur ou de Marquis.
  • Blé du Nord - Manitoba numéro 2
    Ce blé doit être en bon état et raisonnablement propre, posséder de bonnes qualités meunières… le boisseau doit peser au moins 58 livres et doit être composé à au moins 45 pour cent de Red Fife dur ou de Marquis.
  • Blé du Nord - Manitoba numéro 3
    Tout blé d'une qualité insuffisante pour être placé dans le grade numéro 2 est classé numéro 3 à la discrétion de l'inspecteur. (7, pages 72-73)

On comptait une classe de plus (White Fife dur numéro 1), bien qu'elle fut cultivée en très petites quantités dans l'ouest du Canada. Il s'agissait d'un autre blé ukrainien issu d'une sélection de la variété Halychanka (Red Fife).

Le classement, ou la détermination du grade par l'inspecteur, constituait un aspect d'importance du commerce des grains dans l'ouest du Canada. Le blé était acheté, vendu, transporté et entreposé selon son grade. Si le blé destiné à la vente était d'un grade trop faible (c'est-à-dire inférieur à sa véritable valeur), l'agriculteur perdait de l'argent alors que le meunier ou l'acheteur faisait des profits non mérités. Si le blé était classé à un niveau trop élevé, l'agriculteur en profitait alors que le meunier perdait. La position de l'inspecteur, au cours de ces premières années, était donc très difficile. Au fil des ans, le classement des grains au Canada s'est établi pleinement. Son développement et sa mise en œuvre sont décrits en détail par Buller. (7, pages 75-118)

L'effet de la Première Guerre mondiale sur le commerce des grains

La guerre a détruit l'organisation du commerce du grain au Canada et aux États-Unis. Tout d'abord, le volume des cargaisons transatlantiques de blé diminua, au point que l'Europe occidentale manquait de pain. Parallèlement, les livraisons de blé à la Russie occidentale cessèrent. Les blés de l'Inde et de l'Australie n'étaient pas disponibles en raison du manque de moyens de transport, et l'Argentine ne disposait pas de surplus. Les Alliés occidentaux dépendaient donc complètement du blé nord-américain pour leur ravitaillement en aliments. (7, page 123) Pour supporter la cause Alliée, il ne restait plus que le blé expédié d'Ukraine au Canada 72 ans avant la guerre.

Juste au moment où les Alliés avaient besoin de plus de blé du Canada, cependant, la population active était envoyée au front. Il manquait énormément d'ouvriers agricoles. La demande de main-d'œuvre qui en résulta a fait augmenter non seulement les salaires des ouvriers, mais aussi le prix du blé. (7, 123-125)

Expansion de l'industrie de la meunerie

Avant la guerre, le Canada était principalement un exportateur de grain qui était transformé en farine dans les pays européens. À cause de la guerre cependant, il a fallu développer la capacité de l'industrie meunière du Canada. De nouvelles meuneries ont été construites dans l'ouest du Canada et dans d'autres régions où les coûts de l'électricité et du transport étaient faibles. Parmi ces points stratégiques, on notait Fort William sur le lac Supérieur, Keewatin et Kenora sur le lac des Bois, Winnipeg et d'autres endroits dotés de raccordements ferroviaires. Durant la guerre, le nombre de meuneries canadiennes est passé à 710, avec une capacité de production journalière de 125 000 barils. Durant la grande crise alimentaire de 1917-1918, le Canada a fourni aux Alliés 10 millions de barils de blé d'exportation additionnels. Près de 50 pour cent de la farine des meuneries de l'ouest du Canada était exportée, la Grande-Bretagne étant le plus gros destinataire. (7, page 136)

Une anecdote intéressante : Buller décrit un ensemble de meules placées à l'entrée du bureau de la Lake of the Woods Milling Company, à Winnipeg, qui auraient été apportées dans l'Ouest canadien par des Doukhobors russes. (7, pages 136-137) Cependant, ces pierres ont pu tout aussi bien être transportées par des Molokans (sectes d'Ukraine), des Ménnonites ukrainiens ou d'autres immigrants ukrainiens inscrits comme autrichiens ou russes par les autorités de l'Immigration canadienne. Cette anecdote nous permet de glisser un mot sur la contribution du blé ukrainien à l'économie du Canada.

L'apport du blé ukrainien à l'économie du Canada

Le blé ukrainien était en fait une bénédiction pour le Canada. Il provenait de deux régions géographiques différentes : le blé de printemps d'Halychyna (Ukraine occidentale), et le blé d'hiver et le blé roux de printemps de la région du Dniepr en Ukraine orientale. Le Canada a été le premier à cultiver ces blés sur le nouveau continent. En raison de leur qualité et de leur rendement élevés, Red Fife et Marquis ont apporté la prospérité à tous ceux qui les ont semés. Le blé ukrainien était parmi les raisons qui ont attiré un nombre grandissant de nouveaux immigrants d'Europe vers le vaste territoire du Canada, principalement vers l'Ouest et l'Ontario. Les Américains également ont migré vers le Nord : des agriculteurs de l'Iowa, de l'Illinois, du Minnesota et des Dakota munis de capitaux de démarrage, d'énergie et d'expérience pouvaient quintupler au Canada le revenu qu'ils gagnaient dans leur pays.

En 1900, 1 870 000 acres étaient plantées en blé dans les provinces des Prairies du Canada. Vers 1910, ces superficies avaient progressé de 35 pour cent pour se chiffrer à 8 395 000 acres. La récolte de blé de 1901 a totalisé 62 820 282 boisseaux, valeur qui avait plus que doublé en 1910 pour atteindre 150 439 600 boisseaux. Alors que les récoltes grossissaient, leur valeur monétaire augmentait également : entre 1910 et 1952, les trois provinces des Prairies avaient tiré plus de 22,8 milliards de dollars du blé. Le blé ukrainien a donc assuré la prospérité aux habitants de l'Ouest tout en jetant la base de l'économie et en créant une activité commerciale pour les industries de l'Est. Les produits de l'agriculture de l'Ouest ont apporté du travail aux habitants sur les terres et sur les bateaux en mer, ont été à l'origine de l'intensification du transport ferroviaire et, pendant des années, ont été les principaux produits d'exportation du Canada. Le commerce des grains a aussi été une grande source de prêts commerciaux pour les banques canadiennes.

La production de blé dans les Prairies a été un des faits les plus notables de l'économie agricole du Canada. D'après le professeur MacGibbon, dans The Canadian Grain Trade, les agriculteurs de la Saskatchewan tiraient 66 pour cent de leur revenu monétaire annuel du blé. En Alberta, ce chiffre était de 50 pour cent, alors qu'au Manitoba avant 1939, les planteurs de blé gagnaient deux fois plus que les éleveurs de bétail.

Superficie moyenne, rendements et valeur monétaire des emblavures, 1937-1941
Grade du blé Superficie plantée (acres) Production (boisseaux) Valeur ($)
Blé de printemps 25 065 000 363 586 000 211 743 000
Blé d'hiver 707 19 586 000 14 632 000
Tous blés confondus 25 772 000 383 172 000 226 375 000

Manifestement, le blé de printemps était le grade le plus précieux au Canada. Nous exportions environ 40 pour cent de notre récolte à ce moment-là et avons été le plus grand exportateur de grains au monde depuis 1948. (16, page 426) Les superficies ont atteint leur maximum en 1940, culminant à 27,75 millions d'acres. La plus grosse récolte de blé a été moissonnée en 1952, avec 664 millions de boisseaux dans les Prairies et 688 millions de boisseaux pour l'ensemble du Canada. La Saskatchewan se classait comme le premier producteur de blé du monde à ce moment-là. En 1952, elle a récolté 435 millions de boisseaux.

Le premier ministre Bennett l'a dit au Parlement en 1936 :

« Le blé est devenu d'une importance vitale pour notre économie nationale. La raison? C'est qu'on peut le semer au printemps et le récolter l'automne… au cours du dernier quart de siècle, la région s'étendant entre les Grands Lacs et les montagnes de l'Ouest canadien a produit des millions de dollars de nouveaux profits, année après année… » (17, page 23)

Durant la Première Guerre mondiale, l'excédent énorme de blé récolté dans l'ouest du Canada a contribué à la victoire finale des Alliés. Son importance a été aussi grande au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Comme le haut-commissaire de Grande-Bretagne au Canada, Malcolm MacDonald, l'a dit dans un discours prononcé en 1943 en Ontario :

« Sans l'aide des agriculteurs canadiens, la Grande-Bretagne aurait perdu la guerre en moins de deux ans. Le Canada a apporté à la population britannique un soutien économique vital. Si la population avait eu faim, elle n'aurait pas eu la santé nécessaire pour survivre à quatre années de guerre jusqu'ici en bonne condition physique, mentale et intellectuelle. » (17, page 23)

À mon avis, tous ces apports au développement économique du Canada ont été le fruit du blé ukrainien en raison de sa qualité exceptionnelle. La section suivante décrit la façon de définir la qualité d'un blé.

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