Il n'aura fallu qu'une seule graine - L'Odyssée heureuse du blé Marquis au Canada depuis ses origines en Ukraine (6 de 11)

La redécouverte du blé Halychanka (Red Fife)

Lorsque le rêve de Saunders concernant Ladoga se brisa, il n'y avait rien d'autre à faire que de revenir au Red Fife (Halychanka) et d'élaborer un plan pour le croiser avec d'autres blés afin de mettre au point de nouvelles variétés adaptées au climat canadien.

Ce regain d'intérêt pour la vieille variété Red Fife naquit par pure chance : un marchand européen avait envoyé à Saunders un échantillon de blé galicien (Halychanka). Ainsi, 63 ans après l'arrivée et la découverte de David Fife en 1842, cette variété était « redécouverte. » Saunders en fit l'annonce en 1905 lorsqu'il se présenta devant le Comité spécial de l'agriculture et de la colonisation du Parlement après avoir lu la lettre de George Essen :

« Cette histoire a fait naître l'idée que le Red Fife est un blé canadien qui apparut pour la première fois chez M. Fife d'une manière inexplicable ou comme un fourvoyé de quelque variété européenne. Il m'a toujours semblé probable que le grain de blé qui vint ainsi entre les mains de M. Fife appartenait tout simplement à une variété européenne commune et qui s'était trouvée par hasard mêlée à ce blé de Danzig. (7, page 208)

L'année dernière, parmi les variétés européennes nouvellement importées s'en trouvait une désignée sous le nom de « Galicien » qui nous était envoyée par un marchand de graines d'Allemagne. (Cette variété est enregistrée à la Division des céréales de la Ferme expérimentale centrale à Ottawa sous le numéro C.I. Numéro 2463 [573 OT. 216-217]). Or, la Galicie se trouve à l'intérieur des terres à environ 300 milles de Danzig. Ce Galicien importé me frappa tout d'abord par sa ressemblance avec le Red Fife, et c'est pourquoi, au printemps dernier, je le semai à côté de Red Fife, et je les étudiai soigneusement tous les deux pendant toute la saison. Je les trouvai identiques à toutes les phases de développement et à l'époque de la moisson. Un morceau de terre plus étendu fournit le blé Galicien nécessaire pour l'épreuve de la farine. Ce blé fut moulu, la farine en fut analysée et on en fit du pain. On traita de même le Red Fife provenant du même champ. Les deux échantillons de farine furent trouvés identiques sous tous les rapports, et c'est ainsi que l'on a pu établir l'identité des deux blés. La maison de commerce qui nous avait fait tenir le blé Galicien, nous dit qu'elle avait reçu ce blé, plusieurs années auparavant, d'un cultivateur de Galicie. Ainsi, il paraît très clair que le grain de blé reçu par M. Fife était un grain de ce blé galicien de printemps qui se trouvait accidentellement dans la cargaison de blé d'hiver de Danzig dont on lui avait expédié une partie. Il est intéressant de pouvoir jeter quelque lumière sur l'origine du Red Fife, qui, jusqu'à ce jour, a toujours été très obscure. Il n'est point douteux qu'on ne cultive encore cette variété en Europe; et, autant que nous en pouvons juger par nos expériences, il semble être là-bas de même qualité qu'ici.

Il semble donc certain que Red Fife a été à l'origine cultivé en Europe centrale; que l'un de ses grains a été transporté dans une cargaison de blé d'hiver par la Baltique et la mer du Nord, de Danzig à Glasgow; qu'un échantillon renfermant le grain en question a été prélevé par quelqu'un au port écossais; que cet échantillon a été expédié à David Fife, à sa ferme ontarienne aux alentours de l'an 1842; que ce grain unique a germé et produit un plant de trois épis; que les grains de ces trois épis, semés l'année suivante, donnèrent naissance au blé qui devait être baptisé Red Fife; et que Red Fife est identique au blé appelé Galicien qui était récemment cultivé en Galicie »(7, pages 209-210)

Ce texte historique canadien révèle la véritable origine du blé Halychanka. On peut également citer un document américain qui se trouve à Washington :

Red Fife cultivé sous le numéro d'enregistrement 3329 et 3694. Bien qu'un grand nombre d'échantillons de blé aient récemment été importés de Russie, seulement l'un d'eux renfermait le véritable Red Fife. Cet échantillon (S.I.N-2463) provenait d'Halychyna qui se trouve quelque part en Allemagne de l'Est ou en Russie occidentale » (10, page 11)

Les croisements du blé au Canada

Après sa visite de l'ouest du Canada, Saunders avait acquis la conviction que les nouvelles variétés de blé adaptées au climat canadien ne pouvaient être mises au point que par des croisements scientifiques. Les caractères héréditaires souhaitables de certaines variétés devaient être sélectionnés chez la progéniture de parents dotés des gènes nécessaires.

Les premiers croisements ont eu lieu à la Ferme expérimentale centrale à Ottawa, le 19 juillet 1888. William Saunders, ses fils A.P. et Charles ainsi que leurs assistants W.T. Macoun et J.L. McMurray procédèrent à des centaines de croisements, toujours avec l'un des descendants de la variété Halychanka (Red Fife). (7, page 148) Les résultats ont été publiés dans les rapports annuels de la Ferme expérimentale.

En 1892, A.P. Saunders a été envoyé dans l'ouest du Canada pour procéder à des croisements expérimentaux aux fermes expérimentales de Brandon (Manitoba), Indian Head (Saskatchewan) et Agassiz (Colombie-Britannique). Le grain issu de ces croisements était intégralement expédié à Ottawa où le chercheur en chef procéda à une sélection pour les prochaines générations. En 1901, 58 nouveaux hybrides dotés des caractères souhaités avaient été sélectionnés et pouvaient devenir de nouvelles variétés après un travail plus poussé. Certains ont été envoyés à des fermiers de l'Ouest pour d'autres recherches afin d'établir leur valeur pratique. Quatre hybrides se sont révélés suffisamment bons pour servir de nouvelles variétés commerciales. Il s'agissait de :

  • Preston + Stanley, obtenu d'un croisement de Red Fife + Ladoga;
  • Huron + Percy, obtenu d'un croissement de White Fife + Ladoga. (7, page 149)

Ces quatre croisements ont été réalisés à la Ferme expérimentale centrale à Ottawa. Les deux premiers l'ont été par William et les deux autres par A.P. Saunders. Ces quatre blés mûrirent quelques jours plus tôt que Red Fife mais présentaient certaines lacunes pour la plupart dans leur qualité meunière et boulangère, ce qui les rendit impropres à l'exportation. Ils ne devinrent donc pas populaires. Preston, souvent sous un nom différent, était cultivé dans la grande région centrale de culture de blé de printemps des États-Unis. (8, page 150) White Fife était le résultat d'une sélection réalisé sur la variété Halychanka (Red Fife) produite à la Ferme expérimentale centrale (11, page 50). Sa seule différence avec Red Fife tient dans ce que le grain est blanc.

La découverte du blé Marquis

En 1903, la recherche sur les grains était dirigée par Charles Saunders qui établit ses quartiers généraux à la Ferme expérimentale centrale à Ottawa où il procéda à l'examen d'un grand nombre de sélections. En 1904, il découvrit une nouvelle variété dénommée Marquis. Il s'agissait d'un croisement entre la variété de blé indienne précoce Hard Red Calcutta et de Red Fife réalisé par son frère A.P. en 1892 à la Ferme expérimentale d'Agassiz en Colombie-Britannique.

Hard Red Calcutta est le nom commercial d'une variété particulière de blé qui est, en fait, un mélange de plusieurs variétés. Aussi, existe-t-il un certain doute sur le fait qu'il ait été véritablement le type utilisé comme ancêtre maternel de ce croisement. Plusieurs générations de croisements ont donné un mélange de types, dont Marquis. Étudiant systématiquement épi après épi pendant des années, Charles Saunders devait juger la qualité de chaque variété de blé. Au cours de l'hiver de 1903-1904, il ne disposait pas d'un laboratoire approprié, ni d'un moulin pour moudre le blé ni même d'un four pour cuire le pain. Cependant, il prélevait quelques grains de chaque tige, les mâchait et décidait de l'éventuelle qualité de la farine et du pain selon la pâte qui se formait dans sa bouche. Les ancêtres de la variété Marquis ont été produits entre 1904 et 1906. Au cours de l'hiver 1906-1907, le laboratoire, qui disposait maintenant d'un matériel de mouture de la farine et de cuisson du pain, confirma en tout point ses évaluations initiales, où ses dents remplaçaient le moulin et sa bouche, le four. (7, pages 155-156)

En 1907, 23 livres de grain Marquis ont été envoyées d'Ottawa à la Ferme expérimentale d'Indian Head pour un essai de terrain pleine grandeur. En 1908, le nouveau grain a été expédié à la Ferme expérimentale de Brandon au Manitoba. Au printemps 1909, la distribution de la nouvelle variété au public commença. Quatre cents échantillons ont été expédiés à des fermiers dans l'ouest du Canada. Le blé Marquis a donc été disséminé en Saskatchewan, au Manitoba, en Alberta, en Ontario et au Québec. Il s'est aussi retrouvé à Kamloops, en Colombie-Britannique, puis aux États-Unis. Il attira l'attention dans tous les pays producteurs de blé en raison de la qualité étonnamment exceptionnelle de son grain et de sa farine, de sa précocité (plusieurs jours avant Red Fife), de son rendement élevé et du fait que sa tige ne verse pas. L'introduction de Marquis a été le plus grand triomphe pratique de l'agriculture canadienne. (7, page 157)

La renommée de Marquis

Lorsque certains fermiers américains, du Dakota du Nord et du Sud ainsi que du Minnesota et d'États voisins, ont semé de petites quantités de cette nouvelle variété canadienne, la première récolte consacra sa réputation. C'est en 1912 que le Dakota du Nord importa pour la première fois plusieurs wagons de ce blé. Lorsque la première récolte de Marquis arriva aux gros moulins de Minneapolis, les meuniers remarquèrent immédiatement ses excellentes qualités meunières et boulangères. D'autres États du nord-ouest emboîtèrent rapidement le pas : par exemple, la meunerie Toddy Russel Miller de Minneapolis commanda 100 000 boisseaux de Marquis de la Angus Mackay Farm Seed Company d'Indian Head, près de Regina, à l'automne 1913.

Pour être certain que cette grosse livraison serait d'une très grande pureté, la société nomma le professeur H. L. Bolly, commissaire des grains du Dakota du Nord, pour inspecter les champs dont proviendraient les grains. En 1914, le Canada étendit ses exportations de Marquis au Minnesota, au Dakota du Nord, au Montana, à l'Iowa, au Nebraska, au Dakota du Sud et à l'État de Washington. Cette année-là, près d'un demi-million d'acres d'emblavures américaines étaient cultivées en Marquis, produisant une récolte de 7 millions de boisseaux aux États-Unis, dont 3,36 millions au Minnesota et aux Dakota à eux seuls. (7, pages 158-160)

Aux États-Unis, le blé Marquis se substitua, en tout ou en partie, à toutes les variétés de printemps cultivées à ce moment-là et même à certaines variétés d'hiver. Il devint populaire dans les États du Centre et du Nord-Ouest. En 1918, des fermiers américains et canadiens semèrent Marquis sur plus de 20 millions d'acres du sud du Nebraska au nord de la Saskatchewan, soit une distance de plus de 800 milles.

Caractères généraux de Marquis

Marquis est classé parmi les blés du groupe de Red Fife. Il diffère de Red Fife en ce que sa tige est plus courte et ne verse pas; aussi, ses glumes sont-elles plus courtes et son grain plus trappu. Il atteint la maturité de 98 à 135 jours après la plantation, selon la région géographique, ce qui représente 3 à 4 jours avant la plupart des variétés Red Fife. Il n'est pas résistant à la rouille, mais comme il mûrit plus vite, il est prêt à être récolté avant l'apparition de la rouille qu'il évite donc ainsi. De plus, comme il est plus précoce, il peut être cultivé dans des régions plus septentrionales que Red Fife. Ses propriétés sont particulièrement importantes pour les provinces des Prairies du Canada. (7, pages 171-172)

Prix attribués à Marquis (7, pages 172-174)

  1. James J. Hill, de la Great Northern Railway Company, a offert une coupe en or d'une valeur de 1 000 $ US (dollars américain) pour le meilleur boisseau de blé dur de printemps cultivé aux États-Unis. Sir Thomas Shaughnessy lança à Hill le défi d'ouvrir le concours au Canada et lorsque ce dernier refusa, Shaughnessy offrit un autre prix de 1 000 $ US en or, au nom de la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique, pour le meilleur boisseau de blé dur de printemps cultivé en Amérique du Nord. En 1911, la compétition internationale eut lieu sous les auspices du New York Land Show et a été remportée par Seager Wheeler de Rosthern, en Saskatchewan, avec un boisseau de blé Marquis. En 1910, Wheeler avait récolté 250 livres à partir de tout juste cinq livres de semence. Le grain avait été cultivé sur un champ mesurant 15 pieds × 115 pieds soit environ 1/19e d'acre, probablement un record mondial dans le cas du blé de printemps.
  2. Un agriculteur du nom de Holmes, de Raymond en Alberta, gagna le prix du International Dry-Farming Congress pour Marquis en 1912; Paul Garlach, d'Allan en Saskatchewan, obtint un prix semblable en 1913.
  3. Seager Wheeler renporta des prix internationaux en 1914 et 1915 et aussi un prix pour la variété Kitchener, dont il avait lui-même fait la sélection à partir de Marquis, en 1916.
  4. Samuel Larcombe, de Birtle au Manitoba, gagna un prix international au Twelfth International Soil Products Exhibition en 1917.
  5. Seager Wheeler remporta un autre prix international à la Thirteenth International Soil Products Exhibition à Kansas City en 1918. Il a été présenté au public comme l'un des meilleurs producteurs de blé du continent.

Les prix remportés par Marquis et ses descendants montrent que ses hybrides avaient de meilleures propriétés génétiques que leur ancêtre ukrainien Halychanka. (7, page 174)

Ruby et Prelude

En raison de leur plus courte période de végétation, les emblavures du nord ne peuvent être ensemencées que par des variétés hâtives. L'une des nouvelles variétés hâtives mises au point par William Saunders a reçu le nom de Prelude, probablement parce qu'il était amateur de musique. Cette variété mûrit pleinement deux semaines plus tôt que Marquis, et était donc destinée aux régions nordiques : nord de la Saskatchewan et nord et centre de l'Alberta. Elle parvient à maturité même dans la ville de Dawson au Yukon. (7, pages 183-184)

Après Prelude, une nouvelle variété dénommée Ruby a été sélectionnée. Elle atteint la maturité encore plus tôt, environ deux semaines et demi avant Red Fife. Les diagrammes généalogiques de Marquis, Ruby et Prelude figurent plus loin. (7, pages 184-186)

La description de cette image suit.

Description de l'image ci-dessus

Ce graphique trace la généalogie du blé Maquis. Ses origines sont identifiées comme un hybride entre Hard Red Calcutta et Halychanka (Red Fife) blé (AP Saunders, 1892).



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Ce graphique trace la généalogie du blé Ruby. Il est dérivé d'une combinaison du blé Downy Riga et Halychanka (Red Fife) (C.E. Saunders, 1905). Downy Riga elle-même est considérée comme un hybride entre les blés Downy Gehun et Skorospilka (Onega) (W.T. Macoun, 1891).




La description de cette image suit.

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Ce graphique trace la généalogie de la variété Prélude. L'origine du blé Prelude peut être attribuée à un hybride entre Skorospilka (Ladoga) et White Fife (A.P. Saunders, 1888) qui a éventuellement été connu sous le nom Alpha. Alpha a ensuite été croisé avec le blé Hard Red Calcutta (A.P. Saunders, 1888) pour former Downy Gehun. Cette variété a ensuite été croisée avec du blé Fraser (C.E. Saunders, 1903) pour produire Prelude.



La comparaison des caractères des géniteurs et des générations subséquentes met en lumière les traits sélectionnés par croisement :

  • Hard Red Calcutta et Gehun, de l'Inde, maturité précoce;
  • Poltavka (Onega) et Poltavka (Ladoga), blés ukrainiens de Russie, maturité précoce;
  • Halychanka (Red Fife) et Halychanka (White Fife), d'Ukraine, excellentes qualités meunière et boulangère.(7, pages 186-187)

Hard Red Calcutta

Hard Red Calcutta, géniteur femelle de Marquis, a été importé au Canada par William Saunders à des fins de recherche aux fermes expérimentales. Des échantillons ont été distribués à des fermiers dans l'ensemble du pays. Vingt-huit ont été expédiés en 1892 : même s'il mûrit de deux à trois semaines avant Red Fife, son rendement faible, sa tendance à l'égrenage, sa paille très courte et d'autres lacunes expliquent qu'il ne se soit pas qualifié comme variété commerciale dans les conditions canadiennes.(7, pages 204-205)

En 1892, il a été croisé avec Red Fife dans l'espoir de créer une variété de blé précoce dotée de la qualité de Red Fife. La descendance de ce croisement était diversifiée. On n'a conservé aucune note sur la première génération (F1), mais il en existe sur la première génération de l'hybride Marquis chez Buller. (7, page 205) De plus, il n'existe aucune analyse sur les générations ultérieures (F1, F2, F3, etc.). Nous ne connaissons pas la génération à laquelle la sélection a commencé: il y avait un mélange de variétés et de caractéristiques. Le type de blé indien utilisé pour le croisement est aussi inconnu. Comme Calcutta Red était aussi un mélange de grain rouge et blanc, la couleur du géniteur maternel est aussi inconnue.

Le fait de retrouver les notes manquantes sur l'analyse de la sélection de la variété Marquis serait d'un très grand intérêt pour les cultivateurs et les généticiens d'aujourd'hui. Cette variété est devenue un produit alimentaire d'importance qui a alimenté l'économie agricole tant du Canada que des États-Unis au cours de la première moitié du XXe siècle.

Valeurs de la récolte de Marquis au Canada et aux États-Unis


Valeur de la récolte de blé Marquis au Canada en 1917-1918
Année Récolte totale (en boisseaux) de blé dans les trois provinces des Prairies % de Marquis Quantité de Marquis en boisseaux Prix/boisseau ($US) Valeur de la récolte de Marquis ($US)
Source : Buller (7, page 243)
1917 212 000 000 80 % 169 600 000 2,00 339 200 000
1918 162 000 000 80 % 129 000 000 2,00 259 200 000

Si l'on ajoute les récoltes de l'Ontario et du Québec à celles des trois provinces des Prairies, la valeur de la récolte de Marquis monte à 340 millions et 260 millions de dollars pour 1917 et 1918 respectivement.

Valeurs des récoltes de blé Marquis dans les quatre États cultivateurs de blé de printemps en 1917
Récolte totale de blé en boisseaux % de Marquis Quantité de Marquis en boisseaux Prix/boisseau ($ US) Valeur de la récolte de Marquis ($ US)
Source : Buller (7, page 243)
Minnesota 57 965 000 46 26 663 900 2,00 53 327 800
Dakota du Nord 56 000 000 43 24 080 000 2,00 48 160 000
Dakota du Sud 52 024 000 43 22 370 320 2,00 44 740 640
Montana 17 963 000 45 8 083 350 2,00 16 166 700
Totaux 183 952 000   81 197 570   162 395 140

Si la récolte de Marquis dans d'autres États américains était ajoutée à celle de ces quatre États, sa valeur monétaire en 1917 se chiffrerait à 170 millions de dollars. (7, page 244)


En 1918, la récolte de blé de printemps devait totaliser 342,855 millions de boisseaux en septembre, dont environ 257 millions de boisseaux provenant des grands États producteurs de blé, en l'occurrence le Minnesota, les deux Dakota et le Montana. Ces quatre États devaient également produire 15,050 millions de boisseaux de blé d'hiver, soit un total d'environ 272 millions de boisseaux de blé. Leur récolte de blé Marquis en 1918 a totalisé environ 177 millions de boisseaux. Si le prix moyen du boisseau était de 2 $US, la récolte a atteint une valeur de 354 millions de dollars US. D'autres États y ont ajouté 86 millions de boisseaux, dont probablement la moitié en Marquis. De la sorte, la valeur totale de la récolte s'établit à plus de 370 millions de dollars US. (7, page 245)

Valeurs des récoltes de Marquis en Amérique du Nord, 1917-1918
Canada États-Unis Valeur totale
Source : Buller (7, page 245)
1917 339 000 000 170 000 000 509 200 000
1918 259 200 000 370 000 000 629 200 000

Le tableau précédent montre que si la variété Marquis a été créée au Canada, en 1918, elle était cultivée sur de plus grandes superficies aux Éats-Unis qu'au Canada. (7, page 245)

Tous ces millions ont été payés pour les descendants d'un grain unique d'Halychanka (Red Fife) en provenance d'Ukraine qui a atteint le Canada en 1842. Si cela ne s'était pas produit, à mon avis, ces chiffres auraient été beaucoup plus faibles.

La reconnaissance des excellentes qualités boulangères de ce blé par les meuniers et les négociants en grain américains lui conférèrent bien vite une immense valeur commerciale. Fait encore plus important, l'expansion du blé ukrainien sur le continent américain est devenue un atout d'importance pour les Alliés au cours de la Première Guerre mondiale. En fait, à mon avis, Marquis a aidé les Alliés à gagner la guerre. En 1918, la récolte de Marquis dans l'ouest du Canada et aux États-Unis totalisait plus de 300 millions de boisseaux -- soit assez pour fabriquer du pain pour nourrir 50 millions de personnes pendant toute une année. À 2 $US le boisseau, sa valeur se chiffrait à plus de 600 millions de dollars US. (7, page 246)

Il est facile d'évaluer quantitativement la prospérité que cette variété a apportée aux États-Unis. La richesse qu'elle a engendrée a doté leur économie agricole de solides assises. Par exemple, la récolte de Marquis en 1917 au Minnesota, à lui seul, a donné lieu à une augmentation de richesse de plus de sept millions de dollars.(7, page 249) Les valeurs immatérielles prennent une importance égale, par exemple la fierté et le sentiment de satisfaction engendrés par cette immense réalisation économique, non seulement chez les agriculteurs, mais pour l'ensemble de l'administration américaine.

L'un des indices de l'effet de cette variété sur l'agriculture canadienne tient dans ce qu'environ 80 page 100 de toutes les emblavures de l'ouest du Canada après 1918 étaient sous Marquis. Il a été semé sur des terres en jachère et a donné un rendement d'au moins 20 page 100 supérieur à celui de la variété antérieure dominante -- Red Fife. La récolte de blé de 1918 a totalisé 162 millions de boisseaux, soit une hausse de 16 millions. Si nous tenons compte du climat inclément du Canada qui favorise souvent l'apparition de la rouille ou des dommages par un gel précoce à Red Fife, les avantages de ce blé Marquis pour le pays étaient encore plus considérables. (7, page 254)

D'après M. Milner, un ancien président de la Bourse des grains de Winnipeg, le chiffre final pour les années 1915 à 1918 s'établissait à 376 448 400 boisseaux. Une augmentation annuelle de 25 millions de boisseaux par année était directement attribuable à l'introduction de Marquis. De la sorte, plus de 2 millions de Canadiens ont pu disposer de plus grandes quantités de pain et d'autres produits du blé. (7, page 254 -255)

Bien que les prix du blé aient été plus faibles à ce moment-là, le revenu agricole annuel gagné dans l'ouest du Canada grâce à la variété Marquis est passé de 11,2 millions à 17,5 millions en 1918. Au cours de la Première Guerre mondiale, les prix du blé ont au moins triplé. Les revenus tirés des ventes de Marquis ont rempli les poches des agriculteurs canadiens de millions de dollars pendant de nombreuses années. Les taxes sur les ventes de ce blé ont apporté d'importants bénéfices économiques au gouvernement fédéral et rendu possible la construction d'écoles élémentaires et secondaires, de collèges d'agriculture et d'universités dans les provinces de l'Ouest. Le travail assidu et soigneux de Charles Saunders, associé à la génétique des ancêtres ukrainiens de la variété Marquis, ont apporté une grande contribution au début de la croissance économique du Canada. (7, pages 255-256)

La variété Marquis se développait dans les conditions de culture de l'ouest du Canada, ce qui a encouragé les agriculteurs à élargir leurs emblavures et ce qui pourrait avoir contribué à une forte augmentation du nombre de nouveaux fermiers et immigrants. En fait, l'effet de la variété Marquis sur l'agriculture canadienne a été si considérable qu'il ne peut s'exprimer en simples termes de boisseaux par acre ou de dollars par année.


Sommaire de l'importance du blé Marquis

  1. Mis au point et introduit par Charles Saunders à la Ferme expérimentale centrale d'Ottawa, il descend du blé ukrainien Halychanka (Red Fife).
  2. Il s'agit d'un blé roux vitreux de printemps réputé pour ses qualités meunières et boulangères. Il atteint un plus haut rendement et mûrit en moyenne six jours plus tôt que Red Fife.
  3. Découvert en 1903 et distribué pour la première fois aux agriculteurs de l'ouest du Canada en 1909, il était le blé de printemps dominant au Canada et aux États-Unis en 1918.
  4. Les premières récoltes de Marquis ont été magnifiques :
    1. 1917 - plus de 250 millions de boisseaux d'une valeur de 500 millions de dollars;
    2. 1918 - plus de 300 millions de boisseaux d'une valeur de 600 millions de dollars.
  5. En 1917, après le remplacement d'Halychanka (Red Fife) par Marquis, le rendement en blé du Canada a progressé de plus de 16 millions de boisseaux d'une valeur de quelque 32 millions de dollars.
  6. Sous l'effet du remplacement des variétés Bluestem, Fife et Velvet Chaff par Marquis, la récolte de blé américaine en 1917 a augmenté de plus de 10 millions de boisseaux d'une valeur de 20 millions de dollars.
  7. En 1917, le remplacement des variétés de rendement inférieur par Marquis a fait augmenter la récolte de blé nord-américaine de plus de 26 millions de boisseaux valant 52 millions de dollars. En raison de la crise alimentaire de 1917-1918, ces quantités additionnelles de blé devinrent capitales pour les Alliés au cours de la Première Guerre mondiale.
  8. Son succès international immense a fait la preuve des avantages de la recherche et développement scientifiques par les pouvoirs publics, en particulier la création du système des fermes expérimentales en 1889 (Nos 1-8, de 7, pages 257-258)
  9. D'après le doyen du Collège d'agriculture de la Saskatchewan, L.E. Kirk, la variété Marquis a été le blé de plus haut rendement jamais produit dans le monde. James Boyle, du Collège d'agriculture de l'Université Cornell, souscrit à cette opinion : « La plus grande percée dans le domaine du blé réalisée aux États-Unis a été l'introduction d'une catégorie de blé vitreux de printemps appelé Marquis. L'idée nous vint sans frais du céréaliste du Dominion du Canada, Sir Charles E. Saunders. Au printemps 1903, il a planté un grain unique de ce blé. L'année suivante, il obtint 12 plants. En 12 ans, ces plants s'étaient multipliés en 250 millions de boisseaux. » (12, page 13)
  10. La mise au point de cette variété a non seulement contribué à une vaste expansion de la production de blé et à une augmentation de la prospérité agricole et économique, mais elle a aussi incité un grand nombre d'immigrants à affluer vers les parties septentrionales des trois provinces de l'Ouest et a aussi marqué le début de l'expansion du Canada vers le Nord. Les emblavures du Canada sont passées de 5 096 053 acres en 1906 à 9 335 400 en 1914 et à 16 125 451 en 1918. En 1940, ces superficies se chiffraient à 27 750 000 acres.
  11. Le blé produit par les trois provinces de l'Ouest entre 1910 et 1948 équivalait à plus de 17,5 milliards de dollars. (12, page 15) De ce total, plus de 80 page 100 étaient attribuables au blé Marquis.
  12. En 1949, les superficies sous grain du Canada au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta s'étaient élargies à quelque 200 millions d'acres : 32 077 600 au Manitoba, 80 051 020 en Saskatchewan et 87 449 600 en Alberta, tous ensemencés en Marquis et d'autres variétés descendant de la variété ukrainienne Halychanka (Red Fife). (12, page 14)

Les variétés Kitchener et Quality

Kitchener est une sélection de Marquis produite par Seager Wheeler à la Ferme expérimentale de Rosthern en Saskatchewan en 1911. (7, page 275) Son grain est plus foncé et plus oblong que celui de Marquis, il mûrit deux à trois jours plus tard et ses qualités meunières et boulangères ainsi que la couleur de sa farine sont inférieures, bien que son rendement soit à peu près le même que celui de Marquis et sa tige plus solide. Kitchener est souvent attaqué par la rouille.

Quality est une sélection de Marquis produite par Luther Burbank à Santa Rosa en Californie aux alentours de 1918. Son grain est blanc et plus gros que celui de Marquis. Quality est un des meilleurs blés blancs de printemps pour ce qui est des qualités meunières et boulangères. Son rendement élevé, son excellente qualité et son adaptabilité aux sols plus pauvres l'ont rendu assez populaire au Manitoba; cependant, son grain blanc, sa susceptibilité à la rouille et sa croissance rapide en période pluvieuse l'ont rendu ultérieurement moins populaire. D'après M. Burbank, ce blé « convient à tous les climats où le blé peut être cultivé ». (7, page 235)

La variété Red Bobs

Il est difficile de retrouver tous les noms que le blé Halychanka a reçus de divers cultivateurs et chercheurs. Voici l'histoire de l'un d'entre eux :

Le professeur A.E. Blaunt, qui travaillait au Collège d'agriculture du Colorado en 1880, produisit divers types d'hybrides de blé à partir de Red Fife dont découlèrent des variétés commerciales. Il leur donna des noms de minéraux : Améthyste, Feldspath, Granite, Gypse, Hornblende, Quartz, Rubis et Tourmaline. Certaines de ces variétés ont été envoyées à un chercheur nommé W.J. Farrer, aux Nouvelles Galles du Sud en Australie, qui en prit les meilleures comme géniteurs de ses hybrides. (13, pages 61-62)

Farrer n'a pas indiqué l'origine de ces blés du Colorado et baptisa certains d'entre eux de noms complètement différents. Ils devinrent donc connus comme les géniteurs de ses propres hybrides. De la sorte, le nom du blé ukrainien Halychanka (Red Fife) disparut complètement.

Par exemple, Blaunt mit au point deux sélections à partir de la variété ukrénienne Halychanka (Red Fife) qu'il baptisa Saxon Fife et Improved Fife ainsi que Blaunt's Fife, qui fut connu ultérieurement sous le nom commercial de Gypse. M. Farrer reçut un échantillon de Gypse qu'il renomma Blaunt's Lambrigg. Il sélectionna plusieurs plants, les multiplia et leur donna le nouveau nom de Bobs. Cette variété présente des grains blancs ainsi que certains grains rouges, de bons rendements et de très bonnes qualités meunières et boulangères. D'Australie, cette variété arriva à William Saunders au Canada. Ultérieurement, Bobs a été reconnu aux États-Unis. Commentant avec amertume ces changements de nom, le chercheur américain R. Ball écrit : « Cela illustre le fait que nos propres grains vont à l'étranger et nous reviennent rebaptisés. » (13, page 62)

Lorsque Saunders reçut son échantillon de la variété Bobs, il admit que son rendement était plus élevé que celui de Marquis, mais il ne voulait pas l'introduire dans l'Ouest canadien à cause de son grain blanc. Sur le marché britannique des grains, l'Australie était reconnue pour ses variétés blanches alors que le Canada l'était pour les blés rouges. La norme du blé d'exportation du Canada était un blé le plus roux possible, et ses critères d'évaluation étaient fixés de façon à décourager la culture du blé blanc.


Le développement ultérieur de la variété Red Bobs est décrit par Buller (7, page 262) :

« M. Wheeler de Rosthern en Saskatchewan... qui procédait à des sélections à partir de souches de Early Red Fife et de Preston du Dr Saunders, a entendu parler de Bobs et au cours de l'hiver de 1907-1908, il en acquit un échantillon de 10 livres de la Ferme expérimentale d'Indian Head. »

L'une des conclusions intéressantes tient dans ce qu'il n'y avait aucune différence entre le Early Red Fife, Preston et le Bobs australien (1909). Les plants de la variété Bobs étaient également très uniformes.

En 1910, Wheeler répéta son expérience sur une surface d'un quart d'acre. Le résultat a été le même, à la seule différence que certains épis de Bobs renfermaient des grains roux. Aussi, Wheeler appela-t-il les Bobs d'Australie, White Bobs, et cette variété à grains roux, Red Bobs. En 1911, il sema de nouveau les grains de chacun des épis dans des rangs distincts. Les plants issus de ces premiers grains roux étaient assez diversifiés. Certains étaient semblables à Red Fife, d'autres avaient des barbes tout au long de l'épi, certains avaient des barbes courtes à l'extrémité de l'épi et parfois l'épi entier était semblable à celui de Red Fife. Certains plants étaient élevés, d'autres courts, d'autres entre les deux. Il en était de même de leurs caractéristiques de maturité: certains étaient hâtifs, d'autres plus tardifs. Tous les grains étaient roux.

Cette diversité des caractères montre qu'un hybride naturel avait été produit dans le champ de Wheeler en 1909. Il s'agissait d'un croisement entre White Bobs, Red Fife et Preston. La ségrégation a été démontrée avec la seconde génération conformément aux lois de Mendel. La description faite par Buller de la sélection de Red Bobs montre qu'en 1918, cette variété était déjà complète. Une comparaison des variétés Red Bobs, Marquis et Kitchener a révélé que la première mûrissait quelques jours plus tôt que les deux autres.

Il existe deux sources d'information sur la variété Red Bobs, en supposant qu'il n'y ait eu qu'une seule variété Red Bobs au Canada. La première bien entendu est Buller (7, pages 259-277); l'autre (11, page 39) explique l'origine de Red Bobs dont elle fait une nouvelle sélection de la variété Early Triumph obtenue à l'Université d'Alberta et distribuée pour la première fois aux alentours de 1925. Sur l'origine de Early Triumph, cette source écrit :

« En 1910, Seager Wheeler, de Rosthern en Saskatchewan, trouva un épi de blé dont les grains étaient roux parmi les grains de la variété australienne Bobs qu'il cultivait parallèlement à la variété Early Red Fife. La génération de ces grains roux a été baptisée Early Triumph. » (11, page 22)

Il est à noter que les auteurs de la deuxième publication ne mentionnent pas les éléments détaillés qui se trouvent dans Buller, qui lui ne mentionne pas l'existence d'Early Triumph.

Le diagramme suivant présente un résumé du chemin de Red Fife du Canada aux États-Unis et à l'Australie puis de nouveau au Canada.

La description de cette image suit.

Description de l'image ci-dessus

Ce graphique montre comment le nom original du blé Ukraninan Halychanka (Red Fife) a complètement disparu. Sous le professeur A.E. Blaunt, le Red Fife est devenu connu sous le nom Improved Fife et après comme Saxon Fife.



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Description de l'image ci-dessus

Cette image montre comment le blé américain est renommé après être expédiés outremer. Le nom original d'un hybride de Saxon Fife et Improved Fife est devenu connu sous le nom Blount Fife aux États-Unis (livré commercialement sous le nom de Gypsum). Cependant, une fois W.J. Farrer a reçu un échantillon de Gypsum en Australie, il l'a renommé Blount's Lambrigg. Il a ensuite pris plusieurs de ces plantes, les a propagées et donné le nouveau nom Bobs. Ces Bobs ont ensuite été transportés au Canada.



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Description de l'image ci-dessus

Cette image trace le développement de la variété de blé appelé Bobs Early Red Fife au Canada. Des scientifiques de blé ont hésité à présenter l'original Bobs australiens dans l'Ouest du Canada à cause de son grain blanc étrangère. Pour remédier cette situation des Bobs avec des grains rouges ont été développés, qui est devenu connu sous le nom Early Red Fife. La prochaine génération de grains rouges a été présentée au public à travers le développement de Early Triumph, qui était un hybride entre les variétés Bobs australiens et Early Red Fife. Une espèce appelée Red Bobs 222 a ensuite été développée au Canada à partir du blé Early Triumph.


Early Triumph paraît différent de Red Bobs, alors que sa farine a une qualité qui rappelle beaucoup celle de Marquis. Il s'agit donc d'un blé d'une catégorie de grande valeur. Red Bobs donne une farine de qualité quelque peu meilleure que celle de Marquis, mais elles sont de la même couleur. Red Bobs est cultivé principalement dans le sud de l'Alberta où il survit.

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