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Amenez des renforts : de nouveaux scarabées bousiers pour aider à décomposer la bouse sur les pâturages du Canada

Les scarabées bousiers peuvent prendre des heures, des jours ou des mois pour disperser ou enfouir les bouses de vaches déposées sur les pâturages. Cela dépend beaucoup du nombre et des espèces de scarabées présents, qui ont beaucoup de travail à faire. En effet, une vache peut produire jusqu'à 22 kg de bouse par jour durant la saison de croissance, et le cheptel du Canada se chiffre à environ 14 millions de bovins. La décomposition des bouses par ces insectes infatigables est extrêmement profitable aux grands éleveurs canadiens.

M. Kevin Floate (Ph.D.), scientifique spécialiste des scarabées bousiers au Centre de recherches de Lethbridge (Alberta) d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), dirige une équipe de recherche qui vise à mieux faire connaître ces insectes et à introduire dans les pâturages du Canada des espèces qui décomposent plus efficacement la bouse.

Bénéfices de la décomposition de la bouse

La bouse non décomposée réduit la superficie de pâturage pouvant être broutée, constitue un habitat de reproduction pour des organismes nuisibles au bétail et enlève de l'azote et des minéraux au sol. Par leur alimentation et leur creusage de galeries, les insectes qui se reproduisent dans la bouse accélèrent le retour au sol de la matière organique de la bouse, ce qui accroît le rendement en fourrage, accroît l'aération du sol et sa rétention d'eau, élimine des habitats de reproduction d'organismes nuisibles au bétail et accroît la valeur esthétique générale du paysage rural.

Il est difficile d'évaluer les bénéfices économiques des services rendus par les insectes bousiers, mais certains ont essayé. Ainsi, dans une étude, on a calculé que la décomposition accélérée des bouses procurerait un bénéfice annuel de deux milliards de dollars aux États-Unis Note de bas de page 1. Dans une autre étude, on a estimé que la bouse déposée par un troupeau de 455 bovins sur des pâturages du nord de la Californie représentait une perte d'environ 4 800 $ entre le moment où la bouse est déposée et la fin de sa décomposition (trois ans) Note de bas de page 2.

Insectes se reproduisant dans la bouse

Il ne suffit que de quelques minutes pour qu'une bouse fraîchement déposée sur un pâturage se fasse coloniser par des scarabées bousiers, des mouches, des guêpes parasites et des coléoptères prédateurs. En Amérique du Nord, on trouve plus de 450 espèces d'insectes dans la bouse de bovin, dont 80 espèces dans l'Ouest canadien Note de bas de page 3. Parmi ces espèces, la mouche faciale, la mouche des cornes et la mouche des étables sont nuisibles, mais elles ne représentent qu'une petite fraction de ces insectes. La grande majorité des insectes de la bouse sont bénéfiques parce qu'ils sont des ennemis naturels d'espèces nuisibles ou qu'ils accélèrent la décomposition des bouses par leur activités d'alimentation ou de creusage de galeries.

L'activité de ces insectes est maximale au printemps, diminue durant la période chaude et sèche de juillet et d'août, puis augmente de nouveau à l'automne avant l'arrivée de l'hiver. D'octobre à avril, les insectes restent inactifs dans le sol ou la bouse. Au printemps, ils émergent pour coloniser des bouses fraîches humides, en évitant les vieilles bouses sèches qui ne les attirent plus. Ce cycle d'activité explique pourquoi les bouses déposées en février peuvent rester intactes durant des années.

Les scarabées bousiers, qui constituent souvent les insectes les plus gros et les plus abondants dans la bouse de bovin, sont les principaux agents de décomposition des bouses. Parmi les nombreuses espèces de bousiers, il y en a qui creusent des galeries, d'autres qui façonnent et roulent des boules de bouse et d'autres encore - les résidents - qui vivent et se reproduisent directement dans les bouses. Les creuseurs et les rouleurs sont les bousiers les plus désirables. Ils peuvent disperser et enfouir une bouse fraîche en moins d'une semaine. Les adultes qui trouvent une bouse en retirent de petits morceaux. Les creuseurs de galeries enfouissent ces morceaux dans des chambres souterraines pouvant se trouver de 15 à 20 cm sous la bouse, tandis que les rouleurs poussent des boules de bouse sur une certaine distance avant de les enfouir. Ces morceaux de bouse servent de nourriture aux larves qui éclosent des oeufs pondus dans les chambres souterraines. L'enfouissement de la bouse augmente non seulement la fertilité du sol, mais aussi son aération et sa perméabilité à l'eau. Les bousiers qui vivent et se reproduisent directement dans les bouses sont les moins désirables, car ils décomposent les bouses sur une période de plusieurs semaines et ne creusent pas de galeries dans le sol. Ils pondent leurs oeufs dans des chambres qu'ils créent dans la bouse, et les larves qui éclosent de ces oeufs s'alimentent à même la bouse et la décomposent en lui donnant l'aspect de la sciure de bois. Les bousiers de ce type sont les plus communs dans les pâturages du Canada.

De nouveaux bousiers pour le Canada?

En 2007, du financement offert par le Canada/Alberta Livestock Research Trust a permis d'évaluer la possibilité d'introduire deux nouvelles espèces de bousiers creuseurs de galeries au Canada, soit le Digitonthophagus gazella et l'Onthophagus taurus, espèces européennes qui ont été introduites dans le sud est des États-Unis au début des années 1970.

Ainsi, des chercheurs d'AAC ont mis au point des modèles informatiques et effectué des études sur la tolérance aux températures et des introductions en cage dans des champs pour déterminer si ces deux espèces pourraient survivre au Canada.

Créés par Owen Olfert (Ph.D.), du Centre de recherches de Saskatoon d'AAC (Saskatoon, Sask.), les modèles informatiques utilisent des données de température et d'humidité pour les sites où les deux espèces sont présentes ailleurs au monde pour prédire si elles pourraient s'établir au Canada d'après les données correspondantes pour le Canada. Les modèles ont montré que le D. gazella ne pourrait pas s'établir au Canada, mais que l'O. taurus pourrait survivre dans la majeure partie du sud du Canada, en particulier dans le sud du Québec et de l'Ontario.

Les études sur la tolérance aux températures des deux espèces appuient ces résultats. À Lethbridge, on a établi en laboratoire des colonies de D. gazella et d'O. taurus à partir d'individus fournis par Wes Watson (Ph.D.), de la North Carolina State University, à Raleigh (Caroline du Nord). On a gardé les oeufs de ces colonies à des températures constantes s'échelonnant de 10 à 32°C à intervalles de 2°C. Le développement de l'oeuf à l'adulte a nécessité une température minimale de 22°C pour le D. gazella, mais de seulement 16°C pour l'O. taurus. Les deux espèces se développent dans de la bouse enfouie dans le sol à des profondeurs d'environ 10 à 15 cm. La température fraîche du sol à ces profondeurs empêche le développement du D. gazella , mais pas nécessairement celui de l'O. taurus.

Des introductions en champ ont confirmé les résultats des modèles informatiques et des expériences de laboratoire. Durant les étés de 2009 et de 2010, on a introduit des D. gazella et O. taurus adultes dans des bacs de plastiques placés dans le sol et couverts d'un grillage métallique pour empêcher les insectes de s'échapper. On les a approvisionnés de bouse fraîche chaque semaine jusqu'en octobre. Aux printemps de 2010 et de 2011, on a examiné attentivement le sol et la vieille bouse dans chaque bac. On a déterminé que les O. taurus adultes vivants trouvés dans les bacs chaque année étaient issus des individus qui avaient été placés dans les bacs, ce qui montre que cette espèce peut survivre l'hiver et compléter son cycle de développement dans le sud de l'Alberta. Par contre, on n'a retrouvé aucun D. gazella vivant.

On a introduit des O. taurus sur des pâturages naturels près de Lethbridge en 2009 et en 2010. De petits nombres d'O. taurus ont été retrouvés dans des pièges à fosse appâtés à la bouse en 2010, mais aucun ne l'a été en 2011. Les chercheurs d'AAC continuent de surveiller les sites d'introduction pour évaluer le succès d'établissement de cet insecte.

Idéalement, des populations d'O. taurus s'établiront et s'étendront graduellement afin d'accroître la décomposition de la bouse de bovin et la productivité des pâturages dans le sud de l'Alberta.

Onthophagus taurus
Onthophagus taurus
(longueur de 6 à 12 mm)
Digitonthophagus gazelle
Digitonthophagus gazelle
(longueur de 8 à 13 mm)
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