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Gaz à effet de serre et agriculture

Dans une proportion de 10 %, les émissions de gaz à effet de serre au Canada sont imputables à la production des cultures et du bétail. On exclut dans ce cas les émissions attribuables à la consommation de combustibles fossiles ou à la production d'engrais.

Voici les principaux gaz qui se dégagent de l'activité agricole :

Précisons que l'agriculture peut aussi aider à freiner la transformation du climat par le stockage de carbone dans les terres agricoles. Le stockage ou la fixation du carbone dans le sol sous forme de matière organique, dans la végétation pérenne et dans les arbres réduit les charges atmosphériques de dioxyde de carbone.

Pour plus d’information sur la façon d'évaluer les émissions de gaz à effet de serre agricoles et de mettre à l’essai des méthodes pour réduire ces émissions, veuillez consulter le logiciel Holos.

Sources d'émissions de gaz à effet de serre dans l'agriculture canadienne à l'exclusion des émissions de CO2 liées à la consommation d'énergie
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Remarque : la taille de la flèche indique l'ordre de grandeur relatif des émissions ou les quantités en fixation.

Description – Sources d'émissions de gaz à effet de serre dans l'agriculture canadienne à l'exclusion des émissions de CO2 liées à la consommation d'énergie

Cette figure montre l'ordre de grandeur relatif des émissions de gaz à effet de serre provenant de quatre sources. De celle qui produit le plus d'émissions à celle qui en produit le moins, les sources sont la fermentation intestinale (CH4), les sols (N2O), le fumier (N2O et CH4) et les émissions indirectes de N2O. La figure montre aussi l'absorption du CO2 de l'atmosphère par les sols à peu près à l'échelle des émissions par le fumier et des émissions indirectes.

L'activité agricole a inévitablement pour effet de produire des émissions multiples de gaz à effet de serre. L'oxyde nitreux émis peut directement venir de l'épandage d'engrais organiques ou non, de la décomposition de résidus culturaux, de la culture des sols organiques ou de l'entreposage de fumier. Il peut aussi y avoir des émissions indirectes par l'azote qui se répand lorsqu'il est volatilisé et que l'ammoniac se redépose ou encore lorsqu'il entre en lixiviation et en ruissellement.

Les émissions de méthane de l'activité agricole au Canada sont principalement imputables à la fermentation entérique chez les ruminants et à la décomposition anaérobie du fumier entreposé. Quand la matière organique des aliments pour animaux ou du fumier se décompose en milieu anaérobie, une partie en est dégagée sous forme de méthane.

Les sols agricoles peuvent soit émettre soit absorber du dioxyde de carbone. La différence réside dans l'effet net d'absorption hors de l'atmosphère par les cultures avec le stockage qui suit dans le sol des résidus culturaux et de la matière organique et dans l'effet net de dégagement dans l'atmosphère par la décomposition de ces résidus et de cette matière.

L'agriculture émet les trois gaz à effet de serre mentionnés, soit le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l'oxyde nitreux (N2O). Ces gaz diffèrent cependant par leur capacité d'emprisonner la chaleur. Tonne pour tonne, le CH4 est plus de 20 fois plus efficace sur ce plan que le CO2; dans le cas du N2O, cette supériorité est d'environ 300 fois.

Pour comparer les émissions de ces gaz en toute égalité, nous parlons couramment d'équivalents de CO2 (ainsi, le N2O correspond à 298 équivalents de CO2).

L'agriculture retire aussi du CO2 de l'atmosphère, puisque les champs cultivés et les pâturages peuvent être gérés de sorte que soient extraites et stockées de grandes quantités de cette substance sous forme de carbone du sol à l'état organique.

Voir aussi :

Dioxyde de carbone

La nature se sert du carbone pour stocker de l'énergie. Dans l'atmosphère, cette substance se présente surtout sous la forme de dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO2). Par le processus de photosynthèse, les plantes vertes investissent l'énergie solaire dans ce CO2 servant à l'élaboration d'abord des sucres, puis d'autres substances riches en énergie. D'autres organismes - microbes, vaches et humains, entre autres - ingèrent ensuite ces matières végétales et les ramènent par combustion à l'état de CO2, captant l'énergie solaire qu'il contient pour vivre et croître.

Il y a des matières carbonées et riches d'énergie qui peuvent ainsi être stockées des milliers, voire des millions d'années avant d'être reconverties en CO2. Il y a les sols, par exemple, qui contiennent de vastes quantités de carbone à l'état organique (sous forme d'humus) ou bien à l'état carboné dans des combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel. C'est là de l'énergie solaire emprisonnée dans les plantes depuis très longtemps.

Carbone du sol

On pourrait comparer le milieu agricole et d'autres écosystèmes à des accumulateurs. Accumuler le carbone est comme charger des accumulateurs et perdre du carbone est comme les décharger. Dans l'agriculture canadienne, le carbone est surtout stocké dans la matière organique des sols. Les variations des quantités stockées dépendent du taux d'incorporation de carbone sous forme de débris végétaux par opposition au taux de déperdition de carbone par la décomposition.

Si les gains dans ce domaine l'emportent sur les pertes, le carbone du sol s'accumule. On parle alors de puits de carbone. Dans le cas contraire, le carbone du sol s'appauvrit. C'est ce qu'on appelle une source de carbone.

Cycle du carbone d'un écosystème agricole
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Description – Cycle du carbone d'un écosystème agricole

Cette figure présente un système carbone simplifié. Les végétaux utilisent l'énergie solaire et le dioxyde de carbone atmosphérique pour leur croissance. Les tissus végétaux sont soustraits de l'écosystème au moment de la récolte ou se décomposent et ajoutent de la matière organique au sol. La décomposition biologique achève le cycle en renvoyant le CO2 dans l'atmosphère.

La présence de carbone dans le sol est dynamique. Les variations des quantités stockées dans la matière organique des sols dépendent des taux relatifs d'incorporation de débris végétaux et d'émission de CO2 par décomposition. Si les gains l'emportent sur les pertes, les quantités stockées augmentent et, dans le cas contraire, elles diminuent. Pour accroître le carbone stocké, on doit adopter des pratiques qui :

  1. haussent le rendement végétal (photosynthèse),
  2. augmentent la proportion de carbone en fixation qui s'incorpore au sol, ou
  3. ralentissent le rythme de décomposition de la matière organique.

Ce que peuvent faire les agriculteurs pour renforcer l'effet de puits de carbone

Dans leur gestion des sols pour la culture et l'élevage, les agriculteurs du monde se trouvent inconsciemment à gérer un réservoir de carbone du sol qui équivaut en gros à tout le carbone qui aurait été dégagé en 100 ans de consommation de combustibles fossiles au rythme actuel de cette consommation dans le monde. Ces dernières années, la taille de cet immense réservoir n'a que très peu changé.

Malgré cette apparente stabilité, il n'y a rien de permanent à tout ce carbone qu'il renferme, ni aux pratiques agricoles qui favorisent une telle stabilité.

Quand des terres ont initialement été mises en culture dans l'histoire, de grandes quantités de carbone ont été perdues parce que la culture accélérait la décomposition. Les récoltes ont aussi pour effet de diminuer la quantité de carbone qui peut revenir dans les sols. Il reste que, de nos jours, les agriculteurs peuvent recouvrer une partie de ce carbone perdu en améliorant leurs pratiques.

Si celles-ci accroissent les quantités de carbone stocké dans les sols, elles rendent aussi ces mêmes sols plus productifs et plus durables pour les générations futures, tout en continuant à retirer du CO2 de l'atmosphère.

Lorsqu'on fait évoluer les pratiques de gestion des sols de manière à accroître les quantités de carbone du sol à l'état organique, le CO2 est efficacement retiré de l'atmosphère et mis en stockage ou en fixation dans les sols. On se trouve à accroître la taille des « puits de carbone ». Voici des pratiques agricoles favorables à cet effet de croissance :

De telles pratiques ont pour effet non seulement d'accroître le carbone en stockage dans le sol, mais aussi d'augmenter la productivité des sols, d'améliorer la qualité de l'eau qui s'écoule des terres agricoles par le ruissellement ou le drainage et d'offrir un milieu plus hospitalier à la faune qui habite le milieu agricole.

Photo d'un champ ensemencé à l'aide d'un semoir pneumatique, qui perturbe le sol au minimum.

Labour de conservation

Elles sont aussi de nature à améliorer la rentabilité. Ainsi, un travail réduit du sol augmente l'efficacité énergétique par une moindre utilisation des machines agricoles. En améliorant les variétés cultivées et la fertilisation des champs, on peut accroître les rendements et les quantités de carbone dans le sol.

Au Canada, un quart de million d'agriculteurs gèrent un territoire agricole d'environ 68 millions d'hectares. Dans l'ensemble, ils ont considérablement accru par leurs pratiques de gestion des sols la durabilité des terres cultivées et des pâturages.

En l'an 2000, les sols agricoles ont stocké plus de carbone qu'ils n'en ont émis pour la première fois dans l'histoire du pays. On doit cette réalisation à une ferme volonté de combattre la dégradation des sols par la désertification et l'érosion dévastatrice ayant marqué la majeure partie du XXe siècle.

Au rythme actuel d'adoption de pratiques agricoles de stockage du carbone au Canada, cette substance pourrait continuer à s'accumuler dans les sols jusqu'au moins en l'an 2040, après quoi le maintien de ces pratiques de conservation entretiendra ce « puits de carbone » sans nécessairement l'augmenter.

Méthane

Quand parfois des matières à teneur en carbone se décomposent sans un apport suffisant en oxygène, la flore microbienne produit du méthane (CH4) au lieu du dioxyde de carbone (CO2). Dans l'agriculture canadienne, cela peut se produire dans deux cas. Dans le premier, du CH4 se forme dans le rumen (compartiment avant de l'estomac) de ruminants comme les bovins et les ovins par un processus bactérien appelé fermentation entérique et, dans le second, dans les lieux d'entreposage de fumier où une forte charge d'humidité limite l'apport d'oxygène.

La fermentation entérique est la première source en importance de méthane produit par l'agriculture au Canada. Elle a cette importance puisque le bétail transforme par ce processus en énergie utilisable des matières normalement indigestes comme l'herbe et le foin.

L'autre source est l'entreposage du fumier plus particulièrement à l'état humide ou sous forme de boue, l'eau empêchant alors les apports d'oxygène pendant la décomposition.

Le fumier joue un rôle essentiel dans les systèmes agricoles modernes
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Description – Le fumier joue un rôle essentiel dans les systèmes agricoles modernes

Cette figure présente le cycle des éléments nutritifs dans un élevage ainsi que les gaz à effet de serre qui s'échappent de l'écosystème. Le bétail se nourrit de végétaux cultivés et les matières qu'il excrète sont placées dans des installations d'entreposage du fumier. Les émissions de CH4, de N2O et de CO2 représentent des pertes pour le système. Le fumier entreposé est épandu sur le sol, où il est absorbé par les cultures, ce qui achève le cycle.

Les éléments nutritifs absorbés par les cultures sont ingérés par le bétail qui en excrète ensuite une partie dans ses déjections. Le fumier ainsi formé pose des problèmes d'évacuation aux agriculteurs, mais c'est aussi une ressource, car il renferme de précieux éléments nutritifs qui nourriront les sols, tout en se prêtant à des mesures d'élimination par les producteurs.

Réduction des quantités de méthane

Les scientifiques ont longuement étudié les émissions de CH4 des ruminants. S'il y a des émissions, c'est que l'animal n'a pas utilisé efficacement le contenu énergétique des aliments qu'il a ingérés pour la production de viande ou de lait. Dans leurs travaux, les chercheurs ont trouvé de bons moyens de diminuer ces émissions. Un de ces moyens consiste à modifier le régime alimentaire du bétail en employant des rations riches en grain, en y ajoutant des graisses ou des huiles et en recourant à des agents antimicrobiens comme les ionophores qui, du moins pour un certain temps, abaissent les émissions.

En servant aux bovins un fourrage d'une meilleure qualité - si on remplace, par exemple, le foin herbacé par de la luzerne -, on peut aussi diminuer les émissions de CH4 par unité de production animale. Les scientifiques expérimentent également des composés comme les tanins naturellement présents dans certaines cultures fourragères comme moyen de suppression du méthane. Ils étudient divers autres agents comme les levures, les acides organiques, des composés halogénés comme le chloroforme et d'éventuels vaccins, dont l'efficacité de l'action réductrice est encore largement à confirmer dans un certain nombre de cas.

Par-delà ces méthodes directes, on peut indirectement réduire les émissions de CH4 en optant pour des pratiques de gestion favorables à la productivité. Ainsi, on peut :

De telles pratiques peuvent ne pas diminuer les émissions par animal et par jour, mais elles peuvent le faire par kilogramme de viande ou de lait produit. La recherche nous indique également la possibilité de réduire le méthane en provenance du fumier. Comme pratiques de gestion susceptibles de se révéler efficaces dans ce domaine, mentionnons notamment l'aération du fumier, son entreposage à de basses températures (sous le sol), sa mise à disposition plus fréquente et l'emploi d'une matière de lit qui améliore l'aération et permet le compostage (l'efficacité générale de cette pratique peut cependant être variable, en partie à cause d'émissions possibles de N2O).

Un autre moyen de diminuer les émissions du fumier est d'en éliminer le CH4 par des filtres biologiques ou, mieux encore, de le piéger et de le consommer en combustible comme complément aux combustibles fossiles qu'il faudrait autrement utiliser.

Oxyde nitreux

L'oxyde nitreux est un autre gaz à effet de serre (GES) émis par l'agriculture au Canada et qui rend compte d'environ la moitié de l'effet calorique des émissions agricoles. Ce gaz qui nous est familier sous le nom de gaz hilarant est produit dans la nature par la flore microbienne qui transforme l'azote dans le sol. Tous les sols dégagent de l'oxyde nitreux (N2O), mais les sols agricoles en émettent davantage à cause des charges azotées qui sont incorporées au sol sous forme d'engrais, de fumier ou d'autres apports.

Sans ces compléments qui suppléent la déperdition d'azote en agriculture par ce qui est récolté en grain, lait, viande ou autre, les rendements culturaux seraient rapidement en décroissance, mais plus ces apports azotés augmentent, plus s'accroissent aussi les pertes éventuelles dans l'environnement par l'azote qui s'échappe dans l'atmosphère sous forme de N2O, par exemple.

En règle générale, les scientifiques supposent qu'environ 1 % seulement de l'azote d'apport en agriculture est émis sous forme de N2O, mais le phénomène peut amplement varier avec la charge d'humidité des sols qu'influence leur déclivité ou leur nature argileuse (les sols plus humides produiront normalement plus d'émissions, par exemple).

Il n'y a pas que le N2O que dégagent directement les sols, puisque l'agriculture peut également être source d'émissions indirectes. Dans ce cas, du N2O est produit hors des limites de la ferme par la lixiviation de l'azote dans les champs ou son dégagement dans l'atmosphère sous forme d'ammoniac.

Une fois sorti de la ferme, l'azote peut gagner le milieu environnant et se transformer en N2O qui sera émis. Ces émissions ne sont pas directement produites dans les fermes, mais elles viennent de l'azote utilisé en agriculture. C'est donc du N2O dont l'origine est agricole. Voici un schéma illustrant le cycle de l'azote en milieu agricole :

Contextualisation du cycle de l'azote dans l'agriculture au Canada
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Description – Contextualisation du cycle de l'azote dans l'agriculture au Canada

Cette figure montre les parcours des composés azotés dans un écosystème agricole. Des mouvements se produisent à l'intérieur du système, ou il peut s'agir d'importations vers le système ou d'exportations du système. L'azote est importé à la ferme sous forme d'ammonium et d'engrais azotés. L'azote est exporté du système dans les récoltes et les produits du bétail, l'ammonium et l'oxyde nitreux qui s'évaporent dans l'air et les nitrates lessivés du sol. À l'intérieur du système, l'azote du fumier, des engrais et de la matière organique du sol est absorbé par les plantes. Le diazote de l'atmosphère peut être fixé par les légumineuses et ajouté au sol sous forme de matières organiques après la décomposition des résidus des plantes.

Il se produit de l'oxyde nitreux en de nombreux points de ce cycle. Par diazote, on entend l'azote naturellement présent à l'état gazeux (N2) qui est un important constituant de notre atmosphère.

Réduction de l'oxyde nitreux

Comme le N2O vient surtout d'un excès d'azote dans les sols, un moyen de combattre les émissions de ce gaz serait de se servir judicieusement des engrais, c'est-à-dire d'en ajouter juste assez en temps et lieu pour répondre aux besoins des cultures en évitant d'épandre en quantité excessive. On peut ainsi abaisser les coûts des engrais pour les producteurs et les quantités d'azote qui se perdent par fertilisation excessive.

On pourra utiliser les engrais avec plus d'efficience si on :

De même, l'efficience de l'utilisation du fumier est de nature à limiter les émissions de N2O : non seulement le fumier aura moins d'émissions, mais aussi les besoins en engrais diminueront. Peut-être le moyen le plus fondamental de réduire les émissions de N2O du fumier est-il de modifier les rations servies au bétail pour que moins d'azote soit excrété dans l'urine et les fèces au départ.

Voici d'autres pratiques pouvant parfois réduire les émissions de N2O de l'agriculture :

Pour la plupart, les moyens de réduction des émissions de N2O dépendent d'une plus grande efficience de l'utilisation d'azote en agriculture. Les progrès dans ce domaine offrent bien d'autres avantages :

On a accompli de nets progrès dans ce domaine, mais le cycle de l'azote en agriculture engendre toujours des rejets de N2O et la réduction de ces rejets demeure une priorité des chercheurs.

Mesure des émissions

On mesure les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'agriculture en partie dans l'optique du respect des engagements internationaux du Canada. Ainsi, notre pays se doit de présenter des estimations annuelles sûres des émissions de toutes les sources importantes, dont l'activité agricole. On se trouve aussi à mesurer les émissions pour des raisons scientifiques : sans une mesure précise, comment savoir quelles pratiques parmi plusieurs réussissent le mieux à réduire les émissions?

Faute de bonnes estimations, comment comprendre les principes qui sous-tendent la formation et la libération des GES?

Il est difficile de mesurer les émissions agricoles en raison de leur provenance multiple en agriculture, qu'il s'agisse des sols, des animaux de toute catégorie ou des machines agricoles. Tantôt les gaz fuient lentement dans l'atmosphère, tantôt ils se dégagent en bouffées irrégulières.

Pour appréhender les émissions, les scientifiques ont conçu une foule de moyens :

Aucune méthode n'est parfaite, mais chacune joue son rôle. En regroupant les résultats de l'emploi de toutes ces méthodes, les scientifiques dégagent des estimations relativement bonnes des émissions et des facteurs qui les conditionnent. Cette compréhension s'incarne ensuite habituellement dans des modèles ou des jeux d'équations permettant de prévoir les émissions de GES pour tout ensemble de conditions.

De tels modèles sont déjà amplement utilisés, mais les chercheurs continuent à en accroître la robustesse et la fiabilité.

Principales techniques de mesure
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Description - Principales techniques de mesure

Cette figure présente cinq méthodes de mesure sur un diagramme cartésien : l'axe des Y est « l'échelle temporelle de mesure » et l'axe des X est « l'échelle spatiale de mesure ». Cinq méthodes de mesure des gaz se trouvent sur les axes : la chambre, le laser, la tour, l'avion et le ballon. La technique de la chambre de capture des gaz convient pour une durée maximale d'une heure sur des superficies d'un mètre ou moins. La technologie laser convient pour des périodes allant d'une heure à plusieurs jours et pour des superficies de 1 à 100 mètres. Les tours sont utilisées pour des périodes allant d'une heure à plus d'un an et des distances de 100 à 1 000 mètres. Les avions peuvent mesurer des superficies de 1 à 10 km pendant une portion d'une seule journée. Les ballons peuvent être utilisés pour des superficies semblables à celles des avions, mais pour des périodes pouvant atteindre plusieurs jours.

Diverses techniques de mesure servent à estimer les émissions de GES de l'agriculture au Canada. Chacune vaut pour un cadre spatiotemporel bien précis qui est représenté par la taille de la photo dans la figure. En combinant les techniques pour différents cadres spatiotemporels, les scientifiques sont en mesure d'estimer les émissions de GES à une échelle spatiale qui va d'un mètre carré à plusieurs kilomètres carrés et à une échelle temporelle qui va de quelques minutes à plusieurs années.
Source et crédits photographiques : R. Desjardins, E. Pattey, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Ottawa (Ontario); P.-L. Lizotte. Université McGill, Montréal (Québec).

Quantités d'émissions que nous produisons

Provenance des émissions de GES en ferme et hors ferme
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Description - Provenance des émissions de GES en ferme et hors ferme

Cette figure montre les sources d'émissions de gaz à effet de serre attribuables à l'agriculture à la ferme et hors ferme. À la ferme, le fumier émet du méthane; le fumier, le travail du sol, la décomposition des résidus de culture et la combustion d'énergie fossile émettent de l'oxyde nitreux, et la décomposition des résidus de culture et la combustion d'énergie fossile émettent du dioxyde de carbone. Hors ferme, du dioxyde de carbone est émis pour la production d'électricité, d'engrais, de pesticides, d'équipement et de matériaux de construction, et du nitrate et de l'oxyde nitreux sont perdus par ruissellement.

En 2009, le Canada a produit 690 millions de tonnes d'équivalents de CO2 (Mt CO2e) de toute provenance, surtout sous forme de CO2 issu de la consommation d'énergie. L'agriculture rendait compte d'environ 8 % de ces émissions (56 Mt CO2e), en grande partie sous forme de CH4 (aux deux tiers environ) et de N2O (au tiers environ). On ne prend pas en compte ici les émissions de la consommation d'énergie; si on le faisait, l'agriculture rendrait compte en gros de 10 % des émissions au Canada.

Comme nous l'avons mentionné, les sols agricoles retirent des quantités appréciables de CO2 de l'atmosphère lorsqu'il y a gain de carbone du sol par l'amélioration des pratiques agricoles (la quantité extraite a approximativement été de 12 Mt CO2e en 2009). En réalité, le territoire agricole canadien est depuis environ 1990 un puits de CO2 en valeur nette. Il reste que, récemment encore, ce retrait de CO2 sur le territoire agricole était contrebalancé par les pertes de carbone imputables à de nouvelles mesures de conversion agricole de forêts ou de prairies. Ce n'est que depuis l'an 2000 en gros que ce territoire est devenu un puits net de CO2 une fois prise en compte cette conversion à l'agriculture.

Les émissions annuelles totales de GES de l'agriculture au Canada ont augmenté de 1990 à 2009 (voir la figure qui suit). Le grand facteur qui a joué est la croissance des populations bovines et porcines, bien que les cheptels se soient stabilisés ces dernières années.

Depuis 2005, on observe aussi une stabilisation des émissions de l'agriculture. En contrepoids aux baisses des émissions des productions animales, on relève des hausses des émissions des productions végétales.

En 2009, on a constaté une diminution apparente des émissions par un maintien de la décroissance des émissions des élevages et une réduction des émissions des cultures. Toutefois, ce recul pourrait s'avérer négligeable par rapport à la variabilité du phénomène ou à celle du régime climatique d'année en année.

Dégagement et absorption de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux de 1990 à 2009 dans l'agriculture canadienne
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Description - Dégagement et absorption de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux de 1990 à 2009 dans l'agriculture canadienne

Ce graphique décrit le dégagement et l'absorption (sources et puits) d'équivalents de CO2 sur l'axe des y et présente les années sur l'axe des x. Les valeurs inférieures à 0 correspondent à des puits (absorption) et les valeurs supérieures, à des sources (dégagement). Si on porte les puits en déduction des sources, on constate que, en valeur nette, les émissions de l'agriculture sont en décroissance depuis 1990.

Dégagement et absorption de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux de 1990 à 2009 dans l'agriculture canadienne
Mégatonnes CO2 Mégatonnes N20 Mégatonnes CH4 Mégatonnes totale
1990 10,91 26,78 21,08 58,77
1991 10,59 26,17 21,38 58,14
1992 8,78 26,57 22,22 57,57
1993 7,74 27,68 22,46 57,87
1994 5,93 28,72 23,26 57,91
1995 4,50 29,27 24,42 58,19
1996 3,61 30,38 24,80 58,79
1997 2,66 30,21 24,78 57,65
1998 1,82 30,68 24,86 57,36
1999 0,82 31,08 24,60 56,51
2000 -0,33 31,17 25,20 56,05
2001 -1,06 29,57 25,93 54,45
2002 -1,76 28,87 26,24 53,36
2003 -2,79 30,98 26,31 54,50
2004 -3,60 31,88 27,06 55,33
2005 -4,49 31,38 27,64 54,53
2006 -5,01 31,32 26,89 53,20
2007 -5,62 32,21 26,15 52,74
2008 -6,43 33,78 25,40 52,74
2009 -7,08 32,36 24,25 49,54

Ces estimations pourraient ne pas être parfaitement exactes, toutes étant entaché d'une certaine incertitude, plus particulièrement celles qui se rapportent à l'oxyde nitreux (N2O), mais il faut y voir une vue fiable des tendances générales. Cette incertitude pourrait lentement se dissiper à mesure que la recherche progresse et que les méthodes s'améliorent.

Qu'en sera-t-il des émissions de GES dans les années à venir? En situation de croissance de la demande qui s'attache aux produits alimentaires et autres, les cheptels et les apports azotés pourraient encore augmenter avec peut-être pour conséquence une hausse des émissions de CH4 et de N2O, à moins qu'on ne découvre de nouveaux moyens de suppression. Les gains de carbone du sol (retrait de CO2 de l'atmosphère), qui ont compensé les hausses passées d'émissions de méthane (CH4) et de N2O, pourraient subsister encore quelques années, mais non indéfiniment. Le carbone du sol finit par culminer, ce qui se produit normalement quelques décennies après l'adoption de nouvelles pratiques.

Même avec cette adoption donc, il est difficile de prévoir que les émissions de GES de l'agriculture régresseront dans une mesure appréciable avec le temps. Ce qui serait cependant plus important que la réduction des émissions globales est peut-être la recherche de moyens de réduction des émissions par unité de production. Ces 15 dernières années par exemple, les producteurs laitiers ont diminué d'environ 13 % les émissions de CH4 par kilogramme de lait, et on observe des tendances semblables dans le cas de la production de viande de bœuf et de porc.

Activités internationales

Les changements climatiques sont une des grandes questions que doivent affronter les nations dans le monde et le défi pour le secteur agricole et agroalimentaire est d'atténuer les gaz à effet de serre (GES) et de s'adapter aux répercussions de la transformation du climat sans compromettre la sécurité alimentaire. De 1990 à 2005, les émissions de l'agriculture se sont accrues de 32 % dans les pays en développement et, à l'heure actuelle, les conversions à l'agriculture et les réaménagements du territoire (déboisement) sont à l'origine du tiers environ des émissions dans le monde. On prévoit que les émissions de l'activité agricole demeureront en hausse à cause de la demande de nourriture et d'énergie, surtout dans un certain nombre de pays en développement.

Ainsi, le monde aura pour défi de répondre à la demande planétaire en alimentation et en exploitation - croissante - de la biomasse à des fins énergétiques et autres (matériaux de construction, produits chimiques, etc.). À l'heure actuelle, un milliard de gens souffrent de malnutrition et ce nombre augmentera, puisqu'on prévoit que, en 2050, la population mondiale approchera des 9 milliards d'habitants.

Les changements climatiques pourraient aggraver la difficulté en diminuant la productivité d'un certain nombre de régions de production alimentaire. On se préoccupe de plus en plus de la sécurité alimentaire dans sa durabilité, surtout dans le cas des pays et régions les moins développés de l'Afrique.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture donne un aperçu des problèmes qui se posent au secteur agricole et agroalimentaire dans une récente publication ayant pour titre Faire face à un climat changeant : considérations pour l'adaptation et l'atténuation dans l'agriculture.

Les craintes suscitées par l'action humaine sur le système climatique du globe ont amené 192 pays à adhérer à un traité international - la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en l'occurrence - il y a plus d'une décennie.

Cette convention vise à prévenir « toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » en limitant les émissions de gaz à effet de serre de l'activité humaine. C'est là un des trois accords internationaux adoptés au Sommet de la terre de Rio en 1992. Les deux autres, à savoir la Convention sur la diversité biologique et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, portent sur des enjeux auxquels sont étroitement liés l'agriculture et les changements climatiques.

Une des grandes réalisations avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est que cet accord exige des pays développés qu'ils produisent des bilans annuels des émissions de GES d'origine anthropique dans les secteurs de l'énergie, des transports, de l'industrie, des déchets, de l'agriculture et des forêts (on incite les pays en développement à faire de même).

Les nations ont reconnu qu'un premier grand pas dans la recherche des solutions nécessaires est de comprendre l'ampleur du problème.

Les bilans annuels démontrent que les émissions de GES dans le monde ont continué à augmenter dans la première moitié de la décennie 1990; en 1997, les nations ont adhéré au Protocole de Kyoto, accord international qui fixe des cibles de réduction des émissions à caractère contraignant à 37 pays développés et à l'Union européenne.

Dans l'ensemble, les réductions recherchées sont en moyenne de 5 % par rapport aux niveaux de 1990 pour la période de cinq ans comprise entre 2008 et 2012.

Le Canada s'est engagé à atteindre une cible de réduction de 6 % par rapport aux niveaux de 1990. Pour plus de renseignements sur le Protocole de Kyoto, on peut consulter le site Web de la CCNUCC.

Comme ce protocole vient à expiration en 2012, les nations négocient actuellement de nouveaux engagements de réduction. La plupart des pays dont le Canada reconnaissent que le secteur agricole et agroalimentaire pourrait contribuer à l'efficacité d'un futur accord. Le secteur pourrait aussi tirer parti d'un accent à mettre sur des stratégies de renforcement des mesures d'atténuation et d'adaptation, plus particulièrement par des gains d'efficience et de productivité des systèmes agricoles.

Comme on prévoit une demande alimentaire en progression pour les prochaines décennies, il importera de gérer les émissions liées à cette production. Les agriculteurs canadiens sont relativement efficients dans la lutte aux GES et pourraient jouer un rôle de chef de file dans l'adoption de systèmes agricoles respectueux du climat.

Pour plus de renseignements sur les gaz à effet de serre, on consultera la publication Une agriculture efficace pour un air plus sain : une analyse scientifique des liens entre les pratiques agricoles et les gaz à effet de serre au Canada.

Enfin, on pourra mieux se renseigner sur les activités canadiennes dans le dossier des changements climatiques au site Web d'Environnement Canada.

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